À l'issue d'un Conseil de politique nucléaire (CPN) sur le chantier de la future centrale de Penly (Seine-Maritime), l'Élysée annonce que la France piochera dans le Livret A pour financer à 60 % ses nouveaux réacteurs EPR2. "Le prêt bonifié de l'État accordé au programme EPR2 pour 60 % du montant total du programme sera financé par le fonds d'épargne de la Caisse des dépôts", selon un communiqué.
Cette décision du CPN et du président de la République est en faveur de l'atome, indispensable selon eux pour l'indépendance énergétique de la France. "On n'arrivera pas à gagner la bataille du climat, de la compétitivité et de la souveraineté sans le nucléaire", a déclaré Emmanuel Macron au milieu de salariés d'EDF et aux côtés de Bernard Fontana, le PDG du géant français du nucléaire.
L'épargne populaire à la rescousse
L'Élysée lève donc le voile sur l'un des secrets les mieux gardés du grand plan de relance énergétique national : son financement. Pour faire sortir de terre les six futurs réacteurs, l'État va puiser dans l'épargne des Français. Un choix, chiffré à plusieurs dizaines de milliards d’euros, qui lie désormais l'épargne des Français au défi de souveraineté énergétique du pays.
Le fonds d'épargne de la Caisse des dépôts voit transiter 59,5 % de l'épargne réglementée des Français : Livrets A, livrets de développement durable et solidaire et livrets d'épargne populaire. Cette grande enveloppe représente environ 400 milliards d'euros. Une moitié est dédiée à des prêts de long terme pour le logement social et la politique de la ville. L'autre moitié est investie dans des titres de dette et dans des actions de sociétés cotées.
Ce prêt bonifié s’accompagne d'un contrat garantissant un prix de l'électricité du nucléaire plafonné à 100 euros (valeur 2024) par mégawattheure (MWh). Le CPN assure également la décision finale d'investissement "avant la fin de l’année 2026, pour une mise en service en 2038", a précisé la présidence. Cette étape clé permet de lancer un chantier dont le coût de construction devrait s'élever à 72,8 milliards d'euros.
Un regain d'intérêt pour le nucléaire
Si ce projet est ambitieux, il est le résultat d'un renouveau du nucléaire sur le Vieux Continent. "En Europe, il y a encore deux ou trois ans, on nous disait le nucléaire, attention, ce n'est pas bon", a déclaré le président français lors de sa visite du chantier. "On a bâti un consensus et l'Europe suit et y croit", a-t-il ajouté deux jours après le sommet sur le nucléaire près de Paris.
Cette réunion a été l'occasion pour de nombreux pays, dont la Turquie et le Japon, d'appeler à mobiliser les financements publics et privés pour investir dans le nucléaire. Mais entre impératif climatique et débat sociétal, cette technologie continue de diviser. Pour ses partisans, il reste un atout majeur pour produire une électricité bas carbone tout en garantissant l'indépendance énergétique du pays. Ses détracteurs dénoncent au contraire les coûts colossaux, les délais de construction et surtout la question sensible des déchets nucléaires.
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