Shampoings, rouges à lèvres, parfums… Ces produits suscitent des interrogations quant à leur dangerosité pour la santé. Malgré les preuves accablantes, les acteurs du secteur pourraient bénéficier d'une rallonge pour sortir leurs articles des rayons. Un texte porté par la Commission européenne doit être examiné en commission au Parlement européen le 15 avril, puis en séance plénière entre le 28 et le 30 avril. S'il est adopté, des produits toxiques pourraient rester 15 mois de plus dans les magasins.
Et le phénomène est loin de concerner une minorité de produits. En cause : 11 substances chimiques classées ou en cours de classement CMR selon les critères européens. Autrement dit, des substances cancérogènes, mutagènes et susceptibles d'altérer le patrimoine génétique. Parmi celles dont le caractère nocif a été confirmé, des fragrances comme l'héliotropine sont présentes dans les huiles essentielles, le maquillage et la parfumerie.
Au nom de la compétitivité
Face aux résultats scientifiques, l'industrie avance un argument : ces composants seraient présents dans environ 85 % des 500 000 produits de beauté vendus dans l'UE. Le coût d'une "reformulation massive" se chiffrerait à plus de 6,7 milliards d'euros. Selon Reporterre, les eurodéputés auraient par ailleurs reçu un courriel de la part des services de Sébastien Lecornu dans ce sens. L'exécutif français évoquerait "un contexte de concurrence internationale accrue" pour ce secteur "porteur de plus de 300 000 emplois directs et indirects".
Face au risque économique, le délégué général de la Fédération des entreprises de la beauté Emmanuel Guichard se défend : l'industrie est à "l'initiative de propositions clés visant en particulier une adaptation du règlement européen […] pour soutenir une croissance durable de l'industrie cosmétique". Des arguments qui semblent avoir convaincu les commissaires européens, qui répondent aujourd'hui aux demandes des grandes marques. Selon une enquête de l'ONG Corporate Europe Observatory, la Commission se serait entretenue plus de 200 fois avec les lobbyistes de la chimie.
La santé publique au second plan
Le texte a été déposé en juillet dernier dans le cadre de l'Omnibus VI, un train de mesures visant à assouplir la réglementation sur les produits chimiques. Mais cette initiative suscite la colère des associations et des eurodéputés de gauche et du centre : "Pendant ce temps, les industriels continuent de faire des profits faramineux sans changer leur recette contenant des ingrédients nocifs pour la santé ou l'environnement", déplore Vicky Cann, spécialiste du lobbying au sein de Corporate Europe Observatory.
"Sous couvert de simplification du cadre législatif, la Commission détricote des réglementations qui protègent la santé des 450 millions de consommateurs de l'Union européenne", pointe quant à lui l'eurodéputé Pascal Canfin (Renew). Le journal La Tribune relève toutefois une progression annuelle de 7 % de la cosmétique française, qui pesait 70 milliards d'euros en 2025. Le vote à venir devra trancher entre impératifs économiques et protection des consommateurs.