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Conso

La filière viande veut proposer sa définition du flexitarisme

Marc Pagès, Directeur Général d'Interbev.
©DR/Interbev

Face au coût écologique de l'alimentation, de plus en plus de consommateurs cherchent à adopter un régime "flexitarien" en réduisant leur consommation de viande. Les producteurs doivent également affronter cet enjeu. ID a interrogé Marc Pagès, directeur général d’Interbev (association nationale interprofessionnelle du bétail et des viandes), à propos de leur campagne sur le flexitarisme.

L’impact environnemental lié à l’alimentation préoccupe de plus en plus les consommateurs. La viande est l’aliment le plus ciblé en raison de son important bilan carbone. Les Français cherchent donc à réduire leur consommation dans le cadre d’un régime dit "flexitarien".  

Face à cette prise de conscience, les producteurs de viande essaient également de participer à cette démarche pour montrer leur préoccupation écologique. Marc Pagès, directeur généralde l’Interprofession Bétail et Viande (Interbev), explique à ID leur campagne de communication : "naturellement flexitarien".

Quels sont les objectifs d'Interbev ?

Interbev est une interprofession qui réunit l'ensemble de la filière bovine et ovine française, qui va des éleveurs jusqu'à la boucherie artisanale et la grande distribution.

Nous avons avant tout un objectif d’informer à la fois le grand public, mais également les décideurs publics et les législateurs. Il s’agit dans tous les cas de communiquer sur ce qu’est la filière de la viande : ce qu’elle produit, comment elle le fait... Aujourd’hui, elle représente 500 000 emplois directs.

Quelle est votre analyse de la consommation de viande en France aujourd’hui ?

Elle se situe dans une norme acceptable par rapport aux grands critères défendus par les normes sanitaires. Actuellement, nous sommes à 300 grammes de viande hebdomadaire par personne, ce qui veut dire que les Français en consomment 2 à 3 fois par semaine. Notre objectif est justement de pousser l’information sur la viande pour faire en sorte que les citoyens soient informés sur cet équilibre alimentaire par rapport à leurs évolutions récentes de consommation, qu’ils fassent les bons choix dans leurs actes d’achat.

La question de l’impact environnemental devient de plus en plus importante dans l’esprit du grand public pour ses habitudes alimentaires. Comment est-ce que votre filière aborde ce défi ?

Comme l’ensemble de la population, nous avons conscience qu’il est nécessaire d’agir pour le climat. Notre filière a la chance de pouvoir compenser elle-même ses émissions de gaz à effet de serre grâce aux nombreuses prairies que nous utilisons pour nos animaux. Cependant, nous avons également de nombreux travaux en cours pour continuer à réduire notre impact. Nous estimons que d’ici 10 ans, nous devrions encore baisser de 15% notre empreinte environnementale.

En France, nous avons une production qui répond déjà à beaucoup d’attentes, mais il faut que les consommateurs fassent ce choix de l’alimentation locale"

La filière bovine et ovine française a mis dans sa démarche RSE ce pacte d’engagement sociétal. Nous sommes la première filière au monde à avoir eu cette politique certifiée pour disposer de critères environnementaux. Les consommateurs sont également très attentifs à cela. En France, nous avons une production qui répond déjà à beaucoup d’attentes, mais il faut que les consommateurs fassent ce choix de l’alimentation locale, que ce soit au niveau régional ou national.

Est-ce qu’il y a également un enjeu lié à la relocalisation de l’alimentation des animaux ? On pense notamment aux produits importés d’Amérique du Sud qui augmentent considérablement l’impact environnemental.

Les productions d’Interbev sont très peu utilisatrices de ces produits. Nos rations sont constituées à 90% de fourrage, suivi par les céréales et quelques protéines. Mais cela ne nous a pas empêchés de répondre favorablement au plan protéines végétales.

Notre objectif est de permettre à nos éleveurs d’augmenter cette possibilité d’autoproduction. Nous sommes attachés à cette production en territoire avec notre biodiversité pour être moins dépendants de ces produits, ce qui est également une demande des consommateurs.

Dans le cadre de votre campagne de communication depuis 2019, vous parlez beaucoup de "flexitarisme". Quelle est votre définition de cette pratique ?

Pour nous, il s’agit de l’omnivore du XXIème siècle. C’est un consommateur éclairé et libre de manger de tout, en toute conscience. C’est vraiment cette notion de manger de manière raisonnable sur laquelle nous voulons insister.

Cela ne correspond pas vraiment avec les définitions que l’on trouve ailleurs : le Larousse définit notamment le flexitarisme comme "un mode d’alimentation principalement végétarien mais incluant occasionnellement de la viande ou du poisson". La revue The Lancet parle d’un "régime essentiellement à base de plantes mais pouvant éventuellement contenir de modestes quantités de poisson, de viande et de produits laitiers". Il s’agit donc avant tout de limiter fortement la consommation de viande...

Ce n’est cependant pas tout à fait la même chose que le régime végétarien, sinon il n’y aurait pas eu besoin de créer une deuxième appellation. Nous faisons cette distinction sur la consommation raisonnée de la viande dans cette pratique alimentaire. Pour revenir aux chiffres de la consommation de viande, on ne peut pas dire qu’ils soient très élevés. Il y a des pays où elle est beaucoup plus importante. Notre objectif était de ne pas faire tomber cette pratique dans la même catégorie que les choix végétarien ou végétalien.

Dans votre campagne en ligne, on a pourtant le sentiment que vous voulez changer la définition du flexitarisme...

Notre objectif est simplement d’informer sur un terme qui est nouveau, et donc ne pas tomber dans la définition d’un équivalent végétarien. Pour nous c'est celui qui mange de la viande de façon raisonnée et raisonnable, avec des quantités déjà très modérées dans le cadre d’une alimentation équilibrée. Nous ne sommes pas dans une position d'opposition entre les légumes et la viande, mais dans l’information sur les portions de viande dans les différents repas de la semaine.

Nous ne détournons pas le flexitarisme. On redonne au contraire à cette pratique cette information d'une consommation entre végétarien et carnivore. On le positionne par rapport à un omnivore dans le cadre d’une consommation raisonnée et responsable.

Une interview réalisée en partenariat avec France Inter. Écoutez la chronique Social Lab ici

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