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Culture

Artisanat : comment redonner le goût des métiers manuels ?

Immersion chez Emmanuel Lang, une filature de lin en France.
© Malo Guény

Vitrines de la France à l’international, les métiers de l’art et de l’artisanat favorisent aussi le développement des territoires. Pourtant, ils tendent aujourd’hui à s’éteindre faute de nouvelle main d’œuvre. Interview avec Gabrielle Légeret, fondatrice de l'association "De l'or dans les mains", qui se mobilise pour faire valoir ces savoir-faire notamment auprès des jeunes. 

Alors que la 16ème édition des Journées européenne des métiers d’art s’est clôturée le dimanche 3 avril, l’exposition nationale Vivants ! continue de mettre en lumière le savoir-faire des artisans et artisanes. Jusqu’au 25 mai, dans les gares de Troyes, Nancy, et Strasbourg, une quarantaine de photographies, réalisées par Aude Boissaye, dévoilent l’envers du décor de leurs ateliers, manufactures ou entreprises nichés au cœur du Grand Est. 

Il faut dire que la France regorge de talents. On dénombre aujourd'hui plus de 60 000 entreprises des métiers d’art et du patrimoine vivant, selon les chiffres de l’INMA (Institut national des métiers d’art). Céramistes, tapissiers, bijoutiers, verriers...ces professionnels sont toutefois confrontés à de nombreux défis, à commencer par celui de la transmission. Comment susciter de nouvelles vocation ? Éléments de réponse avec Gabrielle Légeret, fondatrice de l’association “De l’or dans les mains” qui a notamment lancé un podcast pour "changer le narratif autour des métiers manuels”. 

Comment définiriez-vous les métiers de l’art et de l’artisanat ? 

Dans notre association, nous parlons davantage de métiers manuels ou de savoir-faire. Cela englobe les métiers d’art mais aussi ceux des manufactures. Il s'agit des professionnels du faire qui transforment des objets à partir de matières premières grâce à des gestes hérités de génération en génération, et qui se mettent au service du patrimoine. Il y a beaucoup de familles de métiers. Quand on parle du bois, il y a par exemple le tourneur sur bois mais aussi l’ébéniste ou encore le menuisier. Si on évoque la céramique, il y a aussi le potier, le tourneur, le façonneur..

© Malo Guény

A travers votre podcast, vous mettez en lumière le travail de ces hommes et ces femmes passionnés. Qu’est-ce qui vous a marqué lors de ces rencontres ? 

Leur capacité de résilience. Depuis un an, nous avons rencontré une soixantaine d’artisans et d’entrepreneurs des savoir-faire à travers notre tour des manufactures artisanales - ces maisons centenaires qui ont résisté à des crises, et tiennent encore debout. Tous démontrent une véritable force d'esprit, que ce soit pour se battre contre l’administratif de leur propre pays, ou le vent de la société qui a tout fait pour délocaliser leur savoir-faire. 

A quels enjeux sont aujourd’hui confrontés ces acteurs ?  

Ils sont tous confrontés au même défi : celui du recrutement. Ces métiers ont tellement été dévalorisés auprès des jeunes que les ateliers et les manufactures manquent de main d’oeuvre. En Alsace, la manufacture de lin Emmanuel Lang, qui a été reprise par l'industriel Pierre Schmitt, a dû réembaucher des retraités pour pouvoir remettre en route cette filature. 

Votre association sensibilise les scolaires à travers des interventions d’artisans et d’artisanes en classe. Observez-vous un changement des mentalités par rapport aux métiers manuels ? 

Nous sommes de plus en plus sollicités par des enseignants qui ont envie de faire connaître ces métiers. Mais il y a encore un vrai travail à faire pour redonner leurs lettres de noblesse à ces filières. Il y a encore beaucoup d’idées reçues. Les métiers manuels sont encore vus comme des alternatives pour les élèves qui n’ont pas des bonnes notes. On pense également que ce sont uniquement des métiers d'exécution. Or ce n'est pas le cas. Ils sollicitent aussi des savoirs intellectuels comme les mathématiques, la géographie, l’histoire ou encore la chimie. Il faut briser cette dichotomie entre métiers intellectuels et manuels. 

En quoi ce renouveau est essentiel pour les territoires ? 

La dynamique économique, écologique, sociale et culturelle des territoires ruraux repose beaucoup sur des entreprises artisanales et des ateliers. C’est l’une des raisons pour laquelle l’association “De l’or dans les mains” est née. J’ai grandi dans un petit village rural et j’ai vu des entreprises artisanales fermer faute de repreneurs. Quand des manufactures ferment, ce sont des emplois qui disparaissent mais aussi des lieux de vie. Cela contribue à la mort d’un village.  

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