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Environnement

Climat : "en plus de leur efficacité, les petits gestes créent également un véritable élan d’action"

Audrey Garric, journaliste au service planète et chargée des questions sur le climat au Monde.
©Le Monde

En ce début d’année 2022, l’heure est aux bonnes résolutions pour lutter contre la crise climatique et réduire son empreinte carbone. Mais les actes citoyens peuvent-ils vraiment avoir un impact sur l’avenir de la planète ? ID a rencontré Audrey Garric, journaliste au service planète du "Monde", pour le vérifier.

Privilégier les transports "propres", choisir des aliments à faible empreinte carbone...Face au changement climatique, les citoyens sont de plus en plus nombreux à vouloir essayer d’agir à leur niveau pour essayer de faire la différence. Mais par où commencer ? Pouvons-nous réellement faire une différence à nous tout seul ? Audrey Garric, journaliste chargée des questions sur le climat au journal Le Monde, explique à ID ce que représentent les "petits gestes" pour l’environnement.

Il y a un débat très fort sur l’efficacité des "petits gestes" pour le climat. Que pensez-vous de leur pertinence ? 

J’entends tout à fait le débat. Les opinions sont assez cristallisées entre d’un côté ceux qui considèrent que cela n’a pas d’impact et qu’en réalité tout repose sur l’action de l’État et la décarbonation de l’industrie, de l’agriculture et la production d’énergie. Et de l’autre côté ceux qui considèrent qu’en réalité chaque action compte. C’est ce que la démarche du colibri, qui était chère à Pierre Rahbi, essaye de montrer : chacun peut agir et avoir un impact à son niveau. Toutes les actions cumulées permettent vraiment de réduire les émissions de gaz à effet de serre. 

En plus de leur efficacité, les petits gestes créent également un véritable élan d'action, qui peut faire en sorte que tout le monde soit motivé pour agir à son échelle."

Personnellement, je considère que les actions individuelles sont efficaces et qu’elles sont tout à fait nécessaires. Plusieurs études ont montré qu’elles ont un poids sur la réduction de son empreinte carbone en raison de la consommation individuelle. Le cabinet Carbone 4 a démontré par exemple que si l’on menait réellement très loin toutes les actions individuelles dans l’alimentation, les transports ou le logement, il était possible de réduire son empreinte carbone de 45%, ce qui est considérable à l'échelle individuelle.

En plus de leur efficacité, les petits gestes créent également un véritable élan d'action, qui peut faire en sorte que tout le monde soit motivé pour agir à son échelle. Après, c’est évidemment loin d’être suffisant. Il faut aussi que l’État mette en place des politiques fortes pour décarboner tous les secteurs économiques. Le consommateur n’a pas de prise sur ça à l’échelle individuelle, mais il peut agir dans ce sens de manière collective.

Il y a une vraie dynamique d’opinion en faveur des sujets environnementaux, ainsi qu’une prise de conscience générale dans la population. Est-ce que cela ne nous pousse pas dans la dissonance cognitive ?

Le fait de savoir et de ne pas toujours pouvoir ou vouloir se mobiliser contre le changement climatique est l’une des raisons du fait qu’on n’agisse pas assez rapidement. Pour certains, il est même impossible d’agir de manière individuelle car ils n’ont pas les moyens financiers pour y parvenir, ou bien les compétences et les connaissances.

Certains n’ont pas envie non plus de s’y mettre parce que ça remet en cause nos modes de vie. Ou parfois du mal à imaginer qu’un mode de vie plus durable et plus sobre pourrait être plus attirant. On est dans des récits où la consommation rend heureux, où le fait d’avoir toujours plus est une bonne chose, donc c’est difficile de voir les choses autrement et de penser à long terme.

Il y a également des pièges liés à la communication commerciale à éviter, notamment sur les offres pléthoriques de produits et services dits durables...

Cette voie va au contraire pousser à consommer davantage des produits qui sont vendus comme "verts". Or l'idée de base reste de ne pas acheter de produits dont on n’a pas besoin.

Pour revenir aux gestes individuels, ce n’est pas parce qu’ils sont petits qu’ils n’ont pas forcément un grand impact. On peut penser aux secteurs qui ont un impact conséquent sur l’empreinte carbone comme le bâtiment ou les transports sur lesquels il est nécessaire d’agir.

Quels sont donc les résolutions les plus efficaces à adopter à son échelle ?

Pour moi, le secteur dans lequel on peut avoir un impact qui est à la fois personnel et important, c’est l’alimentation. L’agriculture représente 18% des émissions de gaz à effet de serre en France. Si l’on adopte un régime avec plus de protéines végétales, on a un véritable impact sur le climat, et plus évidemment si l’on devient végétarien voire végétalien car beaucoup des émissions sont dues au méthane, qui est plus polluant que le CO2 et qui est lié à l’élevage. En devenant végétarien, un Français peut diminuer son empreinte carbone de 10% en moyenne.

Une autre action individuelle qui a un impact important, c’est le fait de ne pas prendre l’avion, ou au moins réduire ses voyages aériens. On sait qu’un vol Paris – New-York envoie près d’une tonne de CO2 dans l’atmosphère, ce qui correspond à la moitié de l’empreinte carbone individuelle moyenne à atteindre pour viser la neutralité carbone en 2050. L’idée n’est pas d’arrêter complètement de prendre l’avion car on en aura forcément besoin pour une raison professionnelle ou professionnelle, mais il faut essayer de réduire son utilisation au maximum.

C’est là que l’on voit que les actions individuelles sont très liées à ce que met en place l’État pour assurer une transition écologique importante et rapide."

Enfin, le dernier secteur qui permet d’avoir un impact, c’est la rénovation des logements et le fait de remplacer une voiture thermique par une voiture électrique. Passer aux transports en commun est possible dans les villes qui sont bien aménagées, mais il faut des aides aux ménages pour l’achat d’un véhicule électrique dans les autres situations. Une voiture électrique émet deux fois moins de CO2 sur l’ensemble de son cycle de vie que la voiture thermique. Le logement est également très compliqué car il s’agit d’un parcours du combattant pour avoir les moyens d’effectuer des travaux de rénovation. C’est là que l’on voit que les actions individuelles sont très liées à ce que met en place l’État pour assurer une transition écologique importante et rapide.
 

Une interview réalisée en partenariat avec France Inter. Écoutez la chronique Social Lab ici.

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