TotalEnergies renonce à son objectif de neutralité carbone d’ici 2050.
@LUDOVIC MARIN / AFP
Climat

TotalEnergies revoit ses ambitions climatiques et renonce à la neutralité carbone en 2050

Le géant français revoit ses ambitions à la baisse et abandonne son objectif de neutralité carbone d'ici 2050. Un signal qui brouille son positionnement en matière de responsabilité sociétale des entreprises (RSE).

Coup dur pour la planète : la multinationale française renonce à fixer des objectifs sur son scope 3, c’est-à-dire en intégrant les émissions de ses clients, comme les automobilistes. À l'occasion de la publication du "Sustainability & Climate - 2026 Progress Report", l'entreprise officialise donc l'abandon de sa neutralité carbone en 2050. "L'objectif de limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C est hors de portée", se justifie le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, le jeudi 26 mars."Nous devons confronter notre ambition à la réalité", ajoute-t-il.

Le groupe maintient toutefois son objectif de réduction d'émissions sous la barre des 40 millions de tonnes en 2030, notamment en multipliant les crédits carbone. Ce levier est toutefois critiqué par de nombreux chercheurs, qui estiment qu'il ne remplace pas une réduction réelle des émissions. L'abandon du scope 3 affaiblit ainsi considérablement la portée de l'engagement climatique de l'entreprise.

Les ONG dénoncent un recul : "On savait déjà que TotalEnergies faisait tout pour freiner les ambitions climatiques (...). Mais, là, c'est plus grave car cela se fait de manière totalement décomplexée : Total ne fait même plus semblant de cacher que le climat n'est pas sa priorité", estime auprès de l'AFP Anne Bringault, directrice des programmes du Réseau Action Climat (RAC). L'association rassemble les principales ONG de défense de l'environnement.

Un revirement dans un contexte climatique déjà fragilisé

Si ce rétropédalage inquiète d'autant plus les associations, c'est que TotalEnergies pèse lourd sur l'environnement. Le groupe estime avoir réduit de 2 à 3 % ses émissions directes et indirectes de gaz à effet de serre en 2025 par rapport à 2024. Le bilan s’élève à 438 millions de tonnes équivalent CO2, soit un quart de plus que l'ensemble des émissions de la France sur son territoire. Un niveau qui souligne le rôle déterminant des grandes entreprises énergétiques dans la lutte contre le réchauffement climatique. 

La transition est donc trop lente, alors que le climat est toujours hors trajectoire dix ans après l'Accord de Paris. Selon le Programme des Nations Unies pour l'environnement, le scénario actuel est bien loin de la limite fixée en 2015 : +2,8 °C d'ici la fin du siècle, contre +2 °C selon les préconisations de l'accord. Les mesures actuelles des États et des entreprises sont insuffisantes face à la crise climatique. 

Preuve de cet inertie : en 2024, un nouveau record d'émissions a été enregistré par Our World in Data. Plus de 55 milliards de tonnes équivalent CO2 ont été rejetés du fait des activités humaines. Malgré une augmentation quatre fois moins rapide durant cette décennie que lors de la précédente, les émissions sont toujours en hausse. Dans ce contexte, les efforts engagés ne suffisent pas à inverser la courbe. La transition énergétique apparaît dès lors comme comme une piste à renforcer.

Freins politiques et retours en arrière

Malgré l'urgence de réduire les émissions de gaz à effet de serre, le monde fait face à de nombreux freins. Les intérêts économiques et géopolitiques demeurent des facteurs déterminants dans la mise en oeuvre des engagements climatiques internationaux. Alors que les pays émergents et les grands producteurs d'énergies fossiles (Chine, Arabie saoudite, Russie…) ralentissent la parution du dernier rapport du GIEC, les États-Unis tournent le dos à l'action climatique mondiale. Entre le retrait de l'Accord de Paris et les vives attaques contre l’Agence internationale de l'énergie, l'administration Trump multiplie les décisions favorables aux énergies fossiles.

Dans ce contexte, un accord entre Washington et TotalEnergies a été dévoilé le 23 mars. Il prévoit l'abandon de deux projets éoliens en mer, en échange de 928 millions de dollars à réinvestir dans des projets d'hydrocarbures. Un signal fort en faveur des énergies fossiles, à rebours des objectifs de transition énergétique. À l'heure où les scientifiques appellent à une réduction rapide et massive des émissions, ces choix soulèvent des interrogations.