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Décrochage des portraits présidentiels : le Bureau de Lutte Antiterroriste s'en mêle

© LOIC VENANCE / AFP

Dans une circulaire dévoilée sur les réseaux sociaux le 22 mars, la direction générale de la gendarmerie nationale incite les gendarmes à faire appel au Bureau de Lutte Antiterroriste en réaction aux actions de décrochage des portraits présidentiels dans les mairies, organisées par l'association ANV-COP21.

Le 22 mars, l'ancien député européen Front National Jean-Yves le Gallou a dévoilé dans un tweet - supprimé depuis - la capture d'écran d'un courriel signé par le colonel Marc de Tarlé, adressé aux gendarmes de Lorient sur ordre de la direction générale de la gendarmerie nationale. L'information a été confirmée par les destinataires, interrogés par Reporterre

Les directives détaillées dans la suite du mail ont vocation à endiguer le "phénomène" des décrochages de portraits présidentiels organisés par l'association ANV-COP21 - une association née lors de la COP21 revendiquant la mise en place d'actions non-violentes pour lutter contre l'inaction climatique. La toute première de ces actions a eu lieu le 21 février - nous avions à cette occasion contacté Félix qui y avait participé.

Une de ces directives fait particulièrement polémique - les autres sont à retrouver dans l'article de nos confrères de Reporterre - : "lorsque les faits sont revendiqués ou médiatisés au nom de l’association ANV COP21", il faut "vérifier que les mis en cause sont membres ou sympathisants de cette association" puis "prendre attache avec le BLAT afin de déterminer les modalités à mettre en œuvre pour rechercher la responsabilité morale de l’association".

Mais qu'est-ce que le BLAT ? Il s'agit du Bureau de Lutte Antiterroriste. C'est ce qui est à l'origine notamment de l'indignation qu'exprime Maître Alexandre Faro - l'avocat d'ANV COP21 - interrogé par Reporterre : "ce n’est pas normal de mobiliser des unités spécialisées dans la lutte antiterroriste pour poursuivre des militants dont les actes ne menacent ni la sûreté ni l’intégrité de l’État. Il s’agit de plaintes pour vol, donc de délit de droit commun : où est l’intérêt ou la nécessité de mobiliser le Bureau de lutte antiterroriste ?" Celui-ci considère que "deux options peuvent expliquer un tel dispositif. Soit le zèle des fonctionnaires, qui veulent satisfaire leur hiérarchie, soit une dérive autoritaire inquiétante, qui cherche à confondre terroristes et militants écologistes."

On sent que l'on a touché là à un point sensible. Clairement. Que de toucher à l'image dérange, puisqu'il n'y a que ça et que tout le reste est creux. Il y a vraiment là de quoi s'indigner, qu'un gouvernement déploie un tel dispositif face à des militants, qui s'engagent à visage découvert et sans violence, de tous âges, de tous horizons, partout sur le territoire, pour le bien commun." Sylvine Bouffaron, porte-parole d'ANV-COP21 interrogée par ID

Le service communication de la gendarmerie a, lui, affirmé au journal Le Monde qu'il s'agissait d'une "procédure courante" et à Reporterre que "le courriel n’était d’ailleurs pas classifié, c’est de la routine, comme indiqué en tête du message". 

Aujourd'hui, le nombre de portraits enlevés s'élève à 27. Treize activistes ont depuis été convoqués devant la justice : neuf personnes sont convoquées pour un procès à Paris le 11 septembre, deux à Strasbourg le 26 juin et deux à Lyon le 2 septembre - dont Fanny que nous avions interrogé après l'annonce de sa convocation.

Interrogé par Le Monde, François de Rugy - ministre de la Transition écologique et solidaire - critique quant à lui cette campagne lancée par ANV-COP21 qu'il trouve "malvenue dans le contexte de remise en cause violente des institutions démocratiques, c’est-à-dire de la légitimité des urnes". Il suggère que le “spectaculaire” de l’action cache "le vide de propositions" tandis que les activistes d'ANV-COP2 comparent, eux, le vide laissé par les portraits une fois décrochés au "vide de la politique environnementale du gouvernement".