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En bref

A Davos, la course à "l'argent" pour stopper le changement climatique

©FABRICE COFFRINI/AFP

L'émissaire américain pour le climat, John Kerry, a résumé en un mot cette semaine à Davos ce dont la planète a besoin pour éviter un réchauffement dramatique: de l'argent.

Le rendez-vous annuel des élites internationales, organisé par le Forum économique mondial en Suisse, a été l'occasion pour les hommes politiques, grands patrons, chercheurs et militants de débattre de la façon de lutter contre le dérèglement climatique. La facture est monumentale: John Kerry et d'autres intervenants ont alerté sur la nécessité de débloquer des centaines de milliards de dollars afin d'accélérer les efforts mondiaux visant à atteindre la neutralité carbone d'ici 2050 et limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré. Mais ce rendez-vous annuel dans les Alpes suisses a exposé les fractures sur la manière de parvenir à cet objectif, à l'heure où le monde se débat avec la guerre en Ukraine, le ralentissement économique, l'inflation et la crise du coût de la vie.

369 milliards de dollars

Malgré les 369 milliards de dollars débloqués par les Etats-Unis dans leur plan "Inflation reduction act" (IRA), visant notamment à subventionner la fabrication de véhicules électriques et d'autres technologies vertes sur leur sol, M. Kerry a insisté sur l'importance du secteur privé. "Le déclic dont nous avons besoin est le déploiement de centaines de milliards de dollars à la recherche de bons investissements, mais surtout rentables", a-t-il affirmé, reconnaissant avoir pris des accents du personnage de Gordon Gekko dans le film "Wall Street" lorsqu'il avait affirmé peu auparavant que pour rester sous la barre de 1,5 degré de réchauffement il faudrait "de l'argent, de l'argent, de l'argent, de l'argent, de l'argent, de l'argent, de l'argent".

Egalement présente à Davos, la militante pour le climat équatorienne Helena Gualinga a déploré la priorité mise sur les profits plus que sur la santé de la planète. "Quant j'entends les échanges ici, j'ai le sentiment que ce sont les affaires d'abord, et ensuite seulement le climat et les pertes de biodiversité", a-t-elle affirmé. Le rapport "doit être inversé". D'autres désaccords ont occupé le devant de la scène à Davos. Là où de nombreux participants ont loué l'IRA américain comme essentiel pour lutter contre le changement climatique, les Européens ont à nouveau dénoncé ce qu'ils décrivent comme étant des subventions discriminatoires.

Si nous nous efforçons de verdir les (pays) industrialisés et que nous ne pensons pas aux marchés émergents, nous sommes tous cuits.

"Nous sommes amis", a réagi M. Kerry auprès de l'AFP, notant que "l'écoute et les discussions sont au rendez-vous afin d'aborder ces préoccupations." A l'inverse, certains industriels européens ont appelé à ce que l'Union européenne montre les muscles et adopte sa propre version de l'IRA pour rester compétitive. "Oui, nous irons aux Etats-Unis. Nous prendrons le chèque de l'IRA, et c'est normal", a affirmé Ilham Kadri, à la tête du groupe chimique belge Solvay, au cours d'un événement organisé à Davos par le Premier ministre de cet Etat, Alexander De Croo.

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a de son côté réaffirmé mardi en Suisse son projet de "fonds de souveraineté européen" pour soutenir l'industrie de l'UE face à Pékin et Washington, ainsi qu'une législation pour viser "une industrie à zéro émission nette" en gaz à effet de serre. Le cavalier seul des trois zones les plus riches du monde inquiète toutefois le Fonds monétaire international (FMI), la directrice générale Kristalina Georgieva affirmant vendredi qu'il risque de "desservir les marchés émergents et le monde en développement".

"Nous sommes cuits"

"Si nous nous efforçons de verdir les (pays) industrialisés et que nous ne pensons pas aux marchés émergents, nous sommes tous cuits", a-t-elle dit au cours d'une table ronde sur l'économie mondiale. D'autant que les Etats riches ont déjà échoué dans leur promesse faite il y a plusieurs années d'offrir chaque année 100 milliards de dollars afin d'aider les pays en développement à verdir leur économie.

Le président de la République démocratique du Congo, Felix Tshisekedi, a d'ailleurs fustigé le "comble d'hypocrisie" que représente la critique de sa volonté d'exploiter les énergies fossiles pour son développement, alors que de grands pollueurs ont échoué à débourser l'argent promis. "Si tout le monde tenait à sa parole (...) je crois que cet argent nous permettra de faire avancer au plus vite la technologie", a-t-il affirmé.

Avec AFP.