En 2023, les ventes de produits phytosanitaires en France se sont élevées à 65 600 tonnes.
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Politique

Entre rentabilité et santé, pourquoi les pesticides divisent le monde agricole

Alors que les pesticides sont omniprésents dans le débat public, les agriculteurs sont divisés quant à leur utilisation. Entre pression économique et impact environnemental, les exploitations font face à un dilemme. Derrière ce débat, c’est l'équilibre même de l'agriculture française qui se joue.

À l'heure où les préoccupations environnementales s'intensifient, les pesticides demeurent pourtant au cœur du modèle agricole français. En 2023, les ventes de produits phytosanitaires en France se sont élevées à 65 600 tonnes. Un tiers est tout de même dédié à l'agriculture biologique, mais plus de 10 000 tonnes sont des substances cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques (CMR). Le pays se situe alors dans la moyenne européenne avec 3,45 kg de pesticides par hectare de terres cultivées selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). 

Dans ce contexte, le retour de l'acétamipride, un insecticide interdit en France depuis 2018, ravive les tensions. Certains syndicats agricoles se positionnent en faveur de son utilisation, malgré les risques sanitaires et environnementaux. En août 2025, le Conseil constitutionnel censure la réintroduction du néonicotinoïde, prévue par la loi Duplomb. "C'est un choc, c'est inacceptable et incompréhensible", réagit Jérôme Despey, vice-président de la FNSEA, alliée aux Jeunes agriculteurs. La Coordination rurale, deuxième syndicat agricole, s'indigne également de la décision.

Contexte de colère agricole

Si cette position peut sembler étonnante au premier abord, ces agriculteurs y voient une solution face "à une menace grave compromettant la production agricole". Depuis trois hivers consécutifs, la colère du secteur s'étend sur tout le pays. À la fin de l'année 2025, une mobilisation d'ampleur nationale est lancée pour bloquer les axes routiers. "Stop au massacre", pouvait-on lire sur une pancarte lors du blocage de l'A64 en Haute-Garonne.

Entre l'épizootie de dermatose nodulaire, l'accord UE-Mercosur et la taxe carbone européenne, les agriculteurs français sont confrontés à de nombreuses difficultés économiques. Selon l'Insee, le revenu moyen brut d'un agriculteur en France s'élève à 2 840 euros par mois. Mais derrière ce chiffre plutôt positif se cachent de grandes disparités. 17,7 % d’entre eux vivent sous le seuil de pauvreté, fixé à 1 288 euros. Le recours aux pesticides permettrait alors d'augmenter ou de maintenir la rentabilité des exploitations et, ainsi, de mieux vivre du métier.

Aucune perte de rentabilité 

L’objectif est de protéger les cultures contre tout ce qui peut nuire au rendement. Insectes, parasites, mauvaises herbes et champignons sont particulièrement visés. Pourtant, les chercheurs de l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae) ont démontré en 2017 que la réduction de pesticides n'impacte pas la rentabilité d'une exploitation. Selon une étude publiée dans la revue Nature Plants, il est possible de réduire les traitements en maintenant une productivité équivalente ou meilleure dans 94 % des cas, et une rentabilité équivalente ou meilleure dans 77 % des cas.

De son côté, la Confédération paysanne milite aux côtés de nombreux scientifiques et ONG pour une transition agroécologique marquée par une réduction des pesticides. Alors que l'Anses a lancé le retrait du marché du S-métolachlore, un herbicide massivement utilisé dans l'Hexagone, le syndicat soutient la décision. Pour Nicolas Girod, porte-parole national, c'est "complètement possible" de s'en passer. Ce débat pourrait se raviver avec l'annonce de l'examen d’une nouvelle version de la loi Duplomb, qui prévoit d'assouplir certaines restrictions sur les produits phytosanitaires.