Pensé pour financer des projets contribuant à la transition énergétique et climatique, le nouveau fonds "Team for the Planet – Goodvest Sustainable Bonds by Ecofi" s’appuie sur l’expertise de gestion d’Ecofi, l’approche extra-financière de Goodvest et l’ancrage dans l’économie réelle porté par Team for the Planet. Pour mieux comprendre ses caractéristiques, ses critères de sélection et la répartition des rôles entre les trois partenaires, ID s'est entretenu avec Sébastien Garandeau, Responsable Grands Comptes chez Ecofi.
Vous lancez un nouveau fonds dédié à la transition énergétique et climatique, en partenariat avec TEAM for the Planet et Goodvest. Pouvez‑vous nous expliquer dans quel contexte est né ce projet ?
Ce partenariat s’inscrit dans une relation déjà ancienne entre le mouvement citoyen Team for the Planet et le Crédit Coopératif, maison mère d’Ecofi. Depuis plusieurs années, il existe des coopérations concrètes entre ces deux structures, notamment à travers l’offre "Bank for the Planet", qui permet aux citoyens engagés de contribuer au financement de projets soutenus par Team for the Planet.
Dans le prolongement de ces échanges, l’idée d’aller plus loin a émergé, en structurant un produit financier capable de générer des volumes significatifs de collecte tout en soutenant directement les projets sélectionnés par Team for the Planet. C’est dans ce cadre qu’Ecofi a souhaité concevoir un fonds permettant à cet acteur de l’économie réelle dé bénéficier d’une exposition au sein du portefeuille afin de financer les projets accompagnés.
Goodvest est venu compléter ce dispositif. Ils jouent deux rôles clés à nos côtés : celui de conseiller en investissement extra‑financier, grâce à leur expertise et leur méthodologie, notamment sur l’analyse carbone, et celui de distributeur, puisque Goodvest a été le premier investisseur du fonds pour le compte de ses clients.
En résumé, ce projet repose sur trois piliers : la relation historique entre le Crédit Coopératif et Team for the Planet, l’expertise d’Ecofi en finance durable et l’apport méthodologique et distributif de Goodvest.
Quelles sont les principales caractéristiques de ce fonds et en quoi se distingue‑t‑il des autres fonds présents sur le marché ?
La première caractéristique fondamentale du fonds est son orientation clairement dédiée à la transition énergétique. Dans un contexte de souveraineté énergétique redevenu central, notamment en Europe, l’objectif est de soutenir concrètement des projets liés aux énergies renouvelables, à la mobilité propre ou encore à l’efficacité énergétique.
Concrètement, au minimum 75 % du portefeuille est investi en obligations vertes, les "green bonds", qui répondent à un cahier des charges strict et financent exclusivement des projets liés à la transition énergétique et climatique. À terme, jusqu’à 10 % du fonds pourra également être investi dans des titres non cotés de Team for the Planet, conformément à la réglementation. Le reste est composé de fonds monétaires classiques qui permettent de gérer la partie liquidité pure du portefeuille et, pour la poche obligataire complémentaire, d’obligations d’émetteurs qualifiés comme durables via notre méthodologie propriétaire Prisme.
Parmi les investissements, on retrouve notamment une obligation verte d’un leader européen de l’éolien, un acteur spécialisé dans l’électrification des transports en commun, ainsi que des entreprises du secteur immobilier engagées dans la construction de bâtiments sobres en carbone.
Ce qui distingue également ce fonds, c’est sa classification article 9 au sens du règlement SFDR, le niveau d’exigence le plus élevé en matière de durabilité. Depuis les clarifications du régulateur européen, de nombreux acteurs ont rétrogradé leurs fonds ; cela rend aujourd’hui ce type de produit particulièrement rare et exigeant.
Enfin, l’originalité du fonds tient à l’association entre obligations vertes et titres non cotés à impact environnemental. Historiquement, la poche de non‑coté est souvent orientée vers des thématiques sociales ou solidaires. Ici, elle est pleinement dédiée à l’impact climatique.
Quels types de projets et de secteurs sont financés par ce fonds ?
