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Education/Citoyenneté

Désobéissance civile : zoom sur l'effervescence autour d'un mode d'action singulier

Ce mardi 2 juillet au petit matin, trois sites appartenant au géant Amazon étaient bloqués par des activistes, à Paris, Toulouse et Lille. L’occasion pour ID de revenir sur les différentes actions de désobéissance civile ayant marqué la mobilisation pour le climat cette année, et sur les enjeux liés à un moyen d’action bien particulier.

De bonne heure ce mardi matin, quelque 240 activistes ont forcé, puis bloqué l’entrée du siège d’Amazon à Clichy. Ils étaient 70 devant l’entrepôt toulousain, et 90 à Lille. Les militants écologistes d’ANV-COP21 et des Amis de la Terre ont rejoint des "Gilets jaunes" pour dénoncer le modèle adopté par la multinationale, jugé incompatible avec les objectifs de la transition écologique et de la justice sociale. Cette convergence des luttes, Alma Dufour - chargée de campagne pour les Amis de la Terre - la justifie par une dénonciation collective du "rôle que joue la plus grosse multinationale au monde dans le changement climatique, mais également dans la crise sociale".

ID était sur place, retrouvez notre reportage :

Désobéissance civile et non-violence

Cette forme de résistance se caractérise par la non-violence et le refus d’obéir à une loi. Les actions de désobéissance civile ont avant tout pour but d’attirer l’attention de l’opinion publique et de créer un mouvement collectif. Gabriel, un membre des Amis de la Terre proposant des formations à la désobéissance civile non-violente à Paris, nous a expliqué que la communication autour de leurs événements représente "50 % de l’action". Le but est "d’illustrer un système d’injustice pour le grand public" afin de massifier le mouvement et d'impliquer le plus grand nombre. 

De plus, les personnes s’inscrivant dans une démarche de désobéissance civile doivent être conscientes des représailles qu’elles risquent de subir : elles agissent à visage découvert, face aux médias - prévenus à l'avance - et assument les conséquences d'actions pouvant parfois les mener devant la justice. "Nous sommes prêts à contrevenir à la loi si nous considérons qu’il y a une injustice : l’urgence climatique prend le dessus sur le respect de la loi", nous explique Félix, membre du collectif Action Climat Paris.

Parmi les grandes actions de désobéissance civile qui ont marqué l’Histoire, les plus notables restent "La marche du sel" organisée par Gandhi pour obtenir l’indépendance de l’Inde ou encore la campagne de Martin Luther-King pour défendre le droit de vote pour les Afro-américains aux États-Unis. Citons également - plus récemment - les actions du Mouvement altermondialiste lors de sommets internationaux ou encore des militants de Greenpeace et de leur intrusion dans une centrale nucléaire.

Ce mode d'action a repris de l’ampleur depuis le début du mouvement pour le climat, en France et à l’étranger, car les pétitions et les manifestations "ne suffisent plus" d'après les militants... Retour sur les actions ayant marqué cette mobilisation.

Des sièges de multinationales bloqués, les autorités interpellées

Au cours des journées de mobilisation qui ont marqué le début de l'année, les multinationales se sont rapidement trouvées dans le viseur des activistes militant pour le climat. ID les a suivis à plusieurs reprises, sur plusieurs sites de blocage. Retrouvez ici les différents reportages que nous avons réalisés sur le terrain à Paris : 

©Mélodie Taberlet/ID
  • À La Défense, devant les tours d'EDF, de Total, de la Société Générale et la tour Sequoia 
L'artiste HK donne un concert devant la tour EDF.
©Mélodie Taberlet/ID
  • Au siège de la Société Générale pour dénoncer les investissements dans les énergies fossiles
©Mélodie Taberlet
  • Devant le siège d'Amazon à Clichy
©Mélodie Taberlet/ID

Le collectif ANV-COP21 fait également parler en organisant des actions de décrochage des portraits présidentiels en mairie. À cette occasion, nous avions pu nous entretenir avec Félix, l'un des activistes impliqués. 

Tant que le président Macron ne sera pas au rendez-vous de l'Histoire, nous laisserons dans chaque mairie ce vide illustrant si bien sa politique face au péril climatique. Pauline Boyer, porte-parole d'ANV-COP21

©LOIC VENANCE / AFP

Car ces actions sont avant tout vouées à interpeller les autorités. Ce 2 juillet, Alma Dufour s'est adressée au président Macron, dont le portrait - décroché quelques semaines plus tôt - était disposé à ses côtés. "Notre demande ne s'adresse pas tant à Amazon, car on sait qu'ils ne sont pas prêts à changer de modèle, mais nous demandons au gouvernement d'agir pour protéger les citoyens et la planète". Les militants lui demandent plus précisément de stopper l'implantation de trois nouveaux méga-entrepôts d'Amazon, plaçant leurs espoirs dans le projet de loi sur l'économie circulaire qui sera déposé sur la table du Conseil des ministres la semaine prochaine. 

Nous demandons au gouvernement de dire la vérité sur les conséquences climatiques de sa politique et son manque d'ambition. Nous l'appelons à agir, et s'il ne le fait pas nous le ferons à sa place. Alma Dufour (chargée de campagne à l'association Les Amis de la Terre)

Des ateliers d'écriture sont également proposés lors de certaines de ses actions, proposant aux militants de rédiger des courriers adressés à leurs députés afin de les interpeler sur l'urgence climatique. 

