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Mobilisation climat au Mali : "Le changement climatique nous concerne tous, sans distinction de religion ou de couleur"

©Ensemble pour le Climat Bamako/Facebook

Partout autour du monde, les jeunes se mobilisent pour le climat et les enjeux environnementaux. ID vous propose un détour du côté du Mali : à Bamako, Fousseny Traoré a lancé le mouvement "Ensemble pour le Climat".

Fousseny Traoré, 25 ans, se définit comme "un jeune activiste et défenseur du climat". C'est à Bamako, dans sa ville natale, qu'il œuvre. Avec son collectif "Ensemble pour le Climat", il organise des opérations de nettoyage et ramassage des déchets dans la ville, mais aussi des évènements de sensibilisation pour la population locale. 

Chez nous, les gens ne prennent pas toujours au sérieux les conséquences du réchauffement climatique. Souvent, ils nous disent que c'est une affaire d'Occidentaux, donc il nous faut les convaincre". - Fousseny Traoré

Élevé par son oncle, c'est à ses côtés que ce jeune assistant en pharmacologie apprend "les dangers climatiques", dit-il. Celui-ci, à la fois enseignant et cultivateur, lui apprend vite les problèmes qui se posent face à l'agriculture locale. "C'est à ses côtés que j'ai compris que la Terre souffre". Fousseny commence à alerter ses amis, les gens autour de lui à l'âge de 20 ans, puis crée finalement un mouvement baptisé aujourd'hui "Ensemble pour le Climat Bamako". "Nous nettoyons les rues, ramassons les sacs et emballages plastiques, nous balayons... Comme nos frères de l'Occident, nous sommes engagés pour lutter contre le réchauffement climatique", nous explique le jeune homme. Aujourd'hui, une centaine de personnes est active dans le collectif de Bamako. Mais à chaque nouvelle rencontre, "des gens rejoignent le mouvement", tient à préciser Fousseny.

©Ensemble pour le Climat Bamako/Facebook

Au Mali, le gros du travail est la sensibilisation. "Chez nous, les gens ne prennent pas toujours au sérieux les conséquences du réchauffement climatique. Souvent, ils nous disent que c'est une affaire d'Occidentaux, donc il nous faut les convaincre : éduquer, orienter face aux dangers et conséquences du réchauffement climatique". 

Le 15 mars, à Bamako

Ce 15 mars, jour de la grève scolaire pour le climat, à Bamako, le cœur y sera. "Nous ferons la grève à notre manière", indique Fousseny. "J'ai vu que beaucoup de choses se passaient en Europe et je me suis dit que nous, jeunes africains étant directement confrontés à ces problèmes, devions prendre part au mouvement et profiter de cette date pour une nouvelle action de nettoyage des rues de Bamako". Et d'ajouter : "Nous avons aussi notre mot à dire et j'aimerais que les présidents Trump et Bolsonaro, qui refusent d'admettre les conséquences du réchauffement climatique, entendent ce mouvement". 

La politique en sourdine

Le corps politique malien semble être le grand oublié de la lutte climatique dans le pays. Le collectif de Fousseny tente par tous les moyens d'interpeller les dirigeants, d'alerter la parole publique, et fait souvent face à un silence radio. "Lors de chacune de nos rencontres, on essaie d'appeler un politicien ou un élu local pour lui proposer d'assister à notre évènement... Parfois ils viennent, mais ça s'arrête là, il ne font rien derrière". 

La suite de l'histoire encore à écrire

Fousseny a de la suite dans les idées : "J'envisage de créer un groupe commun de jeunes défenseurs du climat dans toute l'Afrique. Ce n'est pas simple mais les réseaux sociaux facilitent la tâche, je connais déjà quelques personnes dans plusieurs autres pays et nous essayons de nous coordonner".

J'aimerais que les dirigeants du monde qui ont signé les COP 1 à 24, sans résultats, pensent à leurs enfants. - Fousseny Traoré

Deuxième objectif du jeune homme : mettre en place une caravane de sensibilisation dans les zones rurales. "Quand on organise des séminaires, des débats, des rencontres, les gens ne viennent pas forcément, alors on a changé de méthode pour aller voir les gens directement chez eux". Ce projet permettrait au groupe d'activistes de pouvoir se déplacer aisément et de toucher encore plus de monde. "Quand on vit dans un village ici en Afrique, on est parfois déconnectés, sous-informés et cette caravane nous permettrait d'aller vers ces populations méconnues."

Fousseny tient à conclure notre long échange téléphonique par un dernier mot : "J'aimerais dire aux habitants de la planète Terre de s'unir. L'urgence climatique a sonné et elle n'a ni barrière ni frontière et nous concerne tous sans distinction de religion ou de couleur. Enfin, j'aimerais que les dirigeants du monde qui ont signé les COP 1 à 24, sans résultats, pensent à leurs enfants. Autrement, l'Histoire les jugera".