LA QUESTION DE LA SEMAINE

Urgence climat et désobéissance civile : voici ce que vous en pensez

Félix, accompagné d'une autre activiste, a décroché le portrait de Macron dans la mairie du 5e arrondissement de Paris.
©Clément Tissot Photographe - Paris

ID vous a posé la question suivante en début de semaine : faut-il mener des actions de désobéissance civile pour avoir une réponse du gouvernement ? Voici le résultat des votes et une sélection de vos réactions. 

Le principe de désobéissance civile a repris de l’ampleur depuis le début du mouvement pour le climat, en France et à l’étranger. En France, des militants ont entrepris de décrocher des portraits du président Emmanuel Macron dans les mairies. À Paris, ils ont effectué un sit-in devant la Caisse des dépôts. Des formations sont également régulièrement organisées, lors desquelles les participants apprennent, entre autres, à faire face à des interventions policières. Ces actions ont entraîné de nombreuses réactions, solidaires ou indignées, chez les personnalités politiques et chez les citoyens.

Mais au fait, qu'est-ce-que la désobéissance civile

Il s’agit d’une forme de résistance caractérisée par la non-violence et le refus d’obéir à une loi. Les actions de désobéissance civile ont avant tout pour but d’attirer l’attention de l’opinion publique et de créer un mouvement collectif. Les personnes s’inscrivant dans une démarche de désobéissance civile sont conscientes des représailles qu’elles risquent de subir. 

Le terme a pour la première fois été théorisé en 1849 par Henry David Thoreau dans son pamphlet La désobéissance civile. Cela faisait suite à son refus de payer un impôt qui devait servir à financer la guerre contre le Mexique. 

Le respect de la loi vient après celui du droit. La seule obligation que j’ai le droit d’adopter, c’est d’agir à tout moment selon ce qui me paraît juste.Henry David Thoreau, La désobéissance civile, 1849. 

Ce pamphlet s’inscrit dans une longue tradition de réflexions politiques : La Boétie écrivait dans son Discours de la servitude volontaire que le pouvoir de l'État repose entièrement sur la coopération de la population, et qu'il perd ce pouvoir lorsque le peuple refuse d'obéir. 

Parmi les grandes actions de désobéissance civile qui ont marqué l’Histoire, les plus notables sont "La marche du sel" organisée par Gandhi pour obtenir l’indépendance de l’Inde ou encore la campagne de Martin Luther King pour défendre le droit de vote pour les noirs aux États-Unis. Plus récemment, nous pouvons citer les actions du mouvement altermondialiste lors de sommets internationaux ou des militants de Greenpeace et de leur intrusion dans une centrale nucléaire. 

La désobéissance civile est-elle un moyen d'action efficace pour espérer générer une réaction des autorités ? C'est la question que nous avons choisi de vous poser cette semaine. À date de publication, vous êtes une grande majorité à avoir répondu OUI (93 %). Et vous pouvez encore voter et nous donner votre avis en commentaire au bas de cet article !

Urgence climat : la désobéissance civile est-elle selon vous un moyen d'action efficace ?

Choix

Parmi les tendances principales qui se dégagent des réponses que vous nous avez apportées, beaucoup d’entre vous ont souligné le caractère symbolique et non-violent de ces actions et ont été choqués de la répression qu’elles ont entraîné de la part du gouvernement (il y a eu à date de publication trois perquisitions, deux gardes à vue et un appel à comparaître devant le tribunal à la suite du décrochage d’un portrait d’Emmanuel Macron à Lyon) :

Ce n’est pas trop mon truc mais je trouve que ce n'est pas normal que le fait d’enlever un tableau soit plus sanctionné que le fait de ne pas respecter l’Accord de Paris."

Certains ont également reconnu que ces actions pouvaient venir compléter la palette d’outils démocratiques que le peuple a en sa possession. D’autres vont plus loin et estiment qu’il s’agit là du dernier recours à l'inaction climatique : 

Visiblement, nous n’avons pas d’autre choix pour être entendus. Il est grand temps de changer de paradigme. "

J’adhère totalement aujourd’hui à la désobéissance citoyenne ou la rébellion citoyenne car clairement les pouvoirs publics semblent se moquer royalement de l’urgence à mettre en place des solutions concrètes pour respecter la nature."

Il faut faire en sorte que chaque citoyen soit informé, se sente concerné et prenne conscience qu’il ne doit plus laisser faire.

Si ce mode d’action a recueilli un certain soutien de votre part, c'est également en raison de sa portée médiatique :

Cela fait parler les médias et cela dénonce l’inaction et la répression du gouvernement. En parallèle ils font 'sortir' le portrait de Macron aux différents événements en rapport avec l’écologie ou les gilets jaunes, ce qui attire plus l’attention sur ces événements."

Cette médiatisation repose en grande partie sur la démarche de communication dans laquelle s’inscrit le mouvement. Gabriel, un membre des Amis de la Terre, donne des formations à la désobéissance civile non-violente à Paris. Il explique à ID que la communication représente "50 % de l’action". Le but est "d’illustrer un système d’injustice pour le grand public". Ce travail de communication rejoint l’un des objectifs fondamentaux de la démarche de désobéissance civile : massifier le mouvement et impliquer le plus grand nombre. 

Certains d’entre vous ont cependant émis des doutes quant à la pertinence de ces actions et ont parfois même été choqués. 

J’ai été choquée par l’action qui a consisté à s’introduire dans une mairie et à décrocher le portrait du Président de la République. Ce n’est pas ma conception de l’engagement pour l’écologie. 

Et si les Français allaient voter et s’impliquer dans la vie politique ? Il y a des règles, il faut juste les suivre...

Vous êtes quelques-uns à regretter que l'action de décrochage des portraits d'Emmanuel Macron en particulier ait alimenté un nouveau débat : 

Ce n’est que mon avis mais je l’ai trouvée trop éloignée d’une démarche collectivement désirée ou attendue, pas hyper logique avec nos objectifs pour le climat, source de débats pas super utiles entre pour et contre, et porteuse de peu d’effets positifs ou de résultats constructifs.

Je ne pense pas que ce genre d’actions soient profitables à la cause. Surtout dans le climat actuel de contestation permanente, parfois pour des raisons contradictoires.

Ce mouvement de désobéissance civile ne recueille donc pas l'approbation générale mais les militants avec qui ID a pu discuter se disent "déterminés" à continuer, malgré les représailles auxquelles ils ont pu faire face. Ce vendredi 1er mars, certains d'entre eux se sont réunis au Salon de l'Agriculture pour protester contre l'inaction climatique et donner une "Leçon n°3" au gouvernement.