Intelligence artificielle, sécheresses, inondations… Autant de thèmes qui feront du septième cycle des travaux du GIEC un chantier chargé. Près de 600 experts du climat de l'ONU ont entamé la rédaction du prochain rapport à Paris en décembre 2025, avec une parution prévue en 2028-2029. Mais l'éclatement du consensus international sur le dérèglement climatique risque de rendre la tâche ardue pour l'organe des Nations unies. La lutte contre le réchauffement climatique "est la plus grande arnaque jamais menée contre le monde", résumait Donald Trump à la tribune de l'ONU à New York en septembre.
Le dernier rapport du GIEC, paru en 2023, alarme sur le dépassement imminent d'un plafond que les États ont promis de ne pas atteindre. La planète est en route pour franchir au début des années 2030 la limite de 1,5 °C de réchauffement par rapport à l'ère préindustrielle. Depuis, les scientifiques estiment même que ce seuil pourrait être atteint avant 2030. Ce point devrait figurer dans l'une des trois parties du rapport final : la science physique, les impacts climatiques et les solutions pour réduire les niveaux de gaz à effet de serre. Mais alors, comment un rapport du GIEC se construit-il ?
"Le GIEC fonctionne par consensus"
Aussi rigoureux soit-il, ce travail se heurte à une grande difficulté : l'articulation entre une gouvernance étatique et scientifique. L'assemblée plénière se réunit une à deux fois par an pour prendre les décisions clés, notamment autour du programme du travail. Chacun des 195 États membres dispose d’une voix : "Le GIEC fonctionne par consensus. Et si un pays, quel qu'il soit, s'oppose au compte rendu, et bien le compte rendu ne peut pas être approuvé. Chaque pays a une sorte de droit de veto", expliquait le climatologue Robert Vautard lors d'une visioconférence organisée pendant la réunion à Paris.
À chaque début de cycle, cette grande assemblée élit les 34 membres du bureau, qui est l'organe exécutif du GIEC. Les membres de cette structure sont répartis en trois groupes de travail correspondant aux trois principales parties du compte-rendu. Scientifiques, ministères, institutions et organismes de recherche contribuent alors conjointement à l'élaboration d'un rapport complet et utile aux États. "Notre mission reste claire : fournir aux gouvernements des informations pertinentes pour l'action publique et scientifiquement neutres", affirme le climatologue français.
La première version du texte est soumise à un comité d'experts avant d'être retravaillée. La deuxième est non seulement présentée aux chercheurs, mais également aux représentants des gouvernements. Enfin, la version finale du rapport est soumise à l'approbation de l'Assemblée générale. Elle approuve ensuite, ligne par ligne, le résumé destiné aux décideurs des gouvernements. En 2023, le sixième cycle d'évaluation du GIEC s'est achevé : plus de 1 000 rédacteurs, 85 000 publications scientifiques, 300 000 commentaires… Un travail titanesque qui illustre à la fois l'ampleur de la mobilisation scientifique mondiale et le degré d’exigence nécessaire pour établir un rapport qui fait consensus.
Des tensions autour de la parution
Si l'organisation du GIEC peut sembler être un enfer bureaucratique, le système est en réalité très bien huilé. Cette semaine, l'organe se réunit à Bangkok pour sa 64e session afin de suivre l'avancement de la production du rapport. La parution étant prévue d'ici la fin de la décennie, tout s'accélère malgré quelques tensions. L'Union européenne et des pays du Sud vulnérables plaident pour que les rapports clés de ce cycle soient disponibles à l'occasion du bilan mondial de 2028 prévu par l'Accord de Paris. Mais cette "coalition pour la haute ambition" fait face à des réfractaires.
Les pays émergents et les grands producteurs d'énergies fossiles (Chine, Arabie saoudite, Russie…) estiment que l'échéance est trop proche. Ils proposent une publication en 2029. Les précédentes réunions du GIEC ont déjà mis en évidence des blocages persistants autour de cette question majeure. Cette impasse "ne sert que ceux qui souhaitent retarder l'action climatique, mais les pays vulnérables ne peuvent plus attendre", a déclaré Zhe Yao, conseiller politique mondial de Greenpeace Asie de l'Est.