To do du week-end

Majdouline Sbaï : “En se mettant au circulaire, la mode peut redevenir d’avant-garde”

Majdouline Sbaï, auteure d'"Une mode éthique est-elle possible ?" (Rue de l'Échiquier)
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Ce week-end, la fondation GoodPlanet s’habille aux couleurs de la Fashion Revolution. Interview avec Majdouline Sbaï, l’auteure d’"Une mode éthique est-elle possible" ?

Pour finir en beauté la Fashion Revolution Week, la fondation GoodPlanet organise ce week-end un événement entièrement dédié à la mode éthique. Au programme : un défilé de mode, des ateliers DIY, des tables rondes… Invitée pour présenter son livre-enquête Une mode éthique est-elle possible ? (Rue de l’Échiquier), la sociologue spécialisée en environnement Majdouline Sbaï répond à nos questions sur la 2ème industrie la plus polluante au monde.

La mode peut être un outil pour passer de l'avoir à l'être.

Pourquoi ne faut-il plus acheter de chemises Zara ?

Parce que tous les indicateurs sont au rouge ! Les plus gros impacts environnementaux de l’industrie de la mode, ce sont les émissions de gaz à effet de serre (1,8 milliard de tonnes, ce qui est davantage que le transport aérien et maritime), la consommation d’eau (la 3ème en irrigation dans le monde), et la pollution des milieux, notamment avec les pesticides (la filière textile utilise 25 % des pesticides du monde) et les intrants chimiques utilisés pour l’ennoblissement des produits (deux tiers des textiles contiennent des produits toxiques dont des perturbateurs endocriniens). On estime que 70 % des rivières en Chine sont polluées et on parle de l’équivalent de 50 milliards de bouteilles en plastique dans les océans sous forme de fibres polyester liées à l’habillement. Par ailleurs, puisqu’on achète beaucoup mais qu’on porte peu, tout cela est rapporté à une durée de vie très courte des vêtements et a donc un impact environnemental encore plus important…

La fondation GoodPlanet organise un événement Fashion Revolution ce samedi 28 et dimanche 29 avril 2018.
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À quel moment l’industrie a-t-elle basculé dans la fast-fashion ?

Elle a pris le pli de l’économie linéaire depuis la révolution industrielle et elle est restée bloquée sur le modèle des Trente Glorieuses, qui était de produire toujours plus, vendre toujours plus, consommer toujours plus. Sauf que depuis une trentaine d’années, on se rend compte de la non-durabilité de ce modèle, pour des raisons environnementales, sociales, mais aussi économiques : parce que le marché est saturé, la course au prix bas crée une frustration chez les travailleurs et les professionnels de la filière, mais aussi chez le consommateur, dont les placards débordent et qui continue pourtant de ne pas être satisfait.

Qu’est-ce que la mode dit de nous ?

C’est un formidable moyen d’émancipation, un acte de culture et de civilisation. Ça appartient au patrimoine culturel français, ce sont des savoir-faire magiques. À la base, c’est quelque chose de très positif, qu’il faut conserver. La fin du corset, le smoking Yves Saint Laurent, ça a marqué son époque. C’était le futur ! Aujourd’hui la mode doit retrouver cela. On voit le seconde-main prendre une place de plus en plus importante. Il y a une recherche de singularité, d’histoire, de sens. La mode peut être un outil pour accompagner cette révolution, pour passer de l’avoir à l’être, dans une sublimation de soi.

En 2027, le marché de la fripe sera plus important que celui de la fast-fashion.

Quels sont les combats les plus importants à mener pour une Fashion Revolution ?

Je suis assez intéressée par la mode circulaire. La fin de la mode jetable, du gaspillage vestimentaire et la revalorisation du vêtement dans son rôle culturel. En arrêtant les soldes permanentes, on peut aussi redonner de la valeur aux gens qui travaillent. Sans tomber dans le “On ferme les usines au Bangladesh” parce que du point de vue social c’est une catastrophe, et du point de vue écologique aussi. Je ne veux pas qu’on fasse table rase du passé, comme on l’a fait dans le Nord-Pas-de-Calais où on a hérité de 50 % des friches de France en fermant toutes les usines de fabrication. Si on veut minimiser notre impact sur l’environnement, il faut utiliser les infrastructures existantes, les rendre meilleures.

Comment définissez-vous la “mode éthique” ?

Pour moi l’éthique s’entend au sens de l'historien Hans Jonas : c’est agir sans empêcher la vie d’exister, en préservant le vivant aujourd’hui et pour l’avenir. Est-ce qu’une mode éthique est possible ? Je crois que oui. Il y a beaucoup de culpabilisation des consommateurs. Bien sûr que le consommateur est un donneur d’ordre et qu’il faut l’amener à changer ses pratiques, mais c’est aussi à l’offre d’évoluer. La réglementation sur les produits chimiques ou la loi Rana Plaza, c’est déterminant pour inspirer de nouveaux modèles économiques. Une étude a prévu qu’en 2027, le marché de la fripe sera plus important que celui de la fast-fashion. En se mettant à l’économie circulaire, la mode va vraiment redevenir d’avant-garde.

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422 milliards de dollars pourraient être générés chaque année par la mode circulaire.

Quelles initiatives existent déjà ?

Dans l’éco-conception, on a 1083 mais aussi Armor Lux par exemple. Plein de créateurs ont fondé tout leur business-model sur le circulaire et l’upcycling, comme les Récupérables ou Gaëlle Constantini. Ils utilisent des déchets comme matière première. Là on est vraiment dans le top ! Parce qu’en plus, on crée des nouveaux emplois intermédiaires, et finalement on répond à tous les problèmes ! La Fashion Revolution est justement un moment symbolique pour se questionner sur ce qui se fait de bien et tout ce sur quoi il faut encore agir pour accompagner cette transition. Les grosses industries non plus n’ont pas le choix. La fondation Ellen MacArthur, dans son rapport l’an dernier, parlait de 422 milliards de dollars qui pourraient être générés chaque année si on mettait en place une industrie de la mode circulaire.

Pouvez-vous me parler de votre propre projet dans le recyclage textile ?

J’ai monté une plateforme, "Après la chute", qui devrait bientôt voir le jour avec un lieu physique et qui permettra à des artisans et designers d’utiliser des textiles usagés pour créer des collections de prêt-à-porter, des accessoires et des objets promotionnels pour les entreprises. L’idée est de rassembler ces jeunes artisans du changement et de structurer une nouvelle filière d’upcycling textile dans les Hauts-de-France. J’essaie toujours d’être dans la recherche-action, de réfléchir tout en mettant les mains dans le cambouis, mais c’en est encore au stade de prototype !

Fashion Revolution à la fondation GoodPlanet
Samedi 28 avril et dimanche 29 avril 2018, de 11h à 19h
Rencontre avec Majdouline Sbaï le samedi de 15h à 16h
Fondation GoodPlanet, Domaine de Longchamp
1, carrefour de Longchamp 75116 Paris
Pour plus d'informations, cliquez ici.

Retrouvez toutes nos propositions de sorties culturelles (et durables) dans notre agenda participatif. 

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