Ce vendredi, au micro de Sud Radio, Marine Tondelier a proposé de mettre en place un congé payé de cinq jours en cas d'événements météorologiques extrêmes. Cette mesure s'inscrit dans un contexte où les épisodes climatiques intenses se multiplient et leurs effets sur le travail deviennent de plus en plus visibles. "Parfois, il y a des travailleurs qui ne peuvent pas travailler pour des raisons climatiques. Il y a quatre personnes sur dix dans ce pays qui sont exposées dans l'année à de très fortes chaleurs", a-t-elle expliqué.
Alors que la patronne des Écologistes se déclare candidate à l'élection présidentielle de 2027, elle s'inspire d'une mesure espagnole adoptée en 2024. Après les inondations qui ont fait 230 morts dans le sud-est du pays, le gouvernement espagnol a approuvé un congé payé climatique de quatre jours. Celui-ci est payé par l'État pour éviter les déplacements en cas d'alerte liée à un risque météorologique. Une façon de reconnaître que certains aléas climatiques rendent le travail impossible.
Des travailleurs inégalement exposés
Cette réalité est déjà bien documentée. Selon un rapport de France Stratégie datant de 2023, la part de travailleurs exposés à la chaleur oscillerait entre 14 et 36 % selon les sources. Au total, 9,7 millions de travailleurs déclarent être incommodés par la chaleur dans leur activité professionnelle. Un chiffre important, mais qui n'est pas également réparti dans les différents secteurs. Les personnes les plus concernées exercent souvent des métiers agricoles ou liés au bâtiment, révélant ainsi des inégalités sociales face au changement climatique.
"Aujourd'hui, il y a un décret un peu vague en France qui ne donne même pas de seuil de degrés à partir duquel on arrête", affirme Marine Tondelier. Une situation qui permet aux salariés d'exercer leur "droit de retrait" lorsqu'ils estiment être confrontés à "un danger grave et imminent" pour leur santé et leur sécurité. Toutefois, il est difficile de définir ce qu'est un danger grave. Ce flou juridique laisse ainsi une grande part d'interprétation aux employeurs comme aux salariés, au risque de tensions ou de conflits.
Durant l'été 2025, la CGT a rappelé les effets des fortes chaleurs sur la santé des travailleurs. Malaises, baisse de vigilance, coups de chaleur… Ces symptômes peuvent apparaître rapidement et mettre en danger ceux qui y sont exposés. Les risques liés aux agents chimiques, les risques psychosociaux (RPS) ou encore ceux liés à la charge physique s'accroissent également face à la chaleur. Enfin, les accidents du travail ne sont pas épargnés. "La chaleur peut, indirectement, augmenter le risque d'accidents du travail, dus non seulement à une chute de la capacité de concentration, mais aussi, par exemple, à une forte transpiration des mains ou à des lunettes embuées", expose un rapport de l'INRS.
Une proposition qui divise
Si l'idée de la candidate écologiste semble répondre à une problématique majeure, elle n'est pas du goût de tous. Le chroniqueur de RMC, Louis Sarkozy, réagit avec virulence : "Il nous manquait ça comme excuse pour ne pas bosser, les crues et les canicules." L'ancien candidat à la mairie de Menton estime au contraire qu'il "faut travailler plus". Cette critique s'inscrit dans une opposition plus large à toute réduction du temps de travail, perçue comme un frein à l'activité économique.

Alors que Louis Sarkozy affirme que "les crues, les inondations, les tremblements de terre et les canicules existent depuis qu'il y a des hommes", leur fréquence et leur intensité s'accélèrent. Sur les 51 vagues de chaleur recensées depuis 1947, 26 ont eu lieu depuis 2011. Une évolution qui s'inscrit dans les projections scientifiques sur le réchauffement climatique, annonçant des épisodes plus fréquents, plus longs et plus intenses. Dans ce contexte, adapter le droit du travail pourrait apparaître moins comme un luxe que comme une nécessité.