La gestion de l'IA "est devenue un facteur de risque ESG critique, car les entreprises adoptent l'intelligence artificielle plus rapidement qu'elles ne la gouvernent", déplorent les auteurs de l'étude. Ce travail dense a été publié le 11 décembre par l'AI Company Data Initiative, groupe de la Fondation Thomson Reuters. Il révèle un manque de transparence sur la question de l'IA de la part des 1 000 entreprises analysées.
L'étude couvre 13 secteurs autour de la planète, ce qui en fait "le plus grand référentiel de données au monde sur l'adoption de l'IA par les entreprises". Après lecture des données accessibles au public, la fondation estime que seules 48 % des entreprises ont divulgué des stratégies ou des lignes directrices en matière d'IA. L'utilisation de ces assistants numériques est donc importante, mais elle reste faiblement suivie et encadrée.
Quid de l’impact environnemental ?
Si l’IA promet des gains d’efficacité dans de nombreux domaines, ses impacts environnementaux restent largement ignorés par les entreprises : "97 % des entreprises échantillonnées n'ont pas pris en compte l'impact environnemental, y compris la consommation d'énergie et l'empreinte carbone." Même constat pour l'impact sociétal, qui n’est pris en compte que par 32 % des multinationales échantillonnées.
Alors que les entreprises accusent un retard dans l’évaluation des effets de cette technologie, les auteurs de l’étude alertent sur un risque de contradiction avec les objectifs ESG. Très suivis par les investisseurs, ces critères servent à mesurer la performance extra-financière des entreprises. Or, un recours massif et insuffisamment encadré à l’IA pourrait peser sur les dimensions environnementales et sociales, et fragiliser, de fait, le respect de ces engagements.
L'épidémie de centres de données préoccupe
Si l'intelligence artificielle progresse à toute vitesse, le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) rappelle qu’elle peut contribuer à la dégradation de la planète. "Nous ignorons encore beaucoup de choses sur l'impact environnemental de l'IA, mais certaines des données dont nous disposons sont préoccupantes", explique Golestan Radwan, directrice du numérique au PNUE. Dans un rapport publié en 2025, les Nations Unies pointent un problème majeur : les centres de données.
Leur nombre a explosé, passant de 500 000 centres en 2012 à 8 millions en 2025. En cause, les demandes importantes en ressources de l’intelligence artificielle. Ces méga structures abritent une quantité massive de composés électroniques très coûteux : "fabriquer un ordinateur de 2 kg nécessite 800 kg de matières premières". Ces centres produisent également des déchets électroniques, contenant des substances dangereuses comme du plomb ou du mercure. Mais la principale source de préoccupation du rapport concerne l'appétit gargantuesque en énergie et en eau de ces serveurs.
Selon des chercheurs de l'Université de Californie, "les infrastructures liées à l'IA pourraient bientôt consommer six fois plus d'eau que le Danemark". Une requête envoyée à ChatGPT consomme 10 fois plus d'électricité qu'une recherche sur Google, affirme l'Agence internationale de l'énergie. Alors que les ressources se raréfient et que le stress hydrique frappe de nombreuses régions, l'intelligence artificielle ne semble pas si dématérialisée.