Le "direct air capture" (DAC) consiste à pomper le CO2 directement dans l'air afin de le stocker.
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Pomper le CO2 atmosphérique, vraiment une bonne idée ?

La captation directe du carbone dans l'air suscite autant d'espoirs que de scepticisme. Encore balbutiante, cette technologie pourrait-elle devenir un outil de lutte contre le réchauffement climatique ? ID vous explique tout. 

Alors que la crise climatique inquiète de plus en plus le monde scientifique, de nouvelles technologies émergent. Géo-ingénierie, transition énergétique, captation carbone… De nombreux chercheurs et start-up proposent des solutions innovantes et ambitieuses. Parmi elles, pomper le CO2 directement dans l'air est une idée qui a émergé récemment. En 2022, la plupart des 19 installations en place étaient des prototypes avec une capacité limitée : environ 8 000 tonnes de CO2 captées par an, selon The Conversation

À titre de comparaison, cela ne représente que sept secondes d'émissions liées à la production d'énergie. Le premier prototype français n'est sorti de terre qu'en 2025 à l'arrière d'une usine de Drancy, en Seine-Saint-Denis. Le "direct air capture" (DAC) n'est donc qu'à ses débuts et promet de continuer son développement. Reste une question : peut-il réellement devenir une solution crédible face à l'ampleur des émissions mondiales ?

Vers un déploiement rapide ?

Sur le papier, la technologie séduit par son potentiel. Le fonctionnement est simple : l'air est aspiré à travers des grilles, puis filtré à l'aide d'un solvant chimique. Le gaz à effet de serre est enfin concentré, une véritable prouesse technique. La méthode permet d'isoler une molécule qui ne représente que 0,04 % de l'atmosphère. Cette performance témoigne des avancées rapides de l'ingénierie climatique. 

Son principal atout réside dans sa facilité d'installation. Il suffit d'un système de refroidissement, déjà présent dans la plupart des usines. "Après tout, une tour de refroidissement est essentiellement une grosse boîte avec un ventilateur qui attire l'air de l'environnement ambiant", explique Josh Santo, cofondateur de la start-up Noya, au magazine FastCompany. Il ne reste ainsi plus qu'à ajouter un additif chimique dans l'eau qui va capturer le CO2 de l'air.

Une technologie qui manque de recul

S’il s'agit d'une sérieuse piste pour lutter contre le réchauffement climatique, le DAC fait face à de nombreuses limites. Le projet le plus suivi est une usine en Islande capable d'aspirer le CO2, de le transformer en roche et de le stocker sous terre. Pourtant, un rapport des Nations Unies met en doute leur réelle utilité. Les solutions d'élimination du CO2 de l'atmosphère y sont décrites comme "technologiquement et économiquement non prouvées à grande échelle" et elles posent des "risques environnementaux et sociaux inconnus".

Ces doutes ont suscité la colère des industriels du secteur. Une centaine de dirigeants ont signé en réaction une lettre à l’ONU, lui demandant de n'écarter aucune solution pour le climat. Selon eux, ces technologies doivent être vues comme un complément à la réduction des émissions. Le défi climatique reste avant tout de réduire la dépendance aux énergies fossiles, principales responsables du réchauffement planétaire.