Fini la tergiversation : le gouvernement publiera la feuille de route énergétique de la France d’ici quelques jours. Ce document vise à définir comment la France consommera et produira son énergie dans les prochaines années. Véhicules, usines, logements… Tous les secteurs français sont concernés jusqu'en 2035. La Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) est attendue depuis longtemps et Sébastien Lecornu souhaite la voir publiée au plus vite.
Il y a "urgence" et "les débats ont largement eu lieu", le décret en "prendra compte", a-t-il justifié samedi dans la presse régionale. Un projet de loi avait été présenté début 2024, avant que le gouvernement y renonce face à la "guerre des religions" entre pro-nucléaires et pro-renouvelables à l'Assemblée nationale. Bercy a alors opté pour un décret, jugé plus rapide et efficace. Comme pour le budget, "ça ne satisfera peut-être pas exactement chacun, mais face aux urgences industrielles, climatiques, et de souveraineté énergétique, il y a eu la volonté d'avancer", explique le ministère de l'Économie.
Coup d'accélérateur pour le nucléaire et le renouvelable
Si Sébastien Lecornu plaide l'urgence, c’est parce que les engagements environnementaux de l'État sont considérables. Alors que les énergies fossiles représentent encore 60 % de la consommation énergétique du pays, la France dispose d'une marge de progression pour réduire son empreinte carbone. Selon le gestionnaire du réseau de transport RTE, l'importation d'énergies fossiles représente 64 milliards d'euros en 2024. En comparaison, l'exportation d'électricité n'a rapporté que cinq milliards d’euros.
Si les combustibles riches en carbone alimentent le réchauffement climatique, ils maintiennent également le pays dans une dépendance à l'égard de la Russie et des États-Unis. Malgré cette problématique majeure, la France possède un atout : une électricité décarbonée à 95 %, notamment grâce au nucléaire. La précédente version du texte (2019-2024) prévoyait la fermeture de plusieurs réacteurs nucléaires. Aujourd'hui, le gouvernement fait tout l'inverse avec l'inscription de six réacteurs de nouvelle génération de type EPR et "huit supplémentaires en option".
Quid des énergies renouvelables ? Sébastien Lecornu a promis des investissements "dans l'éolien en mer, le photovoltaïque, la géothermie" et l'éolien terrestre. Toutefois, pour ce dernier, la priorité sera donnée à l'augmentation de puissance d'éoliennes déjà présentes dans le paysage français. Les nouveaux parcs seraient "parfois source de conflit localement". Le gouvernement envisage également un "grand plan" sur "l'électrification des usages", ce qui accélérerait la transition énergétique du pays.
Une clause de revoyure en 2027
Même si ces annonces ont de quoi rassurer la filière électrique, celle-ci reste vigilante. Pour le solaire, "il y a déjà 30 GW de puissance installée en France, et 10 GW de projets autorisés en file d'attente. Si la feuille de route indiquait un objectif de production de 40 GW en 2030, cela équivaudrait à un moratoire car il n'y aurait alors aucune possibilité de développement", souligne Jules Nyssen, président du Syndicat des énergies renouvelables.
Du côté des responsables politiques, le Rassemblement national et la gauche s'inquiètent de la facture d'électricité des Français. Lundi 9 février, Marine Le Pen a assuré que la publication de la PPE est une "lourde faute du Premier ministre". Elle réaffirme ainsi la position du parti qui s'oppose à l'adoption du texte par décret et qui juge trop favorable la place des énergies renouvelables. Une clause de revoyure, c’est-à-dire une réévaluation du texte, reste prévue pour 2027, année de la présidentielle.