Un réchauffement entre 3,3 °C et 5,7 °C d'ici 2100 ne semble plus probable, selon un article du Projet d'intercomparaison des modèles couplés (CMIP).
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Climat

Climat : les scénarios les plus extrêmes s'éloignent dans les nouvelles projections

Les scénarios climatiques les plus alarmistes s'éloignent progressivement, selon de récentes données scientifiques. Si cette évolution traduit les effets de politiques climatiques engagées, elle ne suffit pas à écarter les risques majeurs liés aux activités humaines.

Un réchauffement entre 3,3 °C et 5,7 °C d'ici 2100 ne semble plus probable, selon un article du Projet d'intercomparaison des modèles couplés (CMIP). Ce programme de recherche fournit des projections destinées au Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC). Alors que le septième rapport de l'institution est attendu en 2028-2029, ces premières estimations laissent entrevoir des progrès dans les politiques climatiques.

Toutefois, le message ne change pas : la Terre continue de se réchauffer, mais les scénarios les plus catastrophiques sont écartés. Les scientifiques estiment désormais le pire scénario entre +3 °C et +3,5 °C d'ici 2100 par rapport à la période préindustrielle. Une hausse qui reste alarmante et qui impacte directement l'environnement et la biodiversité. Elle entraîne notamment une multiplication des événements climatiques comme les canicules, les sécheresses ou les inondations. Elle accentue également les inégalités entre régions du monde, certaines étant beaucoup plus vulnérables que d’autres face à ces bouleversements.

Repenser les projections climatiques

Cette révision invite surtout à relire les anciens scénarios à la lumière des évolutions récentes. "Cela ne signifie pas que les scientifiques se soient trompés par le passé ou qu'ils aient été trop alarmistes", explique le climatologue Wim Thiery auprès de RTBF. "De nombreuses mesures climatiques ont été mises en œuvre depuis - heureusement, dirais-je - ce qui nous éloigne de la trajectoire la plus pessimiste", poursuit-il.

Ainsi, le scénario dit "SSP5-8.5", qui prévoit des niveaux d'émissions "élevés" est désormais "peu probable". Cela s'explique notamment par "l'évolution des coûts des énergies renouvelables, de la mise en place de politiques climatiques et des tendances récentes en matière d'émissions", indique l'article. Autrement dit, ce scénario extrême reste théoriquement possible, mais il apparaît aujourd'hui de plus en plus déconnecté des trajectoires réellement observées.

Des émissions qui ralentissent

Même si les émissions de gaz à effet de serre continuent d'augmenter, cette progression tend à ralentir. En cause, les politiques de développement des énergies renouvelables et d'électrification des usages. Parmi elles : le pacte vert européen visant à rendre le continent neutre en carbone à l'horizon 2050. Les crises énergétiques jouent également un rôle majeur, comme le rappelait l'Insee l'année dernière. Alors que la France enregistrait une baisse de 1 % de ses rejets, l'institut l'expliquait par la "conjoncture dégradée des industries émettrices (chimie, métallurgie, fabrication de ciment, etc.)".

Malgré des signaux encourageants, les scientifiques appellent à la prudence. Un réchauffement de 3 °C reste largement au-dessus des objectifs fixés par l'Accord de Paris et entraînerait des conséquences durables pour les sociétés humaines. Le rapport du CMIP reconnaît également qu'il n'est plus possible de limiter le réchauffement à 1,5 °C. "Il y a dix ans, ce scénario était encore envisageable", note Wim Thiery.