Énergies fossiles.
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En bref

Finance climatique: les crédits carbone font de la résistance

Six mois après l'échec de la COP28 à encadrer le marché des crédits carbone, les négociations ont repris cette semaine, États et organismes privés ayant depuis multiplié les annonces pour essayer de redonner de la crédibilité à ces outils financiers contestés.

Un crédit carbone équivaut à une tonne de CO2 retirée ou empêchée d'entrer dans l'atmosphère grâce à un projet (reforestation, installation d'énergies renouvelables, remplacement de systèmes de cuisson polluants...), mais plusieurs enquêtes ont montré que les bénéfices environnementaux de ces programmes étaient exagérés, voire inexistants.

Les entreprises peuvent acheter ces crédits pour compenser volontairement leurs émissions de gaz à effet de serre, mais de nombreuses ONG affirment que cela revient à acheter un droit à polluer. Un article méconnu de l'accord de Paris en 2015 adopté lors de la 21e conférence de l'ONU sur le climat (COP) permet aux États de s'échanger des crédits pour atteindre leurs objectifs de réduction des émissions et prévoit de créer un mécanisme pour réguler ce marché.

Il y aura probablement de nombreuses questions non résolues qui seront présentées à la COP29.

Mais les négociations pour mettre en place ce fameux Article 6 ont échoué en décembre à la COP28, plusieurs pays demandant des règles strictes pour garantir l'intégrité des crédits tandis que d'autres, surtout des pays pétroliers, souhaitaient les assouplir.

Des négociations préalables à la COP29, qui se tiendra en Azerbaïdjan en novembre, ont lieu en ce moment à Bonn et "vu les premières discussions tenues mercredi, la plupart des problèmes et des priorités, qui diffèrent selon les pays, restent les mêmes", affirme à l'AFP Jonathan Crook de Carbon Market Watch.

Selon lui, "il y aura probablement de nombreuses questions non résolues qui seront présentées à la COP29". Il a appelé les négociateurs à "une remise à plat" totale... alors même que plusieurs pays n'ont pas attendu et déjà signé des accords préalables pour l'échange de crédits carbone.

Il souligne le cas "très inquiétant" de l'entreprise émiratie Blue Carbon qui a conclu plusieurs protocoles d'accord avec des pays africains et insulaires pour obtenir des droits sur leurs forêts afin d'en tirer des crédits carbone.

Exigences renforcées

Parallèlement, l'organe de supervision mandaté par l'ONU pour mettre en oeuvre le mécanisme d'encadrement du marché a multiplié les annonces, notamment pour permettre aux habitants des territoires concernés de déposer des recours s'ils s'estiment lésés, mais sans proposer de texte sur les définitions clés à soumettre à la COP29.

Cet organe est présidé par la saoudienne Maria Aljishi, également conseillère du ministère de l'Énergie du géant pétrolier et ingénieure en chef du mécanisme national saoudien pour les crédits carbone. Plusieurs États ont lancé des mécanismes similaires.

Les États-Unis ont lancé un signal fort fin mai en annonçant des garde-fous pour des crédits carbone "de haute intégrité", qui devront être liés à de véritables réductions ou suppressions d'émissions, auxquelles les entreprises doivent donner la priorité.

Ces lignes directrices sont alignées sur les "grands principes" établis par deux organismes privés indépendants souhaitant pallier le manque de régulation, composés d'experts et d'acteurs du marché et financés surtout par des fondations de milliardaires: le Conseil pour l'intégrité du marché carbone volontaire (ICVCM), qui évalue les méthodologies qui certifient les crédits carbone, et l'Initiative pour l'intégrité du marché carbone volontaire (VCMI), qui veut réguler leur utilisation par les entreprises souhaitant compenser leurs émissions.

Pour la chercheuse Barbara Haya, spécialiste à l'université de Berkeley, ces règles, bien qu'"excellentes", ressemblent à celles déjà appliquées et qui n'ont pas permis des résultats satisfaisants. "Nous ne devrions pas prôner l'utilisation des crédits carbone avant d'être certains que leur qualité soit prouvée", a-t-elle déclaré à l'AFP.

L'ICVCM a en tout vas validé jeudi sept méthodologies, accordant ainsi son label à 27 millions de crédits déjà sur le marché (soit moins de 1,5% des crédits générés ces deux dernières décennies) et à ceux qui seront émis sur les mêmes critères.

"La seule urgence est l'urgence climatique", explique à l'AFP Annette Nazareth, présidente de l'ICVCM. "Cela pourrait aider d'avoir assez de ces méthodologies (plus d'une centaine sont à l'étude, NDLR) approuvées de manière à ce que des crédits carbone soient échangés pour nous aider à vraiment atteindre nos objectifs de neutralité carbone."

Avec AFP.