Chris Wright, secrétaire américain à l'Énergie.
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Politique

Pourquoi l'administration Trump s’attaque à l'Agence internationale de l'énergie ?

Basée à Paris, l'agence internationale publie chaque année des rapports sur la situation énergétique mondiale. Acteur clé de la lutte contre le réchauffement climatique, il subit pourtant les offensives de Washington.

Les États-Unis de Donald Trump continuent de tourner le dos à la lutte contre le réchauffement climatique. Après le retrait de l'Accord de Paris et de l'OMS, la Maison-Blanche s'attaque à l'Agence internationale de l'énergie (AIE). Washington accuse l'institution d'être "infectée" par un "culte du climat". Le secrétaire américain à l'Énergie, Chris Wright, s'est exprimé jeudi à l'occasion d'une réunion interministérielle organisée par l'AIE : "Nous ne sommes pas satisfaits du tout."

Face à la pression de Washington, qui représente 14 % des financements de l'organisation, le dernier rapport annuel de l'AIE réintègre le scénario "politiques actuelles". Celui-ci table sur une croissance continue de la demande de pétrole et de gaz, malgré les progrès des énergies renouvelables. À l’inverse, le scénario "net zéro", conforme aux objectifs de l’Accord de Paris, repose sur une diminution rapide de la consommation de pétrole et de gaz.

"C'est la voie que l'Europe a choisie"

"Nous n'avons pas besoin d'un scénario net zéro", a martelé Chris Wright, lors d'une conférence organisée par l'IFRI à Paris mardi soir. "C'est ridicule. Cela ne va jamais arriver. C'est juste des rêves d'hommes politiques qui veulent tellement faire grimper les prix de l'énergie que la demande s'effondre. C'est inhumain, c'est immoral. Et c'est totalement irréaliste.'

Emmanuel Macron a présenté un regard totalement différent sur l'agence lors d'un discours de bienvenue préenregistré. "C'est la voie que l'Europe a choisie. C’est la voie de la transition vers des sources de production d'énergie décarbonées, l'énergie nucléaire, les énergies renouvelables, vers le contrôle de notre consommation en investissant dans l'efficacité énergétique", a déclaré le président français.

"Nous prenons le parti d'une énergie sûre"

Le gouvernement britannique soutient également l'AIE en annonçant une contribution supplémentaire de 13,7 millions d'euros pour son programme de transition vers les énergies propres. De son côté, le directeur de l'agence et économiste turc Fatih Birol a défendu la position de l'agence : "Nous prenons le parti d'une énergie sûre, nous prenons le parti d'une énergie abordable, nous prenons le parti d'une énergie durable et d'une énergie durable pour tous."

Comme le rappelle son directeur, la sécurité énergétique demeure au cœur des missions de l'agence. Fondée en 1974, elle avait pour rôle de fournir des réponses aux problèmes d'approvisionnement en or noir après le choc pétrolier de 1973. Mais ses missions se sont très vite étendues aux autres énergies, dont les renouvelables. Aujourd'hui, l’organisation est reconnue dans le monde pour ses rapports sur les perspectives à moyen et long terme dans le secteur énergétique. Dans un contexte de tensions croissantes autour des politiques climatiques, l'AIE se trouve dès lors au cœur d'un bras de fer entre les grandes puissances.