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ID a rencontré… le président de Slow Cosmétique

©@rtbf-martin.godfroid

Consommer la cosmétique de façon plus sensée, c’est ce que prône le mouvement de la slow cosmétique. Mais encore ? ID a questionné à ce sujet Julien Kaibeck, président de l’association Slow Cosmétique et auteur du livre Adoptez la slow cosmétique*, que l’on surnomme parfois « le Jean-Pierre Coffe de la beauté ».

Julien Kaibeck nous livre ses conseils pour mieux choisir ses produits d’hygiène et de beauté.

Qu’est-ce que la slow cosmétique et d’où vient ce mouvement ?

La slow cosmétique est un mouvement de consommation alternatif qui dit au consommateur que la cosmétique peut se consommer moins et mieux. La cosmétique conventionnelle est polluante, elle contient beaucoup de matières pétrochimiques, du plastique, du silicone, et d’autres matières qui ne sont pas biodégradables. Nous disons que la cosmétique conventionnelle n’est non pas dangereuse mais polémique pour la santé. On manque de données pour beaucoup de substances comme pour les perturbateurs endocriniens et les sels d’aluminium. La réglementation évolue sans cesse, ce qui pour nous est la preuve qu’il y a toujours un doute. La concentration de phénoxyéthanol est aujourd’hui limitée, ce n’était pas la même concentration il y a dix ans ; c’est pareil pour les sels d’aluminium dans les déodorants. La slow cosmétique est donc un mouvement de réaction à la cosmétique conventionnelle, une alternative positive. Les consommateurs en ont eu assez du greenwashing qui consiste pour beaucoup de marques à dire : « Regardez, je travaille un super extrait d’orchidée impériale, et en fait dans ma crème il y a surtout du pétrole et du plastique mais ça je ne vous le dis pas ».

Comment réagir, justement, à la cosmétique conventionnelle ?

Il y a trois façons de consommer moins et mieux, premièrement en essayant d’utiliser un même produit pour plusieurs usages. C’est le cas par exemple de l’huile végétale d’abricot, de jojoba ou d’argan, qu’on va utiliser à la fois pour se démaquiller et pour se masser la peau et l’hydrater. Ensuite, on va essayer de fabriquer certains produits soi-même quand c’est possible, en utilisant des recettes de grands-mères. Pour la transpiration, on n’hésite pas à frictionner du bicarbonate de soude de qualité alimentaire sous les aisselles, qu’on va veiller à bien épousseter, et avec ce geste un peu brut on va remplacer le déodorant. Pour la peau irritée, on va avoir recours à un peu de gel d’aloe vera soit achetée, soit récoltée chez soi et mixée, mais pas n’importe comment. Le troisième point c’est de consommer des produits qui ont une formule propre, qui ne contiennent pas d’ingrédients fâcheux pour l’environnement surtout et qui ont un marketing raisonnable : c’est-à-dire que l’entreprise ne pratique pas d’allégations exagérées au sens de la slow cosmétique. Depuis 2013, l’association Slow Cosmétique remet une récompense aux produits qui respectent ces critères : 157 marques dans le monde ont la mention Slow cosmétique, c’est un peu comme une étoile au Guide Michelin. Ce sont des marques artisanales dont la formule et les messages publicitaires ont été examinés en toute indépendance et dont on retrouve la liste sur le site slow-cosmetique.org.

En dehors des produits comportant la mention Slow cosmétique, à quoi faut-il veiller lorsque l’on achète d’autres cosmétiques conventionnels ?

