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Climat : le combat des jeunes militants de pays déjà touchés

©Olga Kot Photo/Shutterstock

La Philippine Mitzi Jonelle Tan, 23 ans, a grandi dans un des pays du monde les plus touchés par les cyclones, encore plus depuis que les températures ont commencé à grimper. C'est aussi l'un de ceux où les militants pour le climat sont le plus poursuivis.

En novembre, le typhon Vamco a submergé les rues de Marikina City, dans la banlieue de Manille, sa ville d'origine aux Philippines. A terme, toutes les côtes de part et d'autre de Manille pourraient aussi être englouties, tandis que l'acidification des océans portera atteinte au gagne-pain de millions d'habitants de cet archipel qui vivent de la pêche. Pourtant, aux Philippines, comme dans d'autres pays en développement, les militants de la cause climatique sont menacés. Sur les 212 défenseurs de l'environnement tués en 2019, 43 vivaient aux Philippines, selon un rapport de l'ONG britannique Global Witness.

Le 7 mars, Mitzi a perdu son ami Melvin Dasigao, tué avec huit autres défenseurs des droits humains lors d'une opération de la police et de l'armée, présentée comme une opération contre l'insurrection communiste. L'affaire a suscité de vives protestations de l'ONU. "Nous nous croisions, mais j'ai vraiment rencontré Melvin en novembre, lors d'une opération d'assistance", à des populations touchées par le cyclone. "Notre amitié date de ce moment, nous étions mus par la même envie d'aider les gens et résister à l'oppression", confie-t-elle lors d'un échange par WhatsApp.

Un peu plus de dix jours après sa mort, une équipe de l'AFPTV a retrouvé Mitzi au coeur d'une manifestation contre le financement de l'industrie charbonnière, le 19 mars. "Arrêtez de subventionner notre destruction", scandait la jeune femme devant les locaux de la banque Standard Chartered. "Je suis prête à prendre le risque car nous nous battons pour notre planète. Des choses pires peuvent arriver", confie cette militante de Fridays For Future, rencontrée en décembre lors d'un "sommet" virtuel sur le climat organisé par des jeunes du monde entier.

Michel Villarreal, une étudiante de 18 ans qui vit à La Paz, en Bolivie, presque aux antipodes de Mitzi, participait aussi à cette rencontre, tout comme l'activiste kényan Kevin Mtai ou encore Kelo Uchendu, au Nigeria. Michel, qui a vécu une partie de son enfance dans une zone rurale où sa mère exerçait la médecine, a vu "tout changer": la terre s'est asséchée et les paysans sont partis, "chassés par des événements climatiques de plus en plus extrêmes".

Inondations et sècheresses

En Bolivie, le gouvernement a du mal à faire face à la multiplication des feux de forêts, aux débordements des rivières et à la fonte des glaciers. "Des jeunes s'impliquent de plus en plus dans la défense de l'environnement et contre la crise climatique", s'est félicitée l'ONG Oxfam dans un rapport de décembre sur l'impact social du changement climatique en Bolivie : "Leur participation (.. ) doit être encouragée". Pourtant, ils sont souvent mal perçus, assure Michel Villarreal, qui déplore que des pancartes peintes avec soin et accrochées dans un arbre par son petit groupe de militantes lors d'une manifestation le 20 novembre aient été arrachées par des policiers les ayant accusées de "vandalisme". "C'était très triste. Nous voulions juste que les personnes les voient et prennent conscience de la situation", raconte l'étudiante en première année de droit.

Le Kenya de Kevin Mtai, responsable de moins d'1 % des émissions mondiales, souffre d'invasions de criquets pèlerins qui détruisent les récoltes et de pluies irrégulières provoquant inondations et sécheresses. En juin 2019, une partie de la maison de sa grand-mère a été emportée par l'une de ces crues dévastatrices, ainsi que ses vaches et ses poules. Le 19 mars, Kevin Mtai, conscient comme Mitzi de l'enjeu pour son pays, a fait 15 heures de bus depuis son village Soy pour rejoindre d'autres jeunes à Nairobi et Mombasa et participer à une journée de Grève mondiale pour le climat.

En juillet 2020, cet activiste de 25 ans s'était mobilisé contre la construction d'un hôtel dans un parc national de Nairobi, un projet qui, selon les militants, endommagerait la faune et la flore locales. Mais la campagne n'a pas plu à un officiel haut placé qui a traité ces jeunes de fauteurs de troubles sur une grande chaîne kényane - une vidéo que l'AFP a pu visionner. Après ces propos, Mtai et un autre activiste ont été menacés.

Menaces

"Je me suis caché. Ici au Kenya, tu peux être tué et disparaître", affirme-t-il. Pour l'ONG Human Rights Watch (HRW), l'impunité après des violations "sérieuses" de droits humains demeure une source d'inquiétude "majeure" au Kenya. Les tentatives d'intimidation n'ont pas entamé la détermination de Kevin Mtai. Il planche sur un documentaire sur les déchets toxiques envoyés par les pays riches en Afrique et monte en même temps un projet de jardinage dans des écoles rurales pour apprendre aux enfants l'agriculture durable.

La 26e Conférence des Parties des Nations unies sur le changement climatique prévue en novembre à Glasgow, en Ecosse, est souvent présentée comme cruciale, une dernière occasion pour les Etats de s'engager à freiner un réchauffement climatique trop dévastateur. En attendant, la pandémie de Covid-19, qui avait déjà provoqué un report de la COP 26, rend plus difficile encore la mobilisation de ces jeunes. "Nous tentons encore de trouver le moyen de faire une sorte de grève présentielle" pour la journée de la Terre, le 22 avril, a expliqué Mitzi Jonelle Tan, assurant que les protocoles sanitaires sont souvent utilisés pour empêcher des manifestations.

"Notre dernière chance"

Ces militants des pays en développement rêvent d'aller à Glasgow pour représenter leur génération, mais la distribution inégale des vaccins risque de les en empêcher. "Pour quelqu'un de mon âge et de mon statut social habitant au Nigeria, je pense avoir très peu d'espoir d'être vacciné bientôt", soupire le Nigérian Kelo Uchendu. Dans son pays, les autorités espèrent avoir vacciné 70 % de la population... dans deux ans.

L'icône de beaucoup de jeunes de sa génération, la Suédoise Greta Thunberg, a d'ailleurs assuré qu'elle n'assistera pas à la COP, comme geste de protestation contre les inégalités d'accès aux vaccins.

Mais agir au niveau local n'est pas simple, assure Kelo Uchendu : "Les gens pensent que c'est un problème qui regarde seulement les pays du Nord, ils croient que nous avons d'autres chats à fouetter, comme la corruption, qui nécessitent plus d'attention que le changement climatique". Pourtant, poursuit-il, le Nigeria, qui compte 200 millions d'habitants, a un rôle crucial en tant que premier producteur africain de pétrole et poids-lourd économique en Afrique. Pour sensibiliser les étudiants autour de lui à ces questions, il organise des compétitions de "dissertations" sur le sujet et des hackathons. Et pour impliquer les générations plus âgées, Uchendu a contribué à mettre en place la branche nigériane de "Parents pour le futur".

Alors que le compte à rebours pour la COP 26, prévue dans huit mois, a commencé, la militante bolivienne Michel Villarreal espère que les dirigeants du monde choisiront un modèle économique plus durable une fois la pandémie passée. Multiplier les actions avec d'autres militants pour le climat afin de mettre la pression sur les gouvernants est désormais sa première priorité, parce que Glasgow est "notre dernière chance", assure-t-elle.

Avec AFP.

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