Le paulownia donne de belles fleurs blanches, roses ou violettes au printemps.
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Paulownia : arbre "miracle" de la lutte contre la crise climatique ou arnaque ?

Présenté comme un allié révolutionnaire face au réchauffement climatique, le paulownia suscite un engouement croissant en France. Entre promesses de captation record de CO2 et critiques sur ses impacts environnementaux, cet arbre divise scientifiques et professionnels de la filière. 

De jolies fleurs au printemps, un tronc noir et une beauté majestueuse : le paulownia s'invite dans l'Hexagone. Certains vantent ses capacités exceptionnelles à capter le CO2, ce qui ferait de lui une arme solide contre le réchauffement climatique. D'autres sont intéressés par sa croissance rapide, utile pour la coupe de bois ou encore la végétalisation des espaces urbains. 

En effet, le paulownia pousse jusqu'à quatre mètres par an. Il arrive ainsi à maturité seulement huit ans après sa plantation, contre une vingtaine d'années pour un peuplier. C'est pourquoi la filière se développe à l'image de l'entreprise Paulownia Nature qui propose des variétés hybrides. Celles-ci sont conçues pour s'adapter au climat local, très différent de celui d'Asie de l'Est. 

Une solution miracle…

Les arguments des promoteurs sont convaincants : plus de 5 000 hectares plantés en France, une véritable mode. Entre perspectives de rentabilité et promesses écologiques, les médias se lâchent avec des titres évocateurs. Sur les réseaux sociaux, certains n'hésitent pas à le présenter comme une solution clé en main pour compenser les émissions carbone à grande échelle. 

Mais ces promesses tiennent-elles vraiment ? L'université Seikei de Tokyo a mené une étude sur des plantations de paulownia. Les résultats sont encourageants : "L'absorption de CO2 par les arbres de paulownia à croissance rapide a été estimée à 46,8 tonnes de CO2/ha/an, ce qui est beaucoup plus élevé que celle des espèces de reboisement tels que le cèdre japonais et l’eucalyptus", concluent les chercheurs. 

En comparaison, une forêt ordinaire a un potentiel moyen de captation carbone de 4,8 t CO2/ha/an, soit dix fois inférieure au groupe de paulownias. Cependant, "la communauté scientifique n'est pas unanime sur le sujet", estime une note du Centre national de la protection forestière (CNPF). En cause : la difficulté à savoir si le paulownia aura la même efficacité sous le climat européen. 

…avec d'importantes contreparties

Si l'arbre a tout d'un conte de fées, certaines limites entravent son image de solution contre le dérèglement climatique. Les racines profondes du paulownia rendent difficile la survie d'autres arbres. Il pousse donc en monoculture, ce qui bouleverse directement la biodiversité et les écosystèmes. Un risque à éviter que montrent certaines des vidéos de promoteurs mettant en scène des parcelles de centaines voire de milliers d’arbres.

Autre limite : cette espèce a besoin de 1 000 à 2 000 litres par arbre lors de la première année de croissance. Un besoin en eau important qui pose question, notamment en zone de stress hydrique. À l'heure où la gestion de l'eau devient un enjeu crucial, ce paramètre pourrait limiter son déploiement. Au final, le paulownia illustre parfaitement les ambiguïtés des solutions "miracles" : prometteur sur le papier, mais loin de pouvoir remplacer la complexité des écosystèmes naturels.