La sélection des investissements repose sur une double méthodologie extra‑financière. Tout d’abord, l’ensemble des titres potentiels est analysé via notre méthodologie Prisme, qui comprend des exclusions sectorielles strictes : énergies fossiles, armement lourd, jeux d’argent, ainsi que les entreprises impliquées dans des controverses majeures ou domiciliées dans des paradis fiscaux. Cette première étape exclut de 10 à 30 % des titres selon les zones géographiques.
Une fois cet univers établi, il est soumis à l’analyse de Goodvest, qui applique sa propre méthodologie, fondée sur les données de Carbone 4. Cette étape permet à la fois d’affiner les exclusions et d’identifier de nouveaux émetteurs pertinents.
Sur la base d’une analyse réalisée début mars, le fonds permet d’éviter plus de 30 000 tonnes de CO2 par million d’euros investis.
Aujourd’hui, le portefeuille compte environ 45 lignes. Parmi les investissements, on retrouve notamment une obligation verte d’un leader européen de l’éolien, un acteur spécialisé dans l’électrification des transports en commun, ainsi que des entreprises du secteur immobilier engagées dans la construction de bâtiments sobres en carbone. Le fonds accompagne ces projets dans une logique de long terme, avec une rotation volontairement limitée du portefeuille.
Comment articulez‑vous recherche de performance, maîtrise du risque et exigence climatique ?
L’intérêt des obligations vertes réside dans le fait qu’elles présentent des fondamentaux financiers comparables à ceux d’un portefeuille obligataire "euro aggregate" classique : duration, sensibilité et rendement similaires, avec des émetteurs de qualité.
Le fonds affiche ainsi un profil de risque faible, avec une notation de 2 sur une échelle de 1 à 7, ce qui correspond à un investissement prudent à modéré. Ce positionnement obligataire permet de compenser l’exposition au non‑coté, moins liquide mais faiblement volatil. Cette combinaison rend le produit accessible à un large public d’investisseurs, ce qui n’aurait pas été possible avec une stratégie purement actions.
Comment mesurez‑vous concrètement l’impact du fonds ?
Nous travaillons actuellement sur des reportings mensuels intégrant des indicateurs alignés sur les Objectifs de développement durable. La mesure de l’impact carbone, notamment en termes d’émissions évitées, fait l’objet d’un travail approfondi chez Ecofi.
Dans le cadre du partenariat, Goodvest nous fournit déjà des données mensuelles. Sur la base d’une analyse réalisée début mars, le fonds permet d’éviter plus de 30 000 tonnes de CO2 par million d’euros investis. Ces données, même si elles ne sont pas encore intégrées formellement dans nos reportings réglementaires, sont utilisées dans nos présentations et nos échanges avec les investisseurs.
Par ailleurs, les obligations vertes impliquent un reporting annuel obligatoire de la part des émetteurs, garantissant une transparence sur l’utilisation effective des fonds levés et la cohérence des projets financés.
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Comment se répartissent les rôles entre Ecofi, Goodvest et Team for the Planet ? Qui prend les décisions finales d’investissement ?
La responsabilité finale des décisions d’investissement revient exclusivement à Ecofi, en tant que société de gestion. Nous sommes les seuls décisionnaires des choix d’allocation et d’arbitrage.
Goodvest intervient en tant que conseiller : nous bénéficions de leur méthodologie pour définir l’univers investissable et nous échangeons avec eux dans le cadre de comités trimestriels, notamment sur la trajectoire carbone du portefeuille.
Team for the Planet, de son côté, joue un rôle de bénéficiaire et de relais. Ils communiquent sur le fonds auprès de leur communauté et peuvent recevoir jusqu'à 10 % des actifs du fonds pour financer leurs projets, en toute indépendance. Ecofi et Goodvest n'interviennent pas dans la sélection et l'accompagnement de leurs projets.
Un dernier mot pour conclure ?
Le fonds a été officiellement lancé le 11 février, et il gère aujourd’hui environ 18 millions d’euros d’actifs, ce qui constitue un très bon démarrage. L’objectif est de délivrer un rendement cible d’environ 4 %, et le rating moyen au sein du fonds est compris entre A‑ et BBB+.
Nous constatons un intérêt marqué, aussi bien de la part d’investisseurs particuliers que d’investisseurs institutionnels, pour ce type de stratégie qui combine rendement financier, maîtrise du risque et impact climatique réel.