Alors que la guerre au Moyen-Orient fait rage, les prix de l'énergie continuent de s'envoler. Dans ce contexte, Sébastien Lecornu a convié une trentaine de ministres ce mercredi matin à une réunion portant sur les carburants. Le Premier ministre leur a fixé une feuille de route : plancher sur des solutions concrètes pour tirer profit de la flambée des dernières semaines. L'objectif est de déployer des actions prioritaires pour électrifier l'économie et réduire la dépendance aux hydrocarbures importés.
Le gouvernement a pour ambition de faire passer de 60 % à 40 % cette dépendance en s'attaquant à plusieurs secteurs, notamment le transport et le logement. Pour ce faire, M. Lecornu envisage notamment de financer ces actions par les "surplus" de recettes fiscales sur les carburants, a indiqué Matignon à l'AFP. Le plan d'électrification doit être présenté la semaine prochaine et le Premier ministre attend des retours de ses ministres d'ici le 8 avril.
"La question n’est plus que climatique"
Chaque membre du gouvernement a une mission : Roland Lescure, ministre de l'Économie, est chargé de planifier cette sortie de la dépendance, "avec un point de passage en 2030 et une cible en 2035". Françoise Gatel, à l'Aménagement du Territoire, et Philippe Tabarot (Transport) sont chargés de proposer "la décarbonation complète des mobilités routières" dans certains territoires "pilotes". Le ministre du Logement Vincent Jeanbrun devra également "préciser les modalités opérationnelles de la sortie du gaz" dans les logements neufs et ceux du parc social.
Ce plan d'électrification doit "être accéléré", car "la question n'est plus que climatique, elle touche désormais à l'intérêt national", fait valoir le Premier ministre. La semaine dernière, le prix du litre de gazole a atteint un record absolu en France depuis 1985 en moyenne hebdomadaire. Selon des chiffres publiés par le gouvernement, le prix moyen du litre s’élève à 2,1888 euros, un montant plus haut qu'après l'invasion de l'Ukraine. Cette hausse pèse lourdement sur de nombreux secteurs : de l'agriculture à la logistique, en passant par le bâtiment, tous fortement dépendants des carburants.
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Les taxes au coeur des critiques
Si l'exécutif envisage une accélération de l'électrification du pays, il ne souhaite toutefois pas toucher à la TVA sur le carburant (20 %). Ce point lui vaut de nombreuses attaques, notamment du Rassemblement national. Au début du mois, Jordan Bardella défendait la position de son groupe sur le plateau de BFM TV : "Le gouvernement ne doit pas s'enrichir sur le dos d'une crise", affirmait le président du parti à la flamme. Une position qui trouve un écho chez une partie des automobilistes, directement touchés par la hausse des prix à la pompe.
Pour l'heure, le gouvernement peine à répondre à la flambée des prix. D’autant que la France est contrainte à la discipline budgétaire pour tenter de maintenir le déficit à 5 % du produit intérieur brut. Les transporteurs, agriculteurs et pêcheurs sont remontés et les aides ciblées aux entreprises annoncées vendredi dernier ne calment pas le jeu. "On peut tenir maximum six mois à ce prix-là", explique une agricultrice au journal Le Monde. "Après, on met la clé sous la porte", déplore-t-elle.