Le temps n’est plus à l’euphorie pour le financement participatif. Longtemps porté par l’immobilier, le secteur subit désormais les effets durables de sa crise. Une inflexion que confirment les chiffres. Les montants collectés ont reculé de 1,3 % au premier semestre 2025 par rapport à la même période de l’année précédente, selon le Baromètre du crowdfunding en France S1 2025 publié par France FinTech.
Dans ce paysage plus tendu, une dynamique fait toutefois figure d’exception : celle du financement participatif dans les énergies renouvelables. En un peu plus de dix ans, Lendosphere et Lendopolis ont mobilisé 800 millions d’euros, accompagnant 1 250 projets et confirmant l’ancrage de ce modèle dans la durée. Une trajectoire qui se poursuit malgré les turbulences actuelles et les atermoiements politiques qui entretiennent une part d’incertitude pour le secteur. "Nous avons réalisé une année à plus de 155 millions d’euros levés sur les deux plateformes, une année aussi bonne que la précédente, dans un contexte pourtant plus compliqué", explique Laure Verhaeghe, cofondatrice et présidente de Lendosphere.
Un outil de démocratisation
Créée en 2014, au moment où le cadre réglementaire du financement participatif se structurait en France, Lendosphere est née d’une double ambition : faire du financement participatif un outil de décarbonation de l’épargne et un levier de démocratisation de l’investissement dans les énergies renouvelables.
Côté investisseurs, l’accès est volontairement simplifié, dès 50 euros, sans frais, sur une plateforme entièrement digitale. Pour les porteurs de projets, Lendosphere se positionne comme un levier complémentaire aux ressources bancaires, en financement junior avec une valeur ajoutée extra-financière importante.
Avec Lendopolis, un modèle qui change d’échelle
Une fois cette trajectoire consolidée, Lendosphere a franchi une nouvelle étape fin 2024 avec l’intégration de Lendopolis, rachetée à La Banque Postale. Une opération qui a renforcé la capacité de distribution de l’ensemble, dans la continuité des méthodes déjà mises en place. "Historiquement, les équipes de Lendosphere et de Lendopolis avaient déjà la même rigueur dans l’analyse et la structuration des dossiers. Nous avons aujourd’hui une équipe de gestion stabilisée et étoffée, qui travaille ensemble avec cette même exigence", souligne Laure Verhaeghe.
Ce rapprochement s’est concrétisé par une fusion, fin 2025, des deux structures au sein de Lendocompany, l’entité juridique agréée sous laquelle sont désormais rassemblées les deux marques. Derrière cette structuration, l’enjeu principal était celui du changement d’échelle. "Une part majoritaire de la collecte sur Lendopolis est aujourd’hui réalisée via le réseau de La Banque Postale, grâce à notre partenariat historique avec la banque et au dynamisme de ses conseillers", précise la présidente de Lendosphere. "Lendocompany a donc la capacité de distribuer à la fois en B2C, auprès d’une base de plus de 100 000 investisseurs inscrits, et en B2B2C via le réseau de La Banque Postale, dont l’efficacité est éprouvée depuis plus de huit ans.”"
Les ressorts de la résilience des énergies renouvelables
Si le modèle s’est structuré et consolidé dans le temps, il s’inscrit aussi dans un marché profondément chahuté. Pour Laure Verhaeghe, deux niveaux de lecture permettent de comprendre cette dynamique. "Pendant longtemps, l’immobilier a concentré l’essentiel des volumes du financement participatif. Or, depuis trois ans, la crise dans l’immobilier se répercute mécaniquement sur les plateformes dédiées à ce secteur, avec une baisse de la collecte d’environ 15 à 20 % sur le premier semestre 2025", rappelle-t-elle. "La course folle au rendement et au volume est synonyme de course au risque : aujourd’hui les investisseurs se détournent de ces plateformes, et nous avons observé un report vers les EnR."
À rebours de cette trajectoire, les énergies renouvelables font ainsi figure de valeur refuge, les plateformes spécialisées enregistrant une progression des montants collectés au premier semestre 2025. “Il y a donc une réelle décorrélation qui repose sur la qualité du sous-jacent : l’immobilier est en crise, tandis que les énergies renouvelables démontrent leur solidité année après année, avec toujours zéro défaut à date et un taux servi net de risque autour de 7 % pour les investisseurs. Nous restons attachés à des fondamentaux solides, pour éviter l’emballement et rechercher prioritairement la qualité des dossiers.”
Une épargne citoyenne en mutation
Au-delà des performances, cette trajectoire éclaire aussi l’évolution du profil des investisseurs. En une dizaine d’années, la base s’est largement diversifiée, passant de profils engagés, souvent militants, à une palette beaucoup plus large d’âges, de catégories socioprofessionnelles et de rapports à l’investissement. Des investisseurs avertis, mais aussi des family offices et des banquiers privés se tournent vers Lendosphere pour la diversification et le verdissement des portefeuilles de leurs clients.
Cette dynamique s’appuie notamment sur une forte mobilisation locale autour des projets. À Sombernon, en Côte-d’Or, le projet agrivoltaïque porté par Akuo a ainsi permis de lever 3,3 millions d’euros localement, établissant un record national. À Cesson-Sévigné, en Ille-et-Vilaine, 500 000 euros ont été investis en 48 heures pour une centrale solaire communale. Pour Laure Verhaeghe, ces exemples traduisent une réalité souvent moins visible dans le débat public. "Nous sommes le révélateur de cette majorité silencieuse que l’on retrouve dans les sondages qui confirment le soutien à la transition énergétique. Malgré des oppositions très visibles et des recours fréquents, il existe une majorité favorable aux énergies renouvelables. Lorsqu’on lui donne un outil concret d’engagement, elle répond présente."
En partenariat avec Lendosphere.