La France vient de battre un record, mais pas aux Jeux olympiques d'hiver. Les Français ont consommé 237 œufs chacun durant l’année 2025, soit dix de plus qu'un an plus tôt. Dans son bilan annuel dévoilé jeudi, l'interprofession des œufs (CNPO) prévoit que la consommation pourrait atteindre 269 œufs par an et par personne en 2035.
En réaction, l'interprofession réaffirme son objectif de construire 575 nouveaux poulaillers d'ici dix ans. En 2025, 18 bâtiments ont été construits, soit une capacité de 200 millions d'œufs supplémentaires par an. Mais cela reste toutefois insuffisant face à l'ampleur de la pénurie. Certains éleveurs ont notamment dû s'adapter en gardant plus longtemps des poules, même si le rendement baisse avec l'âge. D’autres ont retardé l'abandon des cages, ce qui se traduirait par moins de poules par bâtiment.
La fin de l'élevage en batterie
Au-delà des volumes produits, la transformation du modèle d'élevage joue également un rôle. Même si le recours aux cages n’est pas complètement abandonné, la filière maintient son objectif d’avoir 90 % de la production française hors cage d’ici 2030, contre 77 % en 2025. Cette transition de la batterie vers le sol, couplée à une hausse de la demande, pourrait être la raison des rayons vides en magasin. Mais grâce à la construction de nouveaux bâtiments, "les tensions d'approvisionnement vont disparaître assez rapidement", selon le président du CNPO, Yves-Marie Beaudet.
L'interprofession dénonce tout de même la "lourdeur administrative" et les révisions d'une directive européenne fixant les seuils d'autorisation environnementale pour les nouveaux bâtiments. Actuellement, 220 projets de production sont concernés. "On demande à la ministre un allègement administratif, pas forcément moins d'environnement, on demande juste à faire autant d'environnement que nos voisins, pas plus", a ajouté Yves-Marie Beaudet.
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L'oeuf, une protéine bon marché
Si le moindre rendement de l'élevage au sol et le respect de l'environnement impactent l'offre, le prix imbattable des oeufs explique l'explosion de la demande. Depuis la crise inflationniste de 2022 et 2023, ils sont prisés par les Français pour leur apport en protéines à bas prix : 15 à 40 centimes l'unité, selon les conditions d'élevage de la poule pondeuse, plein air et bio étant les plus chers.
Ce besoin de protéines s'articule avec la tendance du fitness, de la musculation et du bien-être. En atteste l’explosion du marché de l'hyperprotéiné dans les grandes surfaces. Porté principalement par les yaourts et les skyrs, le chiffre d'affaires de ces produits est passé de 70 millions d’euros en 2020 à 380 millions d’euros en 2024. Le prix de la viande ayant fortement augmenté, l'œuf apparaît alors comme une bonne alternative pour les plus sportifs comme pour le grand public.