Gauthier Acket, Head of Global ESG, KPMG.
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Entretien exclusif avec Gauthier Acket, nommé Head of Global ESG chez KPMG

Gauthier Acket a pris début mars les fonctions de Head of Global ESG chez KPMG. Fort de plus de 30 ans d’expérience au sein du cabinet, il pilote désormais la stratégie ESG mondiale et veille à l’intégration des enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance dans l’ensemble des activités internationales de KPMG. Il revient sur son parcours, la place de la RSE au sein du cabinet et sa vision de la durabilité dans les entreprises. 

Pouvez-vous revenir sur votre parcours et nous expliquer quel a été le fil rouge qui vous a conduit à vous engager dans la RSE ? 

Cela fait maintenant plus de 30 ans que je suis chez KPMG. Mes enfants me taquinent parfois en disant qu’à leurs yeux, faire toute sa carrière dans une même entreprise est presque devenu une curiosité. Et pourtant, la chance que j’ai eue, c’est d’avoir pu travailler dans différents métiers et activités : audit, accompagnement de transactions, et développement de nos activités pour soutenir nos clients.

J’ai exercé en France, au Canada et aux États-Unis, ce qui m’a donné une perspective internationale. Ces expériences m’ont placé au cœur des transformations des entreprises, en comprenant les enjeux de gouvernance et de gestion des risques. Avec le recul, je réalise que les sujets ESG ont toujours été présents dans mon parcours, même si nous ne les appelions pas encore ainsi. L’éducation et la formation touchent directement à la dimension sociale, et j’ai beaucoup travaillé sur ces sujets.  

L’investissement dans les compétences et nos talents est important pour moi et c’est contribuer concrètement au “S” de l’ESG. En tant que commissaire aux comptes, la gouvernance, le “G” de l’ESG, est essentielle : comprendre les mécanismes qui permettent aux organisations de prendre des décisions responsables et créer la confiance. Penser le long terme, renforcer la gouvernance et accompagner les organisations dans le changement ont toujours été au centre de mon rôle et cela reste fondamental, même dans un environnement complexe. 

Notre priorité est d’accompagner nos clients avec l’expertise et les compétences nécessaires pour aborder ces sujets complexes, de plus en plus structurants dans leur stratégie."

Pour moi, l’ESG est la convergence entre stratégie, gestion des risques, transformation et création de valeur durable. C’est fondamentalement au cœur de la stratégie des entreprises et de la création de valeur. J’ai pris mon rôle de responsable mondial des activités ESG début mars, mais celui-ci s’inscrit dans la continuité, car j’étais déjà le COO, Chief Operating Officer, de ces activités et travaillais étroitement avec le précédent responsable. Notre priorité est d’accompagner nos clients avec l’expertise et les compétences nécessaires pour aborder ces sujets complexes, de plus en plus structurants dans leur stratégie. Ma conviction est simple : c’est un impératif stratégique et surtout un levier de compétitivité, de création de confiance et de valeur à long terme. 

Quel est aujourd’hui le périmètre exact de vos fonctions chez KPMG et comment s’organise votre rôle autour des enjeux RSE au niveau mondial ? 

Je pilote la stratégie et l’exécution de nos activités en matière de durabilité. L’ESG est structurant dans la stratégie de KPMG : je travaille avec une communauté de plus de 4 000 professionnels du développement durable répartis dans plus de 140 pays. Leur mission est d’accompagner nos clients dans leurs transformations : adaptation aux nouvelles réglementations, gestion des risques climatiques, résilience, gouvernance et intégration de la durabilité dans leurs opérations et plans stratégiques. Mon rôle consiste également à faire en sorte que l’ESG soit intégré dans tous nos métiers : audit, conseil, droit et fiscalité. La durabilité ne peut pas être un silo : elle doit irriguer l’ensemble des  services que nous proposons à nos clients. Par exemple, une acquisition doit prendre en compte les enjeux de durabilité : investir dans une zone où les ressources vont disparaître représente un risque stratégique. 

