La France connaît aujourd'hui son jour du dépassement et vit donc à "crédit écologique" en 2026. Concrètement, si l'humanité vivait comme la France, la capacité annuelle de régénération des écosystèmes serait épuisée dès le 24 avril. Un constat préoccupant révélé par les calculs de l'ONG Global Footprint Network. L'année dernière, l'association avait estimé le jour du dépassement au niveau mondial le 24 juillet. Un écart qui illustre à quel point le mode de vie français dépasse largement la moyenne planétaire.
La France en retard
Le constat est d'autant plus préoccupant que la France fait moins bien que de nombreux pays. La Colombie atteint, par exemple, son jour du dépassement le 1er octobre, soit plus de cinq mois plus tard. À l'échelle européenne, l'Hexagone atteint cette date deux semaines avant l'Allemagne (10 mai) et un mois avant le Royaume-Uni (22 mai). Italie, Roumanie, Espagne, Grèce… Presque tous nos voisins semblent avoir une meilleure gestion des ressources naturelles.
Le calcul du jour du dépassement repose notamment sur les ressources maritimes ou forestières. Mais les deux critères majeurs sont "d'un côté, le mode de consommation du pays et de l'autre, ce qu'on appelle la biocapacité, c'est-à-dire la capacité de la Terre à renouveler, régénérer les ressources sur une année", affirme Jean Burkard, directeur du plaidoyer du WWF France à franceinfo. L'une des pistes d’explication repose sur le mix énergétique : la France reste en retrait sur la part des énergies renouvelables dans sa production d’électricité.
Une mesure critiquée mais utile
Malgré ces constats alarmants, l'indicateur ne fait pas l'unanimité parmi les experts. L'unité de mesure utilisée (hectares globaux) et le manque de prise en compte des besoins des espèces animales et végétales font que cet indicateur reste critiqué. Mais Jean Burkard le justifie dans les colonnes du Monde : "Même si le chiffre est imparfait et répétitif, cela reste une manière concrète de parler de la pression humaine sur les écosystèmes".
Reste que, critiqué ou non, le jour du dépassement agit comme un signal d'alarme difficile à ignorer. Il rappelle surtout que le modèle actuel n'est pas soutenable. Sans inflexion rapide, ce marqueur risque de continuer à avancer dans le calendrier chaque année.