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"Produire et distribuer localement, c'est assurer l'autonomie et la souveraineté des territoires"

©Matej Kastelic/Shutterstock

Entretien avec Philippe Crozet, directeur des opérations de la Ruche qui dit Oui !, une plateforme de vente en ligne qui favorise les échanges directs entre producteurs locaux et communautés de consommateurs. 

Philippe Crozet, directeur des opérations de la Ruche qui dit Oui !
© DR

Comment réagissent vos clients à l’inflation ? Certains observateurs constatent des changements de comportement en faveur des circuits courts... 

Ce que nous observons, c’est que si le nombre de clients par distribution baisse, et c’est une tendance de fond depuis 2021 (de l’ordre de 17%),  le panier moyen, quant à lui, continue d’augmenter (+20% depuis 2 ans). Plusieurs explications à ce phénomène : les membres achètent en plus grande quantité et enrichissent leur panier grâce à une offre qui s’est diversifiée. 

De façon plus globale, ce que l’on peut dire en effet c’est que les circuits courts semblent préservés des externalités négatives dues au contexte de guerre et de flambée de prix. La raison est simple. L’inflation impacte principalement trois domaines : l’énergie, les emballages et les intrants.  

Le modèle de la Ruche qui dit Oui ! propose des produits raisonnés, avec un minimum d’intrants, peu, voire pas, d’emballage et une production locale, donc des dépenses en énergie contenues grâce à la diminution du transport. Ainsi, notre réseau de responsables de Ruches constate sur le terrain que les prix n’ont pas augmenté de manière significative.  

Cette stabilité s’explique également par la résilience de notre modèle, capable d’encaisser les chocs sans s’effondrer. Les Ruches sont des micro-entreprises locales qui se nourrissent du territoire, nouent des relations avec une multiplicité d’acteurs (les membres qui sont nos clients, les producteurs) et permettent d’échanger et d’inventer ensemble. Cette richesse territoriale, due à la décentralisation, constitue notre différence fondamentale avec la distribution classique, centralisée. Cette dernière induit la standardisation de l’alimentation et a pour conséquence de l’exposer davantage aux risques systémiques. 

La sécheresse, puis les évènements climatiques extrêmes de cet automne, ont-ils eu des conséquences sur certains de vos producteurs partenaires ? 

Oui absolument, l’exemple le plus frappant est celui de Fabien Varet, maraîcher bio dans la Beauce. Il a subi début septembre une tornade de grêle qui a tout dévasté sur son exploitation : production, serres, matériel... Dix minutes de cataclysme, et des pertes estimées à plus de 160 000 euros. Il produit en bio, distribue en circuits courts, crée de l'emploi (8 personnes), fait vivre cette exploitation depuis trois générations. Mais il n’est pas couvert par les assurances, qui ne considèrent pas la grêle comme une catastrophe naturelle. Pour se prémunir de ce genre d'aléas climatiques, la souscription aurait coûté trois fois le bénéfice annuel de la Cueillette de Varet. Alors pour aider ce producteur à se relever, un incroyable élan de mobilisation s’est fait jour : une responsable de Ruche a lancé en fédérant quantité d'autres acteurs impliqués une grande collecte sur MiiMOSA, à laquelle il est toujours possible de contribuer. C’est aussi ça la Ruche, une communauté locale engagée et solidaire ! 

Un autre producteur, Léo Drouot, maraîcher bio en Lorraine, a vu son champ dévasté par une inondation terrible au printemps dernier, emportant tout son travail. La grande sécheresse qui a suivi durant l’été a été tout autant dévastatrice, impactant la structure même de la terre et créant de profondes crevasses. Pour s’en sortir, Léo a lui aussi fait appel à la solidarité et créé une cagnotte pour relancer son activité et proposer à nouveau de beaux légumes bio et frais à la saison prochaine. Plus de cinquante personnes ont soutenu son projet auquel il est toujours possible de prendre part

La Ruche qui dit oui ! est un acteur majeur du marché des circuits courts pour l’alimentation. Quel est votre regard sur les nombreuses initiatives de ces dernières années sur ce segment ? 

Sur tous les territoires, la vitalité des acteurs atteste de la pleine maturité des circuits courts, largement promus par les différents confinements consécutifs à la crise sanitaire en 2020 et en 2021. Pour la Ruche qui dit Oui !, dont la mission est de donner des ailes aux circuits courts afin d’en faire une vraie alternative à la grande distribution, ces initiatives démultipliées contribuent à créer de la norme pour les consommateurs. De notre point de vue, les solutions s’additionnent et ne se concurrencent pas. Les circuits courts ont plus que jamais besoin de se fédérer, de se développer, d’innover et d’inventer de nouveaux modèles.  

La baisse de la consommation bio s’est-elle ressentie sur votre activité ? 

Non, en l’occurrence c’est l’inverse que l’on observe : la part du bio dans nos ventes a très légèrement augmenté (de 23,8% à 25,4%) en un an. Sachant que la bio représente environ 30% de l’offre sur notre plateforme. 

On parle beaucoup de souveraineté alimentaire en ce moment, la solution est-elle dans le local ? 

La crise sanitaire et l’incroyable résilience, dont les réseaux d’alimentation locale ont fait preuve, en est déjà la confirmation, en effet. À titre d’exemple : en 2020 le nombre de commandes a triplé dans les Ruches partout en France et plus de 60 000 nouveaux clients ont commandé pour la première fois sur la plateforme. Le réseau a également accueilli plus de 300 nouveaux producteurs cherchant d’autres débouchés économiques pendant la crise. 

Produire et distribuer localement, c’est assurer l’autonomie et la souveraineté des territoires, car cela garantit moins de transport (donc de carburant) et plus de transparence sur les modes de production - ce qui encourage de fait les pratiques agricoles durables à même de régénérer les sols et de résister aux aléas climatiques de plus en plus prégnants pour les agriculteurs. 

Qu’est-ce que ça implique pour le futur ? De donner la priorité aux terres cultivables sur les projets de bétonisation, de créer des ceintures vertes autour des villes et d’accompagner la transmission du foncier agricole (20 % de la surface agricole française vont changer de mains d’ici 2030). Sur tous ces enjeux aussi les projets citoyens, d’associations et d’entreprises à impact abondent, heureusement ! 

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