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"Février sans supermarché": 50000 personnes sont déjà mobilisées

Leïla Rölli, fondatrice et rédactrice en chef du média En Vert et Contre Tout.
©DR

Se passer de supermarchés pendant un mois pour favoriser l'économie locale et restaurer le lien social, tel est l'objectif du défi "Février sans supermarché", lancé par le site En Vert Et Contre Tout. 

Le défi "Février Sans Supermarché" s'invite depuis 2017 chez celles et ceux qui souhaitent changer leurs habitudes de consommation. Derrière cette initiative, le site d'information suisse En Vert Et Contre Tout, sur lequel on "parle d'écologie sans faire la morale". Rencontre avec sa fondatrice et rédactrice en chef, la journaliste et blogueuse Leïla Rölli.

Pouvez-vous résumer En Vert Et Contre Tout en quelques mots ?

En Vert Et Contre Tout est un site Internet qui rassemble plusieurs contributeurs et contributrices, pour parler d’écologie au sens large, c’est-à-dire sensibiliser la population aux problèmes environnementaux, liés à la biodiversité, ou à ceux posés par le capitalisme en général.

"Février Sans Supermarché", c’est avant tout une opération de sensibilisation ?

C’est la cinquième édition du défi tel que nous l’avons conçu, mais cela fait plus de 30 ans que des citoyens se lancent dans l’aventure de leur côté. La différence est qu’on a proposé aux gens de se réunir sur des groupes Facebook d’échange de bonnes adresses, de bons plans ou de recettes par exemple, pour pouvoir se passer au maximum de la grande distribution, sachant que ce n’est pas toujours facile suivant son lieu de résidence, son budget ou sa disponibilité. C’est en Suisse que c’est le plus suivi pour l’instant, mais c’est aussi très populaire en France, ainsi qu’en Belgique. Et cela prend de l’ampleur, puisqu’on reçoit des demandes qui viennent du Canada, de Suède ou encore d’Espagne. 

Pour un emploi créé dans la grande distribution, on estime que ce sont trois à cinq qui sont détruits ailleurs."

Votre message se résume-t-il à la nécessité de bannir les supermarchés ?

À mon sens, la grande distribution pose problème à plusieurs niveaux. Lorsque les premiers supermarchés ont ouvert, il est vrai que c’était pratique, puisqu’on avait sous un même toit des boulangers, des primeurs, etc. Aujourd’hui, on voit déjà qu’énormément de personnels ont été remplacés, alors qu’à surface égale, les petits commerces emploient beaucoup plus de main d’œuvre. Pour un emploi créé dans la grande distribution, on estime que ce sont trois à cinq qui sont détruits ailleurs, dans le tissu social. Le défi, c’est donc essayer de favoriser l’économie locale et les circuits courts, pour des produits alimentaires, mais aussi pour les livres, ou encore les fleurs. On sait ainsi à qui va l’argent qu’on dépense. C’est aussi l’occasion de créer de l’emploi mais surtout de créer du lien, puisque dans les petits commerces, on a toujours un service, un accueil, des conseils, etc. On peut échanger, puis à son tour recommander tel commerce autour de soi, et ainsi de suite. C’est d'ailleurs également l’objet des groupes de discussion que l’on a mis en place : créer un ersatz de lien social, entre personnes qui ont les mêmes envies, attentes, et parfois les mêmes questions.

C’est vrai que quand on pense "supermarchés", on pense d’abord à l’alimentation, alors qu’ils concentrent aujourd’hui beaucoup d’activités…

Bien sûr. Au début, il était beaucoup question d’alimentation, mais au fur et à mesure, un grand nombre d’activités a été remplacé. Même la musique ! Surtout avant Internet, on achetait des CD dans les supermarchés parce que les prix étaient souvent plus attractifs que chez les disquaires. À terme, peut-être que des secteurs d’activités entiers seront remplacés par des grands groupes.

En France, 1 200 boulangeries disparaissent chaque année parce que les gens préfèrent acheter le pain en supermarché.

