Pour compenser les émissions de gaz à effet de serre des entreprises, la start-up Living Carbon a la solution : optimiser le processus de photosynthèse des arbres.
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Géo-ingénierie : la solution contre le réchauffement climatique ?

Modification de la synthèse des arbres, de la chimie des océans, de la stratosphère… La géo-ingénierie est présentée comme une clé de la lutte contre le réchauffement climatique. Nombreux sont les start-up et géants de la tech qui se lancent dans l'aventure. Mais si, derrière ces solutions spectaculaires, la géo-ingénierie nous détournait des véritables solutions ?

La crise climatique prend de plus en plus d'ampleur à mesure que les émissions de gaz à effet de serre augmentent. En 2015, la ratification de l'Accord de Paris par 195 États insufflait un vent d'espoir. Mais dix ans plus tard, le compte n'y est pas. L'objectif était ambitieux : maintenir "l'augmentation de la température moyenne mondiale bien en dessous de 2 °C au-dessus des niveaux préindustriels". Aujourd'hui, le climat reste hors trajectoire et le paradigme de la lutte contre le réchauffement est bouleversé.

Si l'Accord incite les nations à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, la tendance actuelle est à la compensation. C'est à ce moment que la géo-ingénierie entre en scène. Derrière ce terme se cachent des techniques de modification du climat et de l'environnement. Une nouvelle opportunité apparaît dès lors pour les fonds d'investissement et autres entreprises de faire des affaires autour de l'environnement avec des solutions innovantes. 

Manipuler l'environnement

Parmi les idées les plus folles, on retrouve la modification de nos forêts. Capter le CO2 et éventuellement le recycler, telle est l'intention de nombreuses recherches. Les centrales d'absorption ou la captation par la roche ne sont pas encore au point. La seule méthode qui fait ses preuves pour une majorité de scientifiques : planter des arbres. En 2019, l'école polytechnique fédérale de Zurich (Suisse) affirmait dans une étude que planter 1 000 milliards d'arbres permettrait de faire baisser de 25 % le taux de CO2 dans l'atmosphère durant les vingt prochaines années.

Une perspective encourageante, certes, mais qui nécessite une surface équivalente à celle des États-Unis. Face à ce constat, la start-up Living Carbon a la solution : optimiser le processus de photosynthèse. En s'inspirant de travaux de recherche de l'Université de l'Illinois, l'entreprise souhaite agir sur la photorespiration. Une étape clé qui fait notamment chuter le rendement de la photosynthèse en provoquant une perte d'incorporation du CO2, d'où l'intérêt de l'optimiser. Maddie Hall, la fondatrice de la société, affirme au média Fast Company qu'il serait possible de diviser par deux le nombre d'arbres plantés tout en gardant le même rendement. 

Autre solution tout aussi ambitieuse : modifier la chimie des océans. La start-up canadienne Planetary Technology souhaite augmenter l'alcalinité des océans pour accroître l'absorption du CO2 atmosphérique. Pour ce faire, elle ajoute à l'eau de mer de l'hydroxyde de magnésium, un minéral alcalin. Objectif : vendre des crédits carbone aux entreprises des secteurs particulièrement polluants. 

Une autre société, Ebb Carbon, a également pour objectif d'augmenter l'alcalinité océanique. Cette fois-ci, une tout autre méthode est employée : l'électrochimie. L'eau de mer est traitée pour séparer les flux alcalins et acides, ce qui en fait une solution alcaline. Ensuite, l'entreprise californienne renvoie l'eau dans l'océan. Celle-ci a notamment signé un contrat avec Microsoft pour retirer plusieurs centaines de milliers de tonnes de CO2 sur plusieurs années.

Une "dangereuse distraction"

Si les investissements pleuvent sur ces nouvelles approches, le monde scientifique s'inquiète du faible nombre d'études à ce sujet. C’est notamment le cas du chercheur en économie à l'Ifremer Manuel Bellanger : "Les bases scientifiques de ces techniques-là ne sont vraiment pas solides aujourd’hui", affirme-t-il lors d'un entretien pour Futura. Cette incertitude scientifique soulève une question majeure : peut-on déployer à grande échelle des technologies dont les effets à long terme sur les écosystèmes et l'environnement restent largement inconnus ?

La climatologue Valérie Masson-Delmotte, coauteure d'une étude sur les menaces de la géo-ingénierie dans les régions polaires, y voit quant à elle une "dangereuse distraction" qui détourne des financements de la décarbonation et "fait miroiter une solution pour ne rien changer". La géo-ingénierie semble surtout révéler notre difficulté à remettre en cause nos modes de production et de consommation.