Chronique culture

Le street artist Nicogermain alerte sur l'urgence climatique à Courchevel

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L'artiste français Nicogermain investit la station de ski la plus huppée du pays avec une série de 13 panneaux-chocs disséminés in situ jusqu'au 30 avril. Depuis près de 25 ans, ses pochoirs alertent sur les catastrophes sociales et environnementales.

Comment est né le projet Urgences ?

Le projet a été imaginé à la fin de l’été 2018 en collaboration avec Stéphane Chatry d’Artivism Contemporary Art. Stéphane venait de proposer mon travail à la Condition Publique (Roubaix) pour une exposition personnelle (Urgences #1), du 20 octobre au 2 décembre 2018. Le délai étant très court pour préparer l’évènement, nous avons choisi de montrer une sélection des dernières pancartes que j’avais installées à Lyon ces deux dernières années, en essayant de trouver une cohérence dans les divers thèmes évoqués :

Nos liens avec la nature, notre condition humaine, nos responsabilités systémiques, nos diktats agro-alimentaires et une éclaircie humaniste.

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À quel moment avez-vous pris conscience de ces "urgences" ?

J’ai toujours habité proche de la montagne et je me souviens, dans les années 1990, à mes 20 ans, avoir été sensible à la fonte des glaciers. On s’inquiétait déjà des répercussions sur les écosystèmes et c’était un signe précurseur d’un délitement écologique qui s’est développé à une échelle folle ces dernières années. Je crois que les dernières études concernant la diminution de la biodiversité confirment qu’il est grand temps de changer de paradigme, pour des raisons de survie de la vie sur terre et pour des raisons sociales.

Pourquoi intervenir maintenant à Courchevel ?

Pour Urgences #1 à la Condition Publique, j’avais peint 12 toiles et deux pancartes. Lors de l’accrochage, on s’est dit avec Stéphane que ce serait intéressant de prolonger le projet dans un contexte à l’opposé de la sophistication d’un centre d’art et aussi qu’on devait marteler le message d’Urgences. Comme je vis près des Alpes, on a pensé intervenir directement sur des pistes de ski.

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Confronter une société des loisirs insouciante à une autre réalité plus dérangeante : voilà le point de départ.

On a voulu exacerber le contraste en choisissant Courchevel qui est la plus huppée des stations de ski françaises, que je connaissais pour y avoir travaillé et où j’avais déjà laissé une série de pancartes en 2013.

En 2017, Courchevel avait aussi récupéré la mouvance street-art avec un événement de covering de télécabines, sans avoir saisi l’essence de la peinture de rue. J’avais envie justement de dépasser le marketing street-art et d’aller aux fondamentaux de l’expression libre dans l’espace public, de montrer des images là où on ne les attend pas.

Vous avez l’habitude de travailler dans l'espace public, que vous apporte ce format-là ?

Je crée des pochoirs originaux depuis 1992 et je me suis confronté sur le tard à l’espace public. J’ai travaillé un peu avec Nemo dans les années 2000, il m’a transmis le devoir d’intervenir dans l’espace public d’une manière réfléchie et ça m’a pris dix ans pour trouver ma démarche…

Il y a plusieurs éléments qui m’intéressent dans l’espace public : déjà paradoxalement la non-rencontre physique avec le public est quelque chose d’assez confortable. Agir d’une manière malicieuse non-conformiste est jouissif de la blague que l’on fait, mais l’essence première c’est de proposer aux regards une image gratuite hors des carcans institutionnels et publicitaires en ajoutant au réel un objet visuel éphémère, puisqu’il est démontable par quiconque.

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En quoi vous considérez-vous comme un "artiviste" ?

Je crois que ce que je fais est plutôt explicite, assez premier degré, peut-être trop parfois. L’origine de mes créations vient de mes influences punk-rock et libertaires de mon adolescence d’où découlent la pensée critique, le sarcasme et une sorte de radicalité à agir et à lutter.

Issu d’un milieu modeste, où la question sociale était quotidienne, il est naturel pour moi de tendre vers plus de justice sociale, fiscale, patrimoniale, écologique, et de le transmettre d’une manière graphique et gratuite.

Être artiviste, c’est faire prendre conscience de problèmes politiques à travers la création artistique, donc oui ça me correspond mais j’espère aussi y ajouter un peu de fantaisie et d’absurdité, comme le Menu du jour à 19,90 € que j’ai posé en août 2018 à Lyon.

Nicogermain "Urgences #2", Courchevel

Comment comptez-vous aller plus loin ?

Artistiquement, je cherche à créer des brèches dans le réel afin de trouver de nouvelles formes d’expression. On réfléchit d’ailleurs à une piste pour Urgences #3 avec Stéphane Chatry. Et puis je continue mon projet au long cours 99 pancartes pour Lyon.

Personnellement, j’habite en campagne, donc continuer à avoir une vie de famille simple avec une nourriture saine est déjà une base. Maintenant il faut qu’on se forme à la permaculture pour faire fructifier notre jardin…

Urgences #2 – Nicogermain
(Artivism Contemporary Art)
15 mars au 30 avril 2019
Courchevel 73120 Saint-Bon-Tarentaise
Pour plus d'informations, cliquez ici.

Nicogermain : FacebookInstagram

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