Cette semaine, Arianespace a placé en orbite 32 nouveaux satellites à l'aide d'une fusée Ariane 64, la version la plus puissante du lanceur avec quatre boosters. L'objectif : renforcer le réseau satellitaire Amazon Leo, destiné à fournir une connexion internet rapide et fiable aux populations encore privées d'accès. Une avancée technologique majeure, qui s'inscrit toutefois dans une multiplication rapide des lancements à l'échelle mondiale.
Mais quel est le coût environnemental de telles manœuvres ? Selon une étude parue dans la revue Science of The Total Environment, les émissions du secteur sont estimées à 6 millions de tonnes d'équivalent CO2 par an, soit 0,01 % des émissions anthropiques mondiales. De la construction de la fusée à son lancement, en passant par la production du carburant… Toutes ces étapes ont un impact non négligeable sur notre planète.
Un impact encore difficile à mesurer
Malgré ce chiffre déjà impressionnant, l'empreinte carbone de la conquête spatiale reste incertaine. Dans un article pour Polytechnique Insights, deux chercheurs alertent sur les particules émises par les fusées : la suie et l'alumine. "L'effet de réchauffement des suies est 500 fois plus élevé en haute atmosphère qu'en basse atmosphère", explique Loïs Miraux, chercheur à l'institut d’économie de l'énergie du CEA.
Autre doute : la quantité de carburant utilisée lors des lancements a plus que triplé entre 2019 et 2024. Cette hausse s'explique notamment par la nouvelle course à l'espace, portée aussi bien par les États que par des acteurs privés comme Elon Musk ou Jeff Bezos. À ce rythme, l'impact climatique du spatial pourrait rivaliser avec celui de l'aviation. Ce dernier représentait 5 % du réchauffement climatique entre 2000 et 2018, selon une publication de la revue Atmospheric Environment.
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Un outil aussi indispensable que polluant
Si le secteur est dévastateur pour l'environnement, certains essaient de le rendre compatible avec les objectifs environnementaux de l'ONU. Le programme Copernicus est un système satellitaire qui permet notamment d’assurer le suivi des catastrophes (incendies, inondations, etc.), d'anticiper les récoltes et de mieux protéger l'environnement. Les données récoltées par les satellites contribuent également à suivre les effets du dérèglement climatique.
Toutefois, les deux chercheurs interrogés par Polytechnique Insights estiment que le spatial restera toujours polluant. Des technologies comme le recyclage de lanceurs ne suffiront pas. Cette innovation, développée par SpaceX en 2016, permet de limiter l'utilisation de ressources pour en construire de nouvelles. Néanmoins, elle accélère également l'envoi de nouvelles fusées. Ainsi, la consommation de carburant ne cesse d'augmenter. À mesure que l'espace s’ouvre à de nouveaux acteurs et usages, la question n'est donc plus seulement de conquérir le cosmos, mais de savoir à quel prix pour la planète.