J’ai également conservé mon rôle de Chief Operating Officer pour l’ESG, ce qui relie directement stratégie et exécution. Il existe une phrase célèbre : "l’exécution mange la stratégie au petit déjeuner". Avoir une vision ne suffit pas, il faut la transformer en actions concrètes. Mon objectif est de renforcer le leadership mondial de KPMG sur l’ESG, aider nos clients à transformer leurs activités et créer de la valeur et de la confiance sur le long terme. Selon l’analyste Verdantix, nous sommes reconnus comme leader sur ce marché, avec une forte progression ces dernières années. Le défi est maintenant de maintenir ce cap. 

Quelle place occupe la RSE aujourd’hui au sein de KPMG, à la fois dans la stratégie du cabinet et dans l’accompagnement des entreprises clientes ? 

Chez KPMG, je pilote les services ESG pour nos clients, tandis que notre agenda interne est conduit dans le cadre de notre plan, appelé “Impact Plan”, qui repose sur quatre piliers : planète, personnes, prospérité et gouvernance

Depuis 2019, nous avons réduit nos émissions mondiales de 41 % et 85 % de notre électricité provient d’énergies renouvelables. Avec 272 000 collaborateurs dans plus de 150 pays, plus de 30 % des postes de direction sont occupés par des femmes. 

Nous nous engageons également pour l’éducation et les communautés locales : plus de 700 000 heures de bénévolat et d’actions pro bono. Notre objectif “10 by 2030” vise à soutenir 10 millions de jeunes défavorisés, et nous avons déjà atteint 2,8 millions. 

Mais le plus grand levier d’impact reste notre accompagnement des clients. Si nous intégrons la durabilité dans leur modèle économique et les aidons à se préparer aux nouvelles réglementations, par exemple la CSRD ou les standards ISSB, à renforcer leur gouvernance et accélérer leur transition énergétique, l’impact est considérable. 

Nous évoluons dans un environnement complexe où les vents sont parfois contraires. Il faut savoir ajuster les voiles, mais surtout ne pas perdre le cap."

Comment voyez-vous évoluer la RSE dans les entreprises à court et moyen terme ? Quelles transformations majeures anticipez-vous ? 

La durabilité va continuer à compter, mais son rôle évolue. Elle devient un marqueur de crédibilité. Les entreprises doivent démontrer des initiatives authentiques, mesurables et alignées avec leur stratégie. La dynamique est très forte : chez KPMG, nous avons connu huit trimestres consécutifs de croissance à deux chiffres dans ces activités, preuve que les clients prennent ces sujets au sérieux. 

Le contexte mondial reste complexe : tensions politiques, fragmentation réglementaire, pression économique. La trajectoire pour limiter le réchauffement à 1,5 °C sera difficile à atteindre, mais les fondamentaux restent les mêmes, les risques climatiques et de ressources affectent les opérations, les chaînes d’approvisionnement et l’accès au capital. En parallèle, des signaux encourageants apparaissent : les investissements dans les renouvelables dépassent désormais ceux dans les énergies fossiles, l’IA accélère l’innovation durable et les entreprises passent progressivement des engagements aux solutions concrètes.

Trois grandes forces vont continuer à structurer l’avenir : la rareté des ressources et de l’énergie, les perturbations liées aux événements climatiques et un cadre réglementaire de plus en plus exigeant. Les entreprises devront faire face à cette complexité et mettre en place de véritables plans de transition, outils stratégiques. La durabilité n’est plus optionnelle : elle est essentielle pour la résilience et la compétitivité. 

Pour conclure, j’utilise souvent une analogie maritime. Nous évoluons dans un environnement complexe où les vents sont parfois contraires. Il faut savoir ajuster les voiles, mais surtout ne pas perdre le cap. C’est mon message en interne : "stay the course", garder le cap. Le monde change, mais la direction reste claire. Les entreprises ont compris que ces enjeux sont essentiels et stratégiques. Continuer à accompagner le plus d’entreprises possible reste primordial, car ces sujets sont complexes et nécessitent expertise et pragmatisme.