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La désobéissance civile: un nouveau mode d'action privilégié par les militants écologistes

Des activistes du collectif Action Climat Paris posent avec le portrait de Macron devant la mairie du 5e arrondissement.
©Action Climat Paris / Facebook

Alors que depuis le début de l’année, la Mobilisation Climat bat son plein, un mode d’action particulier revient régulièrement sur le devant de la scène : la désobéissance civile, qui consiste à transgresser des règles pour éveiller les consciences. 

Si les blocages de sièges de banques, de multinationales, ou encore les décrochages de portraits de Macron se sont multipliés ces derniers mois, les condamnations commencent elles aussi à tomber. La semaine dernière, six militants écologistes ont été condamnés pour avoir décroché un portrait présidentiel. Nous revenons sur les enjeux et les résultats de ces actions citoyennes. Pour cela, ID s’est entretenu avec Rémi Donaint, membre de l’équipe d’animation d’Action Non-Violente - COP21 (ANV-COP21).

Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est ANV-COP21 ?

Il s’agit d’un mouvement citoyen qui alerte sur l’urgence climatique, et qui mobilise les citoyens à travers des actions non-violentes de désobéissance civile. L’objectif est de dénoncer certains projets climaticides ainsi que les politiques les soutenant. 

En quoi la désobéissance civile constitue-t-elle à vos yeux un moyen d’action efficace ?

Il s’agit en réalité d’un moyen d’action complémentaire, qui se superpose aux autres formes de revendication ; les plaidoyers, les pétitions, les marches, etc. Il ne s’agit pas de contester pour contester, mais plutôt d’une stratégie visant à souligner des incohérences, des injustices ou des inégalités dans le système actuel. Nous les mettons en lumière dans le but de provoquer un changement, dans la loi ou dans les usages. La première étape est de réveiller les consciences. On observe aujourd’hui une prise de conscience de plus en plus élevée chez la population. Mais cela doit aussi toucher les dirigeants politiques et économiques ; en bref, ceux qui ont les leviers d’action en main. Les choses ne changent pas assez vite au regard de l’urgence climatique. Les marches et les pétitions n’ont pas permis de changer la donne alors, pour signaler cette conscience du plus grand nombre, nous transgressons des règles. L’idée est de faire du bruit, de montrer que "là, ça ne va pas", et ça ne va tellement pas que certaines personnes prennent des risques juridiques et mettent en danger leur liberté pour le dénoncer. Nos actions peuvent prendre des formes différentes, plus ou moins "confrontatives", plus ou moins symboliques. 

Les actions de désobéissance civile répondent-elles à des conditions de mise en œuvre précises ?

Oui, il y a des conditions assez strictes. La plus importante est la non-violence. Nous sommes également à visage découvert car nous revendiquons et assumons nos actes, et leurs conséquences. Des conséquences juridiques notamment : ces dernières semaines le nombre de gardes-à-vue et d’auditions a beaucoup augmenté à cause des décrochages de portraits présidentiels dans les mairies. Ainsi, lorsque l’on est convoqué, nous assumons et nous y allons. Nos actions sont illégales, mais nous les jugeons légitimes. C’est ce qui est actuellement en train de se passer : le premier procès a eu lieu le 28 mai et a donné lieu à un réquisitoire assez sévère de la part du procureur de la République qui a réclamé 2000 euros d’amende pour "vol en réunion avec ruse". Ces conséquences nous semblent disproportionnées pour une action symbolique, d’autant plus lorsque l’on considère que ces portraits ne coûtent que 8,70 euros. Heureusement le délibéré a été plus clément, bien qu’il n’ait pas abouti à la relaxe que nous espérions.


Avez-vous d’autres exemples d’actions de désobéissance civile ? 

La première campagne que nous avons menée est celle des faucheurs de chaises, en 2015, peu avant la COP21. Notre message était clair : l’argent nécessaire à la transition écologique existe bel et bien, mais il se trouve dans les paradis fiscaux. Nous allions donc dans des banques et repartions avec des chaises en disant "nous rendrons les chaises quand vous rendrez l’argent". Nous ciblions plusieurs agences, notamment BNP, Société Générale et Crédit Agricole. Nous agissons également régulièrement autour des enjeux liés aux énergies fossiles. Nous luttons contre les nouveaux projets d’exploitation ou de forage en nous attaquant notamment aux banques qui les financent. Nous avons mené une campagne contre la Société Générale et, durant plusieurs mois et dans toute la France, des gens sont allés visiter leurs agences armés de serpillières, de balais et d’éponges pour nettoyer cette banque "sale". Ces actions sont très symboliques, nous utilisons la dérision et l’humour pour faire passer des messages autrement plus graves. 

Avez-vous obtenu des résultats ? 

Notre travail de longue haleine consiste principalement à éveiller les consciences et susciter le débat pour pouvoir changer la loi, voire changer de paradigme. Il s’agit de la première étape, la plus importante. Nous rassemblons quelques petites victoires ponctuelles, avec la fermeture de certaines filiales de la BNP dans les paradis fiscaux, ou lorsqu’avec GreenPeace nous sommes parvenus à annuler un projet de forage de Total. Mais cela reste minoritaire et ce dont on a vraiment besoin, c’est un renversement global des logiques. Et quoi de mieux que la désobéissance civile pour lancer le débat ? Car nos actions ne laissent pas indifférent, car le fait de transgresser la loi peut choquer, car c’est la loi qui nous réunit et qui structure la société.

Retrouvez la chronique du Social Lab sur France Inter :

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