Atelier d'écriture de lettres adressées aux députés lors du blocage du siège d'Amazon à Clichy.
©Mélodie Taberlet/ID

Un succès pour le moins mitigé...

Si les blocages de sièges de banques, de multinationales, ou encore les décrochages de portraits de Macron se sont multipliés ces derniers mois, la réaction des autorités ne s'est pas faite attendre et les condamnations commencent à tomber. Parmi les décrocheurs de portraits, 99 personnes ont été auditionnées - dont 61 placées en garde à vue -, 50 domiciles ont été perquisitionnés et 10 procès sont prévus – pour un total de 36 prévenus. Une circulaire publiée sur les réseaux sociaux le 22 mars dévoilait que la direction générale de la gendarmerie nationale incitait les gendarmes à faire appel au Bureau de Lutte Antiterroriste en réaction aux actions de décrochage des portraits présidentiels dans les mairies, organisées par l'association ANV-COP21.

Le tout premier procès se déroulait à Bourg-en-Bresse, où le tribunal a condamné cinq militants d’ANV-COP21 de Villefranche-sur-Saône à une amende de 500 euros avec sursis, et de 250 euros fermes pour le sixième - pour vol en réunion avec ruse. Ils avaient participé à une action de décrochage de portrait le 3 mars 2019 à la mairie de Jassans-Riottier. Le procureur requérait, lui, des peines sans sursis de 2000 euros d’amende. 

Ces amendes […] sont disproportionnées avec les 8,70 euros que coûte le portrait. Cette décision n’est pas à la hauteur des enjeux actuels, elle ne fait que renforcer notre détermination à agir, toujours de manière non-violente et déterminée. Anne-Sophie Trujillo Gauchez, une des militantes condamnées.

Des évacuations parfois musclées

Une autre action a fait du bruit, en grande partie pour l'intervention policière qu'elle a entraînée. Vendredi 28 juin, environ 300 militants du mouvement Extinction Rebellion se sont rassemblés pour participer à une opération de blocage du pont de Sully à Paris. Ce collectif de désobéissance civile né au Royaume-Uni est également connu pour ses actions symboliques non-violentes, visant à dénoncer l'inaction des autorités dans la lutte contre le réchauffement climatique. Peu après leur installation, les militants participant à ce sit-in ont été délogés par les CRS à coups de gaz lacrymogènes

Les images tournées par le journaliste freelance Clément Lanot et sur lesquelles on observe des CRS utiliser leurs aérosols à bout portant ont beaucoup choqué, notamment Cyril Dion, qui a refusé la proposition de Brune Poirson : être nommé au grade de chevalier de l'ordre du mérite. "Comment accepter d'être décoré par un gouvernement qui fait usage d'une telle violence à l'encontre d'une partie de sa population ?", s'est-il indigné sur Facebook. Il n'est pas la seule personnalité à avoir réagi à ces images : la jeune militante suédoise Greta Thunberg ainsi que l'actrice Marion Cotillard sont également exprimées sur Instagram.

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Cher gouvernement français pouvez vous m’expliquer ces images? #insoutenables . Des activistes français et des étudiants en grève se font asperger de gaz lacrymogène alors qu’ils protestent pacifiquement , à Paris, contre une situation climatique désastreuse et trop ignorée. #repost @gretathunberg ・・・ Today peaceful French climate activists and school strikers in Paris were sprayed with teargas. The same day, it was 45,9° in France in JUNE. It shattered the old record of 44,1° (which was set in August 2003). This is not “the new normal”. This is only the beginning of #ClimateBreakdown and #ClimateEmergency . Watch the video and ask yourself; who is defending who? #fridaysforfuture #schoolstrike4climate #climatestrike #youthforclimate #extinctionrebellion PS. They are now outside the Elysée if you want to join them.

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Des actions condamnées par les autorités

Le ministre de la Transition Écologique, François de Rugy, s'est exprimé sur BFMTV, qualifiant les activistes de "manifestants très radicaux". Après avoir invité à "regarder la vidéo dans son entier", il a ajouté que "quand vous leur demandez pacifiquement de dégager la voie, ce qu'ont fait les forces de l'ordre avec des haut-parleurs, et qu'évidemment ils refusent (…) ça se finit par l'utilisation de gaz qui ont pour but que les gens s'en aillent." 

Le ministre s'était également exprimé à la suite des décrochages de portraits effectués par ANV-COP21 et avait qualifié cette campagne de "malvenue dans le contexte de remise en cause violente des institutions démocratiques, c’est-à-dire de la légitimité des urnes". Il suggérait alors que le “spectaculaire” de l’action cachait "le vide de propositions", un commentaire qu'il a réitéré cette semaine à la suite de l'action d'Extinction Rebellion sur le pont de Sully. Le collectif en question n'a d'ailleurs pas tardé à lui adresser sa réponse : 

Le ministère de l'Intérieur se montre plus mesuré, indiquant dimanche à l'AFP qu'"une inspection technique CRS a été déclenchée" et qu'un "rapport a été demandé au préfet de police sur les modalités de gestion de cette opération", la jugeant "nécessaire pour rétablir la circulation au cœur de Paris". Entre temps, le Parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire. Affaire à suivre donc...

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