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Un "Tour de France" des luttes pour le climat

©Alphacit Newim/CrowdSpark

Pendant quatre mois, le Tour Alternatiba sillonne la France à la rencontre des alternatives locales pour lutter contre le dérèglement climatique.

Le 9 juin dernier, place Stalingrad à Paris, des milliers de personnes célébraient le grand départ du Tour Alternatiba, co-organisé avec Action Non-Violente COP 21 et Les Amis de la Terre (après une première édition en 2015). Jusqu’au 6 octobre, les militants vont pédaler sur 5 800 kilomètres en marquant plus de 200 étapes à travers le pays. De Paris à Bayonne, des “villages des alternatives” mettront en lumière la diversité des solutions locales face à l’urgence climatique. Interview avec Pauline Boyer, porte-parole Alternatiba.

Des alternatives, mais aussi de la résistance."

Pourquoi un tour de France ?

C’est un format qui permet d’aller à la rencontre des gens, de mener une opération de sensibilisation de masse tout en créant du lien et en fédérant les acteurs locaux sur un territoire. Partir de Paris, c’était symbolique, car c’est la ville où a été signé l’Accord de Paris. Deux ans et demi après, les engagements pour limiter les émissions de gaz à effet de serre ne nous emmènent pas à une trajectoire d’augmentation de 1,5 ou 2 °C d’ici la fin du siècle – la limite donnée par les scientifiques avant d’entrer dans une zone inconnue en termes de catastrophes naturelles – mais à 4 °C. Donc on veut montrer que les solutions existent déjà partout sur le territoire : manger ou se déplacer différemment, placer dans son argent dans une banque éthique, s’alimenter en énergie renouvelable… Énormément de personnes ne savent pas encore que c’est possible. Aller chaque midi, chaque soir, échanger avec les gens, ça permet de faire passer un message, de toucher un public pas forcément militant. En 2015, on a rassemblé 60 000 personnes.

Grand départ du Tour Alternatiba, le 9 juin à Paris.
©Alternatiba

Comment cela va se dérouler sur ces quatre mois ?

C’est un tour à vélo, avec des vélos multiplaces à trois ou quatre cyclistes, car c’est le symbole de la mobilité douce, de la solidarité, de la coopération, de la société qu’on voudrait développer. Mais c’est juste un moyen d’aller à un point à un autre : l’idée, c’est surtout de mettre l’accent sur les étapes. Lorsqu’on arrive dans une ville, on donne rendez-vous 5 kms avant, on invite tous les citoyens à venir avec leur vélo, leurs patins à roulettes, leur skateboard, etc. pour faire une “vélorution” ensemble. Ensuite il y a un repas partagé, et le soir une conférence où l’on fait l’état des lieux sur le dérèglement climatique – on en est à 1 °C d’augmentation de la température de la Terre par rapport à l’ère pré-industrielle – et sur les actions concrètes pour lutter. Il y a un volet “alternatives” mais aussi un volet “résistance” contre les projets fortement émetteurs de gaz à effets de serre. Le lendemain de l’étape, deux formateurs restent sur place pour animer une session de formation à l’action non-violente.

Quelles seront les étapes symboliques ?

Sur le côté “alternatives”, on passe aujourd’hui à Vierzon et à Bourges dans des biofermes appartenant au réseau SOL. On fait plusieurs étapes sur la thématique des migrations, qui sont aussi fortement liées à la question climatique, notamment à Grande-Synthe le 22 juillet puis à Aubagne en septembre où on va rencontrer Cédric Herrou. Le 12 août, on sera à Ungersheim, la “ville en transition” mise en avant dans le film de Marie-Monique Robin Qu’est-ce qu’on attend ?. Puis à Pau le 30 septembre, où a été créé Emmaüs Lescar-Pau, une énorme ressourcerie qui donne une seconde vie aux habits et aux objets jetés, tenue par des personnes en réinsertion, nourries et logées là-bas.

Grand départ du Tour Alternatiba, le 9 juin à Paris.
©Alternatiba

Côté “résistance”, il y aura les opposants à l’A45, le projet d’autoroute entre Saint-Étienne et Lyon. On fera aussi une étape à La Mède, où une raffinerie Total vient d’avoir l’aval du gouvernement pour être reconvertie en bioraffinerie – or cela implique que la France double son importation d’huile de palme pour servir de biocarburant, avec tout l’impact que cela suppose en matière de transport mais aussi de déforestation dans les pays du Sud et sur les populations locales…

Le tour se termine avec un Grand Village des Alternatives à Bayonne. Et après ?

30 000 personnes sont attendues pour cet événement de clôture. Cela posera les bases pour la suite, notamment concernant notre initiative Alternatives Territoriales – qui fait déjà partie des temps forts du tour : c’est une campagne de plaidoyer local afin d’inciter les citoyens à interpeller les élus sur les Plans Climat qu’ils doivent rendre avant la fin de l’année 2018. On met à disposition une boîte à outils, avec plusieurs exemples de mesures ambitieuses à mettre en place sur un territoire. Il y a déjà 2 000 inscrits. Selon l’Ademe, 60-70 % des leviers d’action se trouvent au niveau local. C’est donc le moyen de faire changer d’échelle les initiatives, et de vraiment changer le système. Le 8 octobre, la publication du dernier rapport GIEC sera également l’occasion d’expliquer que même 0,1 °C de différence dans la température de la Terre, ça a un impact énorme sur la vie de millions de personnes. On ne peut plus attendre !

Tour Alternatiba
Du 9 juin au 6 octobre 2018
Ce week-end, le tour sera à Moulins, puis à Gannat et Clermont-Ferrand. Il atteindra Angoulême le 25 juin. Suivez toutes les étapes sur leur site, Twitter, Facebook ou Instagram.
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