LA PÉPITE

La solastagie ou écoanxiété, concept du moment

Annie Spratt

Le mal du pays, vous connaissez ? Et bien la solastalgie c'est pareil, sauf que vous êtes encore chez vous, nostalgique et anxieux comme un néo-collapsologue qui vient de prendre conscience des menaces qui pèsent sur notre civilisation... 

Entre cet article de Vice qui relate les échanges d'un groupe de soutien destiné aux victimes d'éco-anxiété et cette enquête du Monde sur le succès des théories de l'effondrement, l'élan médiatique autour de ce phénomène de société encore peu quantifié a de quoi rajouter à un climat économique et social déjà bien sombre.

Un concept adolescent

Le terme de "solastalgie" n'est pourtant pas tout neuf : formulé en 2003 par le philosophe Glenn Albrecht de l'Université de Newscastle, en Australie, il combine trois éléments : l'origine latine de "solari" (le réconfort), la notion de "désolation" (sentiment d'abandon et de solitude) et du Grec "algie" qui fait référence à la douleur, à la souffrance et la maladie.

Comme ce dernier le décrit dans une conférence TED donnée à Sydney en 2010 (voir ci-dessous), dans cet article publié dans The Conversation (en anglais) en 2012 ou dans cet entretien accordé au Devoir (en Français en 2015) ce mot qualifie un malaise intime provoqué par la perte ou le manque de confort et par un sentiment d'isolement lié à l'évolution de son environnement proche. Cela touche même, par certains aspects, à l'identité de la personne qui le ressent.

Des exemples de situations provoquant cette éco-anxiété ? Les incendies qui ravagent un paysage, des tsunamis ou des ouragans qui emportent tout sur leur passage, des inondations, des sécheresses à répétition, etc. Tout ce qui, fondamentalement, fait qu'il n'y a plus non plus de repères, d'habitudes héritées des anciens. Avec le sentiment d'être déraciné dans sa propre terre, dans sa propre chair.

Comme le note la BBC, pour l'exprimer en des termes plus simples repris de Justin Lawson (Université Deakin à Melbourne) : il suffit d'écouter les Eagles dans No More Walks in the Wood (cf. le clip vidéo ci-dessous). Parfait pour comprendre ce qu'il est possible de ressentir quand on voit disparaître une forêt ou une zone humide, un fleuve ou une plage sur le temps d'une vie...


À quand des suivis psychologiques adaptés ?

L'expérience du groupe de soutien suivi par Vice et l'ensemble des questionnements posés par l'adoption de comportements plus écologiques (je vous parlais il y a peu de la charge mentale écologique) sont tels qu'on peut s'interroger aujourd'hui sur la meilleure façon de vivre son rapport à la fin du monde.

En gros, peut-on être écolo sans être dépressif ? C'est ce que se demandait déjà en 2011 la célèbre Bridget Kyoto :

J'avoue, pour avoir appris à vivre avec ce sentiment depuis 15 ans maintenant, il faut juste accepter de passer par des périodes de déprime... Faire des choix qui permettent d'être le plus cohérent possible sans non plus s'en vouloir de ne jamais en faire assez... Faire de son mieux et continuer à vulgariser, militer, agir au quotidien car ce combat est sans doute le plus important que nous ayons à mener. Être aligné, continuer à faire la fête et à aimer aussi, tendre la main, s'aider, s'entraider, rire, agir, et encore rire, en relativisant tant que possible !

Pour aller plus loin

A lire l'article de Vice Albrecht, Sartore, Connor, Higginbotham, Freeman, Kelly, Stain, Tonna, Pollard (2007). Solastalgia: the distress caused by environmental change. Australas Psychiatry. PubMed Commons

Le site www.isthishowyoufeel.com pour explorer ses sentiments et ceux des scientifiques sur ce sujet...