Plus qu’un simple boycott, c’est donc plus une interrogation sur le pouvoir qu’on a avec notre carte bancaire ?

Exactement. Cette année est un peu particulière, on n’a pas besoin de rappeler le contexte actuel. Cela va donc être un double défi pour s’approvisionner comme les autres années, hors des circuits de grande distribution. L’idée est que les gens disponibles fassent du mieux qu’ils peuvent, même si cela ne concerne que le pain par exemple. En France, 1 200 boulangeries disparaissent chaque année parce que les gens préfèrent acheter le pain en supermarché.

On a quand même l’impression que la crise bouscule l’opinion dans ses habitudes. Est-ce que c’est un espoir pour que ce genre d’initiatives se multiplient ?

Il y a du positif et du négatif. J’ai aussi remarqué que certaines grandes surfaces et grandes plateformes en ligne sont sorties gagnantes de la crise sanitaire. Le patron d’Amazon n’a jamais gagné autant d’argent que l’année passée. Les commandes en ligne ont vraiment explosé, donc il y a quand même des habitudes qui n’ont pas changé pour le mieux. Mais d’autre part, c’est vrai qu’énormément de personnes semblent être retournées à l’essentiel, au "consommer moins mais mieux", en se rendant souvent compte que cela ne coûte pas forcément plus cher de consommer local et de saison. Donc beaucoup de gens se sont pris au jeu. Et l’autre bonne nouvelle, même si cela s’est souvent fait sous la contrainte, c’est que beaucoup d’artisans et de petits commerces se sont lancées dans la vente en ligne pour pouvoir continuer leur activité. Des plateformes se sont développées à cette occasion, avec des services de livraison parfois bénévoles. Je pense qu’en effet, notre façon de consommer a été bouleversée.

Chacun fait au mieux en fonction de son porte-monnaie et de son temps, mais le fait est qu’on s’en sort souvent mieux financièrement sans passer par la grande distribution."

Finalement, tout ça, est-ce que ce n’est pas réservé qu’à de riches privilégiés ?

Il y a souvent cette idée effectivement, mais celles et ceux qui ont relevé le défi ont constaté une réelle amélioration de leur budget alimentaire. Après, on a aussi créé ces groupes de discussion justement pour accompagner les gens qui ont relevé le défi, mais aussi leur dire que s’ils ont envie de consommer de la même manière dans une petite épicerie que dans un supermarché, la démarche perd de son intérêt. Il faut avoir un peu de temps pour soi, certes, mais il n’est pas si difficile de diversifier ses achats. L’idée c’est qu’un maximum de personnes puisse relever le défi, en soutenant l’économie locale, donc l’emploi, et puisse, à terme améliorer le pouvoir d’achat de chacun, puisque dans un monde idéal, on aurait tous et toutes une consommation responsable. Après, chacun fait au mieux en fonction de son porte-monnaie et de son temps, mais le fait est qu’on s’en sort souvent mieux financièrement sans passer par la grande distribution. Par exemple, on se retrouve à pouvoir acheter certains produits à l’unité sur les marchés, ce qui n’est pas toujours le cas dans les grandes surfaces.

C’est donc une transition, et en cela, il est nécessaire de s’engager, d’y consacrer du temps…

C’est une transition. Finalement, on va dépenser moins pourvu que l’on écoute les conseils autour de soi. Après, l’engagement requis n’est pas non plus insurmontable. Il faut de la motivation, mais rien n’empêche de procéder par étapes. On peut commencer par aller acheter son pain en boulangerie, puis ses légumes au marché… Et à chaque étape, on peut essayer d’adopter une habitude de manière pérenne. On n’est pas non plus dans l’injonction. Le but est d’aider les petits commerces autour de soi, peu importe si ce n’est qu’une fois par mois ou plus.

Une interview réalisée en partenariat avec France Inter. Ecoutez la chronique Social Lab dans le player ci-dessous.

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