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Architecture : pourquoi s’inspirer de la nature

LE BIOLUMREEF
©TREEX, TANGRAM LAB & MIO

À Marseille, une série de conférences propose de s’inspirer de la nature pour développer des pratiques plus durables. Interview avec l’architecte Olivier Bocquet, à l’origine d’un projet d’habitat marin éco-vertueux.

Et si la nature était plus intelligente que l’homme ? Première d’une série de rencontres organisée par l’Institut Pythéas de l’université Aix-Marseille, une conférence se tient ce vendredi 25 mai à La Fabulerie pour apprendre à “s’inspirer de la nature”. Olivier Bocquet, architecte et directeur du Tangram Lab, nous donne un aperçu de l’habitat du futur…

La crise écologique est une crise de communication avec la nature…

Pourquoi s’inspirer de la nature ?

On ne résout pas des problèmes avec le schéma de pensée qui les a engendrés. Face au changement climatique, on a besoin de penser différemment, d’avoir une démarche innovante. Le biomimétisme (du latin bio, la vie, et mimetis, imiter) part d’un constat simple : ça fait 3,8 milliards d’années que la nature est à l’œuvre et développe des stratégies pour vivre et se développer durablement. Dans une époque où le développement démographique est exponentiel, il s’agit donc de considérer la nature comme un grand livre ouvert dans lequel apprendre. Une des clefs réside entre les mains des scientifiques et des chercheurs. En tant qu’architecte, ce qui m’a poussé à me lancer, c’est de croiser les disciplines avec d’autres domaines de compétences. Plus largement, le monde du travail aurait intérêt à rencontrer des biologistes, des botanistes, des océanologues…

Plage de Saint-Esteve sur les îles du Frioul, Marseille
©DR

Si on imagine que la ville est une forêt, que le bâtiment est un arbre, on peut développer des modèles homogènes, durables, moins énergivores…

Comment le biomimétisme s’applique-t-il à l’architecture ?

Il y a trois niveaux : le premier est un biomimétisme de forme. Par exemple, un bâtiment en forme de feuille d’arbre. Mais ça n’apporte rien de nouveau. Le second est un biomimétisme de propriété, c’est-à-dire que face à un problème donné, on va observer quelles stratégies la nature a développées face aux mêmes contraintes. Par exemple, la pomme de pin est capable de s’ouvrir ou se fermer selon le taux d’humidité, afin de libérer ses graines et polliniser au meilleur moment. Ce mécanisme d’ouverture-fermeture peut être transposé à un bâtiment, pour faire entrer l’air ou le rendre étanche, sur un système entièrement passif, sans avoir besoin de moteur ni recours à des énergies. Enfin, le plus complexe et intéressant, c’est le biomimétisme écosystémique. À l’échelle d’une forêt, on s’aperçoit qu’il y a une forte collaboration entre les entités, les arbres, les animaux, les insectes. Si on imagine que la ville est une forêt, que le bâtiment est un arbre, on peut développer des modèles homogènes, durables, moins énergivores…

C’est donc la voie vers une architecture plus durable ?

Oui, l’architecture biomimétique peut avoir un impact positif. Aujourd’hui, les villes répondent à tout un tas de labels verts, “à énergie positive” ou “basse consommation”, mais qui sont en fait réalisés grâce à des pompes à chaleur, des climatisations, des technologies absolument pas durables. Il faudrait arriver à ces résultats mais en allant plus loin, avec des bâtiments biosourcés par exemple. L’architecture doit aussi s’inscrire dans un système clos, c’est-à-dire utiliser l’énergie qu’elle va produire elle-même pour permettre de vivre en autonomie. Enfin, on utilise aujourd’hui des quantités de matières phénoménales pour construire, parce que généralement 1 matériau répond à 1 fonction (porter, éclairer, irriguer, etc.) Alors que la peau humaine, par exemple, est éminemment multifonctionnelle : elle protège du froid, du chaud, elle est innervée donc sensible, elle permet des échanges entre intérieur et extérieur… Les “surfaces minimales” sont intéressantes aussi : c’est l’art dans la nature d’utiliser un minimum de matière pour une résistance maximum. À l’image des toiles d’araignée, à la fois très solides et très souples, aérées pour résister au vent… Si on envisage la façade d’un bâtiment de la même manière, on va économiser beaucoup.

LE BIOLUMREEF
©TREEX, TANGRAM LAB & MIO

Vous avez mis ces idées en pratique dans un projet d’habitat marin…

Le projet Biolumreef se situe au large des îles du Frioul à Marseille, dans le parc national des Calanques. Le mistral amène une houle incessante, accentuée par les vagues des ferries qui viennent éroder les côtes nord de l’archipel. La fréquentation des bateaux est très forte en période estivale, leurs ancres arrachent les herbiers à Posidonie, qui servent de poumon vert. Nous avons donc pensé à un récif artificiel pour protéger la côte de l’érosion, mais aussi permettre une canalisation et une surveillance plus simple des bateaux. Ensuite, comme tout récif, il a vocation à développer la biodiversité, avec des cavités et des reliefs. Puis, on va transformer les déchets en ressources grâce à des bactéries bioluminescentes, réduisant ainsi les besoins en éclairage artificiel – une étude montre que 75 % des êtres vivants sous l’eau sont capables de produire cette lumière ! – et des micro-algues qui vont rafraîchir l’air par évaporation et produire de la biomasse. Enfin, grâce à une peau multifonctionnelle, très fine, on va récupérer l’énergie solaire et celle de la houle afin de fonctionner en autonomie à l’intérieur du récif. Il abritera des scientifiques, mais aussi des ateliers créatifs et des excursions pour le grand public, afin de sensibiliser à la beauté, la fragilité et la délicatesse du monde marin. L’idée, c’est de former une sorte de symbiose entre l’homme et la nature.

Comment aller plus loin au quotidien ?

J’encourage chacun à penser “out of the box” et à observer toutes ces merveilles. Quand on voit une fourmi, la plupart du temps on a le réflexe de l’écraser, alors que c’est un puits de connaissance ! La crise écologique est une crise de communication. Il est temps de se rapprocher de la nature, avec humilité et respect, et d’arrêter de la massacrer. Justement, cette conférence est la première d’un cycle de plusieurs rencontres pour mieux la comprendre…

S'inspirer de la nature, de la pharmacologie à l'architecture
Par Sabrina Krief, Christian Tamburini et Olivier Bocquet
Vendredi 25 mai 2018 à 18h30
La Fabulerie
10 boulevard Garibaldi 13001 Marseille
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