Intelligence artificielle, records climatiques, menaces nucléaires… Les experts derrière cet indicateur tirent la sonnette d'alarme face aux dangers qui se dressent devant nos sociétés. Ce mardi 27 janvier, la "Doomsday Clock", ou horloge de l’apocalypse, s’est plus que jamais rapprochée de minuit. Le Bulletin of the Atomic Scientists l'a réglée à 85 secondes avant minuit, soit quatre secondes de moins que l'an passé. Minuit représente la fin du monde.
Créée en 1947 dans un contexte d'inquiétudes face à l'utilisation de la bombe atomique sur Hiroshima et Nagasaki, son objectif est de représenter le niveau de danger auquel fait face l'humanité. À cette époque, elle est pensée par des scientifiques impliqués dans le développement des premières armes nucléaires. Son champ s'étend aujourd'hui au-delà du risque nucléaire avec la prise en compte de menaces numériques, environnementales ou géopolitiques.
Même si elle est encadrée par des spécialistes de tous ces domaines, l'horloge de l'apocalypse n’est ni un instrument de mesure, ni un outil de prévision. C’est un symbole reposant sur l'évaluation d’un collectif d'experts et visant à interpeller. Chaque année, un conseil composé de scientifiques, de spécialistes en sécurité internationale et de membres associés décide de maintenir, d'avancer ou de reculer l'heure affichée.
Une coopération internationale sapée par la compétition
Cette année, l'horloge a été avancée et l'aiguille n’a jamais été aussi près de minuit depuis sa création. Cette mise à jour intervient un an après le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. Depuis, les experts s'inquiètent de la montée d’une autocratie dans le pays de l'Oncle Sam. Le désordre mondial s'installe alors que le républicain multiplie les attaques unilatérales et se retire de nombreuses organisations.
"Les accords internationaux obtenus de haute lutte sont en train de s'effondrer, accélérant une compétition entre grandes puissances où le vainqueur remporte tout, et sapant la coopération internationale", déplorent les membres du Bulletin of the Atomic Scientists dans un communiqué. "Agressifs", "hostiles", "nationalistes"... Le comité d’experts alerte sur le basculement des grandes puissances vers une position du "nous contre eux".
À ces tensions géopolitiques s’ajoute un autre danger : la désinformation. Climato-scepticisme et théories du complot prennent une place importante dans le débat public, au détriment de la science et du journalisme. Mais selon Maria Ressa, lauréate du prix Nobel de la paix 2021 et membre du comité, "le temps presse" pour "reconstruire une réalité commune". Sans quoi l'espèce humaine ne pourra affronter les différents défis contemporains qui l'attendent.