Le Nutri-Score pourrait apparaître sur tous les produits emballés dans nos supermarchés, mais également dans les publicités. Conçu par des scientifiques spécialistes en nutrition, le marquage a été mis en place en 2017 en France. Il classe notamment les produits de A à E selon leurs apports nutritionnels et leur composition. L'objectif est clair : mieux informer les consommateurs et pousser les marques à rendre leurs produits plus sains. Jusqu'ici basée sur le volontariat des industriels, l'initiative pourrait devenir obligatoire après le dépôt d'une proposition de loi ce mercredi 8 avril.
Porté par la députée socialiste Sandrine Runel, le projet est soutenu par huit groupes politiques (PS, EPR, EcoS, LIOT, SOC, DEM, RE, HOR) sur les onze que compte l'Assemblée. Le gouvernement défend également cette mesure : "Il ne s'agit pas d'être moralisateur, mais de jouer cartes sur table : chaque citoyen reprend la main sur sa consommation et est libre de choisir en toute connaissance de cause", a souligné mercredi Agnès Pannier-Runacher, députée EPR, signataire de la proposition de loi.
Les produits ultra-transformés dans le viseur
Aujourd'hui, le Nutri-Score rencontre un véritable succès auprès des Français : "C'est un outil de prévention simple, français et efficace", indique la députée PS lors d'une conférence de presse à l'Assemblée. Selon elle, 57 % des consommateurs ont déjà modifié un achat grâce à lui. Pour aller plus loin, le texte prévoit également des sanctions : "Si les industriels ne respectent pas ce caractère obligatoire et donc l'obligation de l'affichage du Nutri-Score, une taxe de 2 % sur leur chiffre d'affaires pourrait contribuer aussi aux dépenses de l'Assurance maladie", précise-t-elle.
Si le texte fait autant consensus, c'est parce que la malbouffe devient un problème de santé publique. Phénomène favorisé par la sédentarité mais aussi par les produits ultra-transformés, le surpoids touche aujourd'hui près d'un Français sur deux. Selon l'enquête épidémiologique nationale sur le surpoids et l'obésité portée par l'OFEO, 18,1 % de la population est en situation d'obésité, soit 9,7 millions de personnes. La consommation d'aliments trop gras, trop sucrés ou trop salés constitue également un facteur majeur de maladies cardiovasculaires, d'où la nécessité d'informer les consommateurs.
Quid des produits du terroir ?
Une exception est toutefois prévue pour certains produits du terroir afin d'avoir le soutien d'un large éventail de partis. Ceux bénéficiant d'une appellation d'origine protégée (AOP) ou d'une indication d'origine protégée (IGP) pourraient être exemptés. "Ces produits sont ancestraux. Si la totalité de l'alimentation était faite avec ce type de produit, on en parlerait autrement. Et puis ce sont des filières extrêmement fragiles, il ne faut pas les discriminer par rapport à la production alimentaire industrielle", défend le député Renaissance Jean-François Rousset.
Cette initiative n’est pourtant pas soutenue par le créateur du Nutri-Score, le nutritionniste Serge Hercberg. Un aliment "traditionnel", "gastronomique" ou "fabriqué selon une méthode ancestrale" ne donne aucune information sur sa valeur nutritionnelle et ne signifie pas qu'il peut être consommé sans restriction. La majorité des fromages et charcuteries (même avec AOP et IGP) se retrouvent légitimement classés D ou E du fait de leur teneur en graisses saturées, en sel et de leur forte densité calorique. Ce débat illustre les tensions persistantes entre impératifs de santé publique et défense du patrimoine alimentaire.