La Commission européenne a publié le 4 mai un ensemble de révisions supplémentaires pour simplifier le règlement sur la déforestation. Adopté en 2023, le texte vise initialement à lutter contre le changement climatique et à préserver la biodiversité. Pour ce faire, l'importation dans l'UE de produits issus du bétail, du cacao, du café, de l'huile de palme, du soja, du bois ou du caoutchouc devrait être interdite lorsqu'ils proviennent de terres déboisées.
Dans les faits, l'Europe multiplie les initiatives de simplification alors que son entrée en application ne cesse d'être reportée. Après deux ajournements, le texte devrait enfin entrer en application d'ici la fin de l'année. Une avancée, mais qui a un prix : le cuir pourrait être exclu du dispositif. Un recul qui interroge sur la capacité de l'Union à maintenir ses ambitions environnementales.
Un règlement sous pression
L'organisation environnementale WWF se félicite d'une étape qui "met fin aux appels à l'abandon" de ce règlement "après des mois d'incertitudes". Toutefois, l'association déplore que le cuir ne soit plus couvert par cette législation. Quelques semaines plus tôt, l'ONG Global Witness accusait une tannerie italienne appartenant au groupe LVMH de négocier des exemptions. Ces révélations alimentent les soupçons d'un lobbying accru des acteurs du luxe et de l'agro-industrie dans les coulisses européennes.
Pour les associations, cette évolution illustre un glissement progressif d'un texte ambitieux vers une version conciliatrice avec les intérêts économiques. "Retirer arbitrairement le cuir du règlement conduirait à une incohérence politique de taille : la viande d'une vache élevée sur des terres déboisées serait interdite, alors que la peau de ce même animal pourrait être vendue librement sur le marché unique", alerte une coalition d'ONG dans une lettre commune.
La lutte contre la déforestation fragilisée
Au-delà du cas du cuir, ces ajustements interrogent plus largement la cohérence de la stratégie européenne en matière de lutte contre la déforestation. L'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) estime que 90 % de la déforestation mondiale est liée à la conversion des forêts en terres agricoles, destinées à la culture ou au pâturage. Dans ce contexte, exclure certains produits liés à ces filières pourrait réduire significativement l'impact du règlement.
D'autant que ces simplifications interviennent dans un climat politique empreint d'une remise en cause croissante des normes européennes. Alors que l'UE vise la neutralité carbone à l'horizon 2050, la Commission européenne multiplie les "paquets omnibus". Ces textes sont destinés à alléger plusieurs réglementations jugées trop contraignantes pour les entreprises. Une dynamique qui nourrit les critiques d'un démantèlement progressif du Pacte vert pour l'Europe, pourtant présenté comme la boussole climatique du continent.