Le 26 avril 1986, un drame qui marquera l'histoire s'apprête à se produire. Le réacteur quatre de la centrale nucléaire de Tchernobyl, en Ukraine, s'emballe lors d'un test de sûreté. Une grande explosion éventre l'édifice et une fumée épaisse et noire s'élève dans les airs. Le combustible nucléaire brûlera pendant dix jours, contaminant l'environnement et de nombreuses personnes.
La renaissance du vivant
Depuis, une zone d'exclusion de 30 kilomètres autour de la centrale est établie. Un espace vaste considéré alors comme inhabitable pendant 20 000 ans. Pourtant, les scientifiques sont aujourd'hui surpris par le retour de la biodiversité. En 2016, la partie ukrainienne de la zone d'exclusion a été déclarée réserve radiologique de la biosphère, un immense laboratoire à ciel ouvert. Un paradoxe saisissant, où l'un des pires désastres industriels devient un refuge pour la faune sauvage.
Sans présence humaine, la nature revient en force et la biodiversité s'épanouit. Lynx, sangliers et même chevaux sauvages prospèrent dans cette zone considérée comme hautement dangereuse. Une réalité qui détonne avec celle des forêts européennes, qui voient leurs grands mammifères s'éteindre. Bien loin des activités invasives et destructrices de l'humain, les animaux vivent dans une zone abondante en ressources."Le fait que l'Ukraine dispose aujourd'hui d'une population vivant en liberté est en quelque sorte un petit miracle", a déclaré un scientifique ukrainien à The Associated Press.
La biodiversité sous tension
Malgré le retour spectaculaire de la faune, les écosystèmes restent fragiles. La radioactivité, encore très présente, impacte directement la génétique des animaux. Certaines grenouilles présentent une pigmentation plus sombre et des oiseaux exposés développent davantage de cataractes. Autre effet notoire : les arbres morts en 1986 ne se décomposent toujours pas normalement. Certains issus des graines de ceux présents lors de la catastrophe poussent aujourd'hui plus lentement que la moyenne planétaire.
Mais la réelle menace pour la faune locale ne réside plus uniquement dans la radioactivité des sols. L'invasion russe de 2022 a depuis lourdement bouleversé l'environnement fragile. Des troupes ont creusé des positions dans des sols contaminés et ont déclenché des incendies de forêt. Le 14 février 2025, une frappe de drone a touché l'Arche de Tchernobyl, l'immense dispositif d’acier achevé en 2016 pour recouvrir le réacteur. Quarante ans après la catastrophe, Tchernobyl reste ainsi le symbole d'un équilibre précaire.