Nous incitons les consommateurs à lire les cinq premiers ingrédients de la liste, qui d’office vont représenter plus de 70 % de la composition du produit. Si l’on recherche un produit naturel, il faut veiller à ce qu’il y ait des ingrédients naturels, par exemple des noms latins ; si l’on cherche un produit doux, il faut veiller à ce qu’il n’y ait pas d’alcool ; si l’on cherche un produit non polluant, il faut qu’il n’y ait pas de plastique ni de silicone. Si l’on n’a rien vu de fâcheux, il faut aussi regarder la fin de la liste, pour voir quels conservateurs ont été utilisés car ils sont nombreux à être polémiques pour la santé tels que le phénoxyéthanol, l’EDTA, le BHT, le BHA… Si l’on fait cet exercice dans un supermarché ou dans une parfumerie de type Marionnaud, Sephora, très souvent on va devoir remettre le produit dans le rayon. On incite donc les gens à faire leurs courses dans des commerces bio, ou directement auprès des producteurs, en passant par slow-cosmetique.com [ndlr : slow-cosmetique.org est le site de l’association et slow-cosmetique.com est la boutique en ligne].

Les labels bio apposés sur certains produits de soin sont-ils une garantie suffisante pour le consommateur ?

Pour ce qui est de l’environnement et de la santé, un label bio reconnu comme Ecocert ou Natrue, c’est déjà une très bonne garantie. Mais la slow cosmétique s’intéresse aussi aux messages, aux marques qui permettent d’utiliser un même produit pour plusieurs usages et de réduire ses déchets avec moins d’eau dans le produit ou moins de plastique autour. Un label bio ne s’intéresse qu’à la formule : c’est déjà très bien mais la slow cosmétique va plus loin.

La slow cosmétique va plus loin car elle combat davantage l’impact environnemental des cosmétiques conventionnels ?

L’environnement est notre combat principal : les cosmétiques sont responsables de 3 % des plastiques qui sont dans les fonds marins, cela vient des microbilles de plastique qu’on trouve dans les dentifrices, les gels douches, les gommages, mais aussi, on l’oublie, des plastiques liquides, les polymères, que l’on trouve dans les shampooings et les après-shampooings. Il y a aussi toute l’industrie du packaging plastique et des outils marketing utilisés par les grandes marques, par exemple les présentoirs en plastique ou en carton qui n’ont une durée de vie bien souvent que de deux ou trois mois, c’est aussi quelque chose qu’on dénonce. Enfin il y a l’utilisation de matières pétrochimiques : c’est une industrie non-durable. Du côté santé, les allergies sont un grand sujet mais nous ne disons pas que la cosmétique naturelle est moins dangereuse pour la santé parce que vous pouvez être allergique aussi bien à un produit naturel et bio qu’à un produit conventionnel. Nous nous positionnons surtout sur les perturbateurs endocriniens d’origine synthétique pour lesquels on manque de données. On applique un principe de précaution énorme qui consiste donc à éviter tous les perturbateurs endocriniens supposés.

Fabriquer ses propres produits de soin, est-ce une alternative accessible à tous selon vous ? Et est-ce toujours une bonne idée ?

En slow cosmétique on propose toujours des recettes simples et accessibles à tout le monde. Mais en cosmétique maison ce n’est pas toujours le cas. Vous avez des ateliers de cosmétique maison qui poussent comme des champignons en France, et qui vous proposent de fabriquer un rouge à lèvres ou un gel douche, ce qui n’est pas si facile. En slow cosmétique on vous propose de fabriquer votre déodorant, votre sérum de beauté au quotidien et vos masques par exemple, mais pas votre crème solaire parce que c’est compliqué et dangereux, on ne peut pas reproduire ce qui est faisable en laboratoire. Il ne s’agit pas de tout fabriquer soi-même, les autorités n’y sont pas trop favorables. Il faut avoir des règles d’hygiène strictes, des produits irréprochables et avoir un œil sur la conservation. C’est pour cela qu’on conseille des recettes de grands-mères.

*Adoptez la Slow Cosmétique, paru en 2012 aux éditions Leduc, réédit. 2017

Un mot sur Slow Cosmétique

L’association de droit belge à vocation internationale et sans but lucratif Slow Cosmétique a été créée en 2012 par l’aromathérapeute et cosmétologue Julien Kaibeck, l’inventeur de la slow cosmétique. Son siège se trouve à Silly, en Belgique. 

©Slow Cosmétique
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