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Social

Des monnaies locales pour transformer les modes de consommation

Charlotte Bazire, chargée de communication au Mouvement Sol.
©DR

Depuis une dizaine d’années, des monnaies locales complémentaires à l’euro (MLC) fleurissent dans l’Hexagone, qui en compte aujourd’hui 82. Le Mouvement Sol a publié cette année une étude sur l’impact social de ces nouvelles devises.

Depuis 2005, le Mouvement Sol, réseau national des monnaies locales, travaille à la conception et la diffusion des monnaies alternatives en France. Le but : tenter d’orienter la consommation vers des secteurs vertueux et refaire de la monnaie un outil citoyen et porteur de sens. Ce travail se fait pour l’heure à l’échelle des territoires, mais le mouvement a l’ambition de porter les monnaies locales à la connaissance du plus grand nombre pour servir l’intérêt général. Et le bilan est prometteur : 10 000 professionnels - entreprises et associations - et 40 000 particuliers s’y sont déjà convertis. ID a interrogé à ce sujet Charlotte Bazir, chargée de communication au Mouvement Sol, le réseau national des monnaies locales en France, ainsi qu’à la Gonette, une monnaie locale lyonnaise.

Quels sont les grands objectifs de ce mouvement ?

Ce mouvement veut être un laboratoire d’expérimentation monétaire, et met les monnaies locales citoyennes, existant depuis plus de 10 ans, à l’honneur. Le mouvement représente donc les monnaies locales à l’échelle nationale, leur assure aussi une communication à l’échelle nationale, et les accompagne pour une montée en compétence sur tout le territoire français.

Aujourd’hui, la plupart des monnaies locales font donc partie du mouvement ?

Aujourd’hui, il y a 82 monnaies locales en France, en circulation ou bien en projet, et une quarantaine d’entre elles sont adhérentes au Mouvement SOL.

Quels sont les enseignements que vous avez pu tirer de la proposition de monnaies locales en France ?

Ces monnaies existent pour la plupart depuis plus de dix ans. Nous avons déjà pu mesurer l’impact social des monnaies locales à travers l'étude dont nous avons récemment publié les résultats, dans différentes catégories de la vie en société : la citoyenneté, la solidarité, l’écologie, l’économie et les dynamiques territoriales. Une monnaie locale est donc un outil de transformation. Par exemple, en matière de citoyenneté, l’utilisation d’une certaine monnaie va permettre la découverte de tout un réseau de partenaires qui utilise cette monnaie locale, des associations comme des entreprises, engagées par exemple dans la transition écologique et sociale, valeur que portent les monnaies locales. Cela va donc transformer les modes de consommation de leurs usagers. Sur le côté écologie, en particulier, les professionnels eux-mêmes vont aussi pouvoir changer leurs pratiques au contact d’autres professionnels usagers d’une même monnaie locale.

La monnaie locale peut constituer une porte d’entrée dans la transition."

Peut-on savoir quel est le profil type des usagers ?

Au niveau des citoyens, il semble que la plupart des usagers de monnaies locales soient des gens engagés sous différents aspects dans une démarche de transition, voire militants. Ils sont souvent impliqués dans le tissu associatif de leur territoire ou sont familiers de la consommation bio, par exemple. Mais il y a aussi des gens pour qui la monnaie locale peut constituer une porte d’entrée dans la transition.

Dépasser ce premier cercle averti constitue donc un enjeu pour vous ?

En effet. On voit déjà aujourd’hui que le mouvement est bien amorcé, puisqu’on peut voir des professionnels de plus en plus divers se rallier à la monnaie locale de leur territoire. Pour prendre l’exemple de la Gonette, le réseau des professionnels adhérents représente seize secteurs d’activité. Au-delà des épiceries bio et locales, on va trouver des agences de communication, des librairies, des magasins de vêtements, etc. Les collectivités s’emparent aussi de plus en plus de leur monnaie locale ; une cinquantaine de collectivités sont aujourd’hui adhérentes de leur monnaie locale.

En ce qui concerne les citoyens, comment convaincre le plus de gens possible d’adopter les monnaies locales sans compromettre l’idée d’une vraie transition ?

C’est un peu le travail quotidien des monnaies locales. Nous nous voulons inclusifs, mais sans pour autant intégrer un McDo dans notre réseau. Il y a donc une charte éthique qui existe au sein de chaque monnaie locale, qui se veut restrictive tout en étant assez large. La Gonette par exemple repose sur l’engagement des professionnels en matière de respect de la nature, de l’humain et des liens de solidarités sur le territoire ; après, chacun fait son chemin pour arriver à respecter cela, car personne n’est parfait. Il faut donc trouver un équilibre entre ce qui serait un entre-soi, dont on parvient à sortir aujourd’hui, et une logique trop mainstream.

Les euros échangés contre la création de monnaie locale sont placés en banques éthiques. Donc plus on utilise une monnaie locale, plus on a d’impact sur le financement de la transition."

Concernant l’étude que vous avez menée, avez-vous obtenu d’autres résultats importants ?

Toujours concernant la citoyenneté, nous avons pu voir que 69% des adhérents comprennent beaucoup mieux les enjeux économiques et monétaires parce qu’ils utilisent les monnaies locales. Ces dernières peuvent donc être des moyens de réaliser que l’économie n’est pas que l’affaire d’experts, et de s’interroger sur la place de la monnaie dans le système actuel pour tenter d’en faire un outil démocratique. Deuxième chose, aujourd’hui les monnaies locales représentent environ 5 millions d’euros en France. Étant donné qu’elles fonctionnent sur le principe « une unité de monnaie locale = un euro », elles nécessitent un échange. Ainsi, les euros échangés contre la création de monnaie locale sont placés en banques éthiques, notamment à La Nef et au Crédit coopératif. Donc, plus on utilise une monnaie locale, plus on a d’impact sur le financement de la transition.

Les monnaies locales semblent donc être des outils accessibles pour servir la transition. Quels sont les freins à ce qu’elles se généralisent ?

Le principal frein peut aujourd’hui être le manque de moyens. Les monnaies locales sont souvent lancées par des associations qui ont une base citoyenne et reposent donc principalement sur le bénévolat. C’est pour cela que les partenariats avec les collectivités, ainsi que le fait que certaines monnaies locales se numérisent et permettent un paiement dématérialisé, sont des leviers prometteurs pour porter ces initiatives à une autre échelle. 

Une interview réalisée en partenariat avec France Inter. Écoutez la chronique Social Lab ici ou dans le player ci-dessous.

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