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Politique

Présidentielle : les ambitions déçues de l'écologie

Emmanuel Macron et Marine Le Pen se qualifient pour le second tour de l'élection présidentielle 2022.
PHILIPPE WOJAZER/POOL/AFP

Tandis que le Giec a publié la semaine dernière l'ultime volet de son vaste rapport, la question climatique aurait pu s'imposer comme un thème central de la campagne présidentielle. Mais l'issue du premier tour semble avoir finalement rompu ces espoirs. 

Le candidat écologiste à la présidentielle française avait l'ambition de devenir la première force à gauche. Mais Yannick Jadot n'a obtenu que de 4 à 5 % selon les dernières estimations, après une campagne qui a largement occulté la question du réchauffement climatique. "L'écologie sera absente du second tour, elle ne peut pas l'être du quinquennat. Il faudra bien et vite, très vite, lors des élections législatives, regarder et enfin voir la situation en face et agir", a lancé dimanche soir le candidat EELV, 54 ans, promoteur de "l'écologie des solutions" et qui faisait sa première campagne présidentielle. Il a en outre appelé à "faire barrage à l'extrême droite en déposant dans l'urne un bulletin Emmanuel Macron" face à la candidate d'extrême droite Marine Le Pen au second tour le 24 avril. "Que personne ne minimise la menace fondamentale que constitue l'extrême droite", a-t-il lancé.

Le climat : une préoccupation pour les Français

Le candidat écologiste a peiné à mobiliser les défenseurs de la cause environnementale, pourtant une des premières préoccupations des Français derrière le pouvoir d'achat, au cours d'une campagne atypique placée dans l'ombre de la pandémie du Covid puis de la guerre en Ukraine.

A l'heure de compter les points, Yannick Jadot fait mieux que la dernière candidate écologiste à une présidentielle, Eva Joly en 2012 (2,31 %) mais il pourrait faire moins bien que Noël Mamère en 2002 (5,25 %).

L'euphorie des municipales, quand les écologistes avaient remporté plusieurs grandes villes françaises dont Lyon, Bordeaux, Strasbourg, est bien loin. Ses détracteurs ont regretté une campagne trop lisse, sans grand coup d'éclat, voire poussive parfois pour électriser une "génération climat" portée au niveau mondial par la Suédoise Greta Thunberg.

Jean-Luc Mélenchon, très présent sur les thèmes de l'écologie

Le candidat de l'"urgence climatique", pro-européen et tenant d'une ligne pragmatique, a dû en outre compter sur son rival de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon - arrivé 3e au premier tour avec plus de 20 % - très présent sur les thèmes de l'écologie et qui a bénéficié du soutien de plusieurs jeunes militants du climat. Lors du scrutin de dimanche, des électeurs écologistes traditionnels ont ainsi opté pour la candidature du candidat La France Insoumise (LFI) dans l'espoir que la gauche accède au second tour.

"Les Verts c'est l'énorme déception de cette campagne", avait de son côté tranché il y a quelques jours le politologue Rémi Lefebvre. "Le problème de l'écologie, c'est sa base sociale. Ca ne peut pas être les milieux populaires parce que les écologistes ne rassurent pas du tout les milieux populaires" qui pensent "'on va encore nous demander de nous serrer la ceinture encore plus'. Et la base plutôt aisée, diplômée, urbaine, a tendance à voter plus pour Macron".

Cette valse-hésitation au sein de la famille écolo s'était manifestée dès la primaire du mouvement en septembre. Yannick Jadot avait remporté le duel avec la radicale Sandrine Rousseau, d'une très courte tête (51 %). Cette victoire à la Pyrrhus allait laisser des traces. Et début mars, Sandrine Rousseau a été exclue de son équipe de campagne après la publication dans la presse de propos au vitriol. Elle regrettait notamment une campagne sans "récit", un "gâchis" causé par "des stratèges nuls".

Après avoir tenté d'organiser en début d'année des meetings en plein air conçus pour "occuper la rue avec la politique", mais qui n'attiraient que peu de monde, Yannick Jadot s'était recentré sur les passages médiatiques.

"Déception"

Il avait fait entendre sa différence sur le nucléaire, promettant la fermeture d'une dizaine de centrales d'ici 2035. Et développé son volet social avec la création d'un "ISF climatique" et une augmentation du salaire minimum de 10 %. Après le début de la guerre en Ukraine, Yannick Jadot avait été un des premiers à réclamer un embargo européen sur tous les hydrocarbures russes et s'était montré de plus en plus incisif envers TotalEnergies, accusant la multinationale de "complicité de crimes de guerre" en raison de la poursuite de son activité en Russie. Le PDG du groupe français Patrick Pouyanné a annoncé le poursuivre en diffamation.

Quelques jours plus tard, le candidat écologiste rassemblait au Zenith de Paris près de 4000 sympathisants, le plus gros meeting de l'histoire de l'écologie française. Son vibrant appel à "renverser la table" n'a pourtant été que très partiellement entendu.

Au QG dimanche soir, l'émotion était palpable, les visages graves. "C'est une déception", regrette Pauline Le Roux, 31 ans, experte en relations internationales. "On a l'impression que la priorité des Français est loin de ce qui, pour moi, est la priorité numéro un : la protection de la biodiversité et le climat". Même sentiment chez Mathis Gautier, 20 ans, étudiant : "Je suis très triste. Quand on est dans la campagne on a les yeux qui brillent, on pense que tout est possible. C'est ma première campagne et mon premier vote et j'ai juste envie de pleurer". "Il faudra tirer des leçons" car "l'écologie ne s'est pas suffisamment distinguée dans sa différence et la rupture qu'elle incarne par rapport aux autres forces politiques", a réagi la porte-parole du candidat Delphine Batho.

Yannick Jadot a appelé dimanche à apporter au parti Europe écologie-Les Verts (EELV) un "soutien financier pour poursuivre ces combats", appelant aux dons pour son parti, qui s'il termine sous les 5 % à la présidentielle ne rembourserait pas ses frais de campagne.

Avec AFP. 

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