La déforestation de petites surfaces nuit le plus à la capacité des forêts tropicales à stocker le carbone.
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Climat

Climat: une étude souligne le rôle majeur des petites dégradations dans les forêts tropicales

Si les incendies ou les défrichages géants attirent facilement l'attention, c'est la déforestation de petites surfaces qui nuit le plus à la capacité des forêts tropicales à stocker le carbone, essentielle pour le climat, concluent des chercheurs dans une étude publiée mercredi.

"Ce sont les petites perturbations dans les forêts tropicales humides qui sont responsables de la plupart des pertes de carbone que l'on observe depuis 30 ans", résume Philippe Ciais, chercheur au Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement (LSCE), coauteur de l'étude parue dans Nature, qui en a présenté les conclusions à des journalistes.

Ainsi les petites zones de déforestation, inférieures à deux hectares, ont causé plus de la moitié (56%) des pertes nettes de carbone dans ces forêts sur cette période, notamment en Afrique et Asie du Sud-Est. Alors qu'elles ne représentent que 5% des zones déboisées, leur effet est "disproportionné", concluent les chercheurs dans leur étude. Celle-ci met ainsi en lumière l'importance des petites coupes liées à l'agriculture de subsistance dans des régions pauvres, facilement occultée par les grands défrichages plus spectaculaires en Amazonie.

Repousse des arbres

Les forêts tropicales, qui contiennent la moitié du carbone stocké dans les arbres à l'échelle mondiale, jouent un rôle important en absorbant du CO2, gaz à effet de serre. Leur protection a été discutée lors de la dernière COP en novembre au Brésil, ce pays ayant profité de l'occasion pour lancer la Facilité de financement des forêts tropicales (TFFF), un fonds qui sera investi sur les marchés, visant à dissuader les Etats de déforester en leur versant de l'argent pour chaque hectare préservé.

Ces forêts sont très menacées par la déforestation ou par des dégradations partielles en raison d'incendies ou pour faire de la place à l'agriculture, à l'exploitation du bois ou à des mines. L'observatoire Global Forest Watch estime que l'équivalent de 18 terrains de football par minute ont été détruits parmi elles en 2024, dans son bilan paru en mai.

L'équipe internationale de chercheurs, qui publie ses conclusions mercredi, s'appuie sur des données fines issues d'observations par satellite depuis 1990. Sa méthode représente une avancée par rapport aux études précédentes, en prenant aussi en compte la repousse des arbres qui peut suivre la déforestation et représente un gain de carbone.

Or les incendies sur de grands surfaces sont spectaculaires mais sont compensés à plus long terme par la régénération de la végétation. A l'inverse, la déforestation à petite échelle est souvent permanente car elle a pour but de laisser la place à des cultures de subsistance, des routes ou des villages.

Pas inexorable

Les forêts tropicales humides touchées par ce phénomène se concentrent en Amazonie, où le Brésil a pris des mesures de protection depuis une vingtaine d'années, et désormais surtout en Afrique dans le bassin du Congo ou en Asie, comme à Bornéo. Selon les chercheurs, elles ont au total émis plus de carbone qu'elles n'en ont absorbé depuis trente ans.

Les forêts tropicales sèches se trouvent pour leur part en périphérie de ces régions et leur bilan carbone est neutre, car elles ont bénéficié en partie d'une régénération après des incendies. L'étude, qui met l'accent sur l'importance de la repousse des arbres, montre que les pertes de carbone ne sont pas "inexorables", souligne Philippe Ciais. "Si on était capables d'agir pour réduire fortement les activités liées à la dégradation et la déforestation, les forêts pourraient repousser très rapidement et donc passer de source à puits" de carbone, selon le chercheur.

Les politiques de lutte contre la déforestation devraient donc prendre en compte la réalité de ces petites coupes. "Cela revient à donner des sources de revenus suffisantes aux fermiers pour qu'ils n'aient pas à déforester", conclut Philippe Ciais, par exemple en améliorant les rendements agricoles ou en leur faisant bénéficier des crédits carbone liés à la préservation des arbres.

Avec AFP.