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Entreprises

Arts de la table : une entreprise bretonne offre une seconde vie aux coquillages

Hugo Kermarrec, co-fondateur de Malàkio.
©DR/Côté Brest

Malàkio, jeune entreprise française, s'est lancée dans le recyclage de déchets issus de l'élevage de coquillages. Résultat : un processus de fabrication biosourcé, et des objets éco-conçus et esthétiques. 

La question de la revalorisation des déchets évoque généralement des déchets d'origine humaine, transformés, polluants, voire dangereux. Cependant, même les déchets d'origine naturelle peuvent gagner à être recyclés. Des coquilles de mollusques broyées pour confectionner des objets domestiques ? C'est l'idée de Morgan et Hugo, deux jeunes entrepreneurs bretons, depuis peu à la tête de Malàkio. Rencontre avec Hugo Kermarrec, chargé du volet commercial et administratif.

Pouvez-vous présenter Malàkio en deux mots ?

C’est une entreprise en charge du recyclage de coquillages, tout ce qui est coquilles, mollusques issus de la consommation alimentaire, que l’on recycle en en faisant des objets du quotidien. L’idée a germé lors du premier confinement, mon associé Morgan travaillait pour un ostréiculteur et voyait au quotidien des amas de déchets dont il se demandait quoi faire. Pour tuer l’ennui, il a fait des expériences de recyclage, en broyant les coquillages avec un liant, une résine biosourcée, ce qui donnait des sortes de dessous de plats. Esthétiquement, cela rendait très bien. Nous en avons donc parlé à nos amis et poussé les recherches, et beaucoup de gens ont commencé à suivre notre initiative, dont des professionnels. Je terminais mon master et Morgan avait fini ses études, donc nous avons décidé de nous lancer à notre compte.

"Malàkio", ça signifie quoi ?

Ça veut dire "mollusque" en grec. Les Grecs sont un grand peuple de pêcheurs, donc cela avait une certaine cohérence avec notre production.

Vous êtes basés en Bretagne, ce n’est pas un hasard…

On a en effet beaucoup de cultures conchylicoles, et plus généralement d’aquaculture. On cultive en Bretagne des huîtres et des moules, et la pêche à la Saint-Jacques est également bien développée dans les Côtes d’Armor. On a aussi des palourdes, des ormeaux… Pour l’instant, nous travaillons avec des ostréiculteurs de Noirmoutier, donc en Vendée, mais aussi avec des productions plus locales. Pendant les fêtes, nous avons aussi récolté des déchets auprès des citoyens de nos communes, en les sensibilisant au recyclage à cette occasion. Et quand les restaurants rouvriront, s’ils rouvrent un jour, nous aimerions travailler avec eux pour pouvoir revaloriser tous les déchets coquillés qu’ils jettent habituellement.

Les ostréiculteurs ne savent pas quoi faire ces montagnes de déchets."

En termes de pollution, ce type de déchet reste relativement "clean" ?

C’est de la matière inerte, une fois que la chair n’est plus dans le coquillage. Mais le problème reste que les ostréiculteurs ne savent pas quoi faire ces montagnes de déchets, qui prennent de la place, et qui peuvent être vecteurs de maladies pour les bassins ostréicoles. Cela devient un souci pour les communautés de communes, parce que les coquilles sont très solides, et ressortent totalement intactes des fours incinérateurs des centres de tri. Donc les centres sont ensuite obligés de les repasser dans des machines spéciales avant de les enfouir. Le coût de traitement en devient plus important : plus de temps, mais aussi plus d’énergie, etc.

Quel est donc le processus de traitement une fois que vous avez récupéré les coquilles ?

Une fois que nous avons récupéré les coquilles, nous les lavons pour se débarrasser de toute matière organique. Nous les broyons ensuite, avec une ancienne broyeuse à grains qui fonctionne très bien et broie tous types de coquilles. Nous récupérons ensuite le broyat sec, et nous utilisons un minéral qui fait office de liant, sans additif chimique, contrairement au plâtre par exemple. Après cela, nous coulons les objets, puis nous les faisons sécher à l’air ambiant. C’est relativement simple et peu énergivore, à l’image des modes de production low tech, et le produit fini est entièrement biosourcé. Une fois que les objets sont secs, on les passe à la ponceuse pour faire ressortir la matière des coquilles.

Quels sont ces objets ?

Pour l’instant, nous produisons essentiellement de petits objets d’art de la table : dessous de plat, dessous de verre, planche à découper, ou encore des petits pots. Maintenant, nous aimerions réaliser le plus d’objets possible, pour toutes les pièces de la maison. Pour le printemps prochain, nous travaillons sur des objets de salle de bains, des porte-savon, des miroirs ou encore des pots à brosses à dent. Nous ne nous fixons pas de limites tant que c’est techniquement faisable. Nous travaillerons à l'avenir sur la conception de mobilier et d’architecture d’intérieur, comme des plans de travail, en partenariat avec des professionnels de la restauration.

Est-ce que le matériau final est résistant ?

C’est assez résistant, à l’image d’une assiette ou d’une planche à découper en bois. C’est ignifuge et résistant à l’eau, tout en étant le plus naturel possible.

Notre but à moyen terme est de pouvoir rendre les produits encore plus accessibles"

Qu’en est-il du prix ?

On ne peut pas présenter des prix aussi bas que dans la grande distribution, puisqu’il y a le coût de l’artisanat et du local. Pour autant, nous ne sommes pa non plus sur du très haut de gamme destiné uniquement à des privilégiés. Nous essayons de rester accessible, car d’après nous l’écologie ne doit pas être réservée aux classes supérieures. Les dessous de plats sont donc à 25 euros, les quatre dessous de verre à 30, la planche à découper à 40… Nous avons essayé de tirer les marges au maximum, mais pour l’instant cela reste de l’artisanat, et ne se paye même pas avec ces prix-là pour le moment. Notre but à moyen terme est de pouvoir rendre les produits encore plus accessibles.

Quels sont vos objectifs pour l’avenir ?

Nous aimerions pouvoir investir davantage. Pour le moment, nous travaillons avec du petit outillage, des ponceuses manuelles par exemple. Nous aimerions avoir du matériel plus conséquent pour travailler sur des pièces plus volumineuses et pour produire plus rapidement. Nous ne sommes que deux pour le moment, nous devons donc gérer production et gestion en même temps, l’embauche d’un ou plusieurs employés pourra donc nous permettre d’être plus performants. Nous avons aussi eu des propositions d’entrée dans notre capital, mais nous aimerions rester le plus indépendant possible, ce qui passera à moyen terme par des demandes de subventions et de l’emprunt.

Pour découvrir vos produits, ça se passe pour le moment sur votre site ?

Essentiellement sur notre site Internet, oui. Mais d’ici peu, nous devrions aussi être présents en physique, dans des boutiques locales d'abord, et à terme sur tout le Grand Ouest.

Une interview réalisée en partenariat avec France Inter. Écoutez la chronique Social Lab dans le player ci-dessous.

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