Tracteurs, bonnets jaunes, blocages… Les Parisiens font face à une nouvelle matinée perturbée ce jeudi 8 janvier. Après les fortes chutes de neige, ce sont les agriculteurs qui cherchent à se faire entendre. Plusieurs dizaines d’entre eux ont roulé toute la nuit de mercredi à jeudi afin d’être présents dans la capitale au petit matin. Derrière cette action, se cache la Coordination Rurale (CR), syndicat connu pour ses actions coup de poing et ses positions anti-écologistes.
"Ce qui se passe ce matin est illégal" et "inacceptable", déplore la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon, sur Franceinfo. Cette action n’est pas isolée : la grogne des agriculteurs s’étend sur tout le pays depuis plusieurs semaines. Pendant que les bonnets jaunes sont devant l’Assemblée nationale, la circulation sur plusieurs autoroutes est perturbée, voire bloquée. A13, A75, A64, A9… Il s’agit d’une véritable opération pour interpeller le gouvernement.
Le président de la CR47, José Pérez, expliquait à l’AFP le ras-le-bol de ses collègues : "Aujourd’hui, 75 % des structures agricoles sont en difficulté financière. On ne peut pas continuer comme ça." Cette difficulté financière, qui pousse certains à produire à perte, est le résultat de différentes décisions prises par l’Union européenne et le gouvernement français.
Accords, lois et textes en défaveur de l’agriculture française
Depuis le 12 décembre, les agriculteurs sont dans la rue pendant que l’accord UE-Mercosur est débattu à la Commission européenne. En négociation depuis 2000, ce texte vise à favoriser les échanges commerciaux entre l’Union européenne et les pays du Mercosur. L’Argentine, le Brésil ou encore l’Uruguay pourraient dès lors voir leurs produits agricoles accéder au marché européen. Les agriculteurs français, italiens et belges déplorent une concurrence déloyale puisque les normes sanitaires et environnementales européennes ne s’appliquent pas aux pays d’Amérique du Sud.
Cette situation risque d’autant plus précariser la profession que les éleveurs affrontent actuellement une épizootie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC). Dans un communiqué, le gouvernement insiste sur son caractère "fortement préjudiciable à la santé des bovins" conduisant à "des pertes de production importantes du cheptel infecté". Malgré la mise en place d’une stratégie de vaccination massive, de nombreux agriculteurs dénoncent l’abattage systématique des animaux au sein des foyers touchés.
À cette crise sanitaire s’ajoutent d’autres sources de tension entre le monde agricole et les pouvoirs publics, notamment sur le terrain économique et réglementaire. Un bras de fer politique est ainsi engagé autour du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), soutenu par le gouvernement. Ce dispositif vise à taxer les importations issues de secteurs fortement émetteurs, comme l’hydrogène, l’électricité, le ciment, l’acier ou les engrais. Ces derniers inquiètent particulièrement les agriculteurs, notamment les céréaliers, confrontés à une hausse du coût des fertilisants.
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Des négociations tendues
Si le secteur agricole fait du bruit en dénonçant la dégradation des conditions d’exercice du métier, le gouvernement semble peu réceptif. Depuis le début de la semaine, Sébastien Lecornu reçoit les différents syndicats agricoles à Matignon. Le Premier ministre espère un retour au calme alors que le monde agricole reprend la mobilisation, après une trêve pendant les fêtes.
"Depuis trop longtemps, un sentiment domine dans votre profession : celui d'une injustice profonde, celui d'une iniquité structurelle, celui d'un empilement de règles venues de loin qui, parfois, ont perdu leur bon sens", reconnaît M. Lecornu dans une lettre ouverte. Mais les syndicats ne sont pas convaincus, à l’image de la FNSEA qui dénonce les promesses insuffisantes : les propositions du Premier ministre "ne permettent d’apporter les réponses concrètes aux problématiques de revenus des agriculteurs", affirme le syndicat dans un communiqué.
Ces négociations sous tension conduisent à des actions violentes de la part des exploitants agricoles. Selon le ministère de l’Intérieur, une centaine de tracteurs ont contourné et forcé les barrages mis en place par les forces de l’ordre, "parfois en prenant des risques totalement inconsidérés". Ce matin, Yaël Braun-Pivet a essayé de discuter avec les agriculteurs présents devant l’Assemblée nationale. Résultat : huées, jets de projectiles et extraction rapide.