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Substances indésirables dans nos produits d’hygiène et de beauté : quels impacts ?

©Shutterstock/Nopphon_1987

Les substances indésirables présentes dans certains cosmétiques inquiètent les associations environnementales ou de consommateurs en raison de leur impact potentiellement nocif sur notre santé… mais également sur l’environnement.

L’expression la plus régulièrement utilisée pour désigner certaines des substances indésirables présentes dans nos cosmétiques est celle de « perturbateurs endocriniens ». Parmi ceux-ci, des antioxydants, des conservateurs, des filtres UV, des émollients, des antibactériens… L’association Slow Cosmétique, qui milite pour « une cosmétique plus écologique et honnête », rappelle que pour être a priori considérée comme un perturbateur endocrinien, du moins au sens de l’Organisation mondiale de la Santé, une substance doit altérer la fonction du système endocrinien, une altération qui doit conduire à un effet néfaste sur la santé. Les perturbateurs sont précisément susceptibles d’interférer avec nos hormones en mimant leur action, en la bloquant, ou en modifiant la production naturelle de nos hormones (œstrogènes, testostérone).

Selon l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), cela crée nombre de conséquences potentielles pour l’organisme, propres à chaque perturbateur endocrinien, telles que « l’altération des fonctions de reproduction, la malformation des organes reproducteurs, le développement de tumeurs au niveau des tissus producteurs ou cibles des hormones, la perturbation du fonctionnement de la thyroïde et du développement du système nerveux »… Mais l’Inserm précise que les conséquences biologiques des expositions aux perturbateurs endocriniens sont encore mal appréhendées et complexes à étudier.

Molécules néfastes pour la santé

Pour y voir plus clair, l’association de consommateurs l’UFC-Que Choisir a partagé sur ce lien la fiche des « molécules toxiques à éviter » d’après elle, avec leur niveau de risque selon l’utilisateur, et une liste de cosmétiques qui en contiennent. Il ne s’agit pas uniquement de perturbateurs endocriniens supposés, l’on retrouve également dans ces ingrédients indésirables de potentiels allergènes ou irritants. Deux exemples :

  • Le BHA, un antioxydant considéré comme un perturbateur endocrinien, qui selon l’association se fait heureusement de plus en plus rare dans les produits cosmétiques et qui est classé « cancérogène possible » par le Centre international de recherche contre le cancer. Il fait partie des substances proposées par la France à la Commission européenne pour « une évaluation précise d’urgence de ses propriétés toxiques ». On en retrouve dans certains produits de traitement des cheveux ou dans des crèmes hydratantes.
  • Le methylisothiazolinone (MIT) est « l’allergène de l’année », selon l’UFC, car il a été désigné par une société savante de dermatologues américains comme l’ingrédient qui a fait le plus de dégâts chez les patients. Le MIT a d’ailleurs été proscrit des cosmétiques sans rinçage depuis le 12 février 2017. Mais l’UFC conseille de fuir les références qui en contiennent, même s’il s’agit de produits avec rinçage.

Si les produits cosmétiques sont strictement réglementés au niveau européen, ce que rappelle la Fédération des entreprises de la beauté (FEBEA), c’est « l’utilisation au long terme et croisée d’une multitude de produits synthétiques ou polémiques » qui inquiète des associations comme Slow Cosmétique. Notons que le Règlement Cosmétique Européen, en vigueur depuis juillet 2013, régit la liste des ingrédients interdits ou soumis à des restrictions.

Et l’environnement dans tout ça ?

-Jusqu’à présent, nos gels douches, dentifrices ou gommages pour le corps étaient souvent remplis de petites particules en plastiques, les microbilles : depuis ce 1er janvier 2018, la loi Biodiversité les a interdites en France, car elles polluaient les océans. L’association 60 millions de consommateurs regrette toutefois que cette loi ne concerne pas d’autres plastiques incorporés sous une forme fluide dans nos cosmétiques, comme le carbomer (Cosmétiques non toxiques, hors-série de juillet 2017).

-Quant aux paillettes, d’autres particules de plastique que l’on retrouve dans certains produits de beauté, qui ne se désintègrent jamais vraiment et finissent ingérées par les poissons et les mammifères marins, leur interdiction est également demandée par des scientifiques.

-Les huiles minérales issues de la pétrochimie et non biodégradables, notamment, ont aussi « un effet désastreux » sur l’environnement, pointe le site consoglobe.com.

-Plus globalement, dans son ouvrage Adoptez la slow cosmétique (éditions Leduc), l’auteur Julien Kaibeck explique que la cosmétique conventionnelle utilise une majorité d’ingrédients synthétiques issus pour la plupart de la pétrochimie, voire de la chimie lourde, et que rien ne nous renseigne sur l’impact écologique de leur fabrication sur l’étiquette du produit, chaque ingrédient étant souvent lui-même un produit. « Pour le fabriquer, l’industrie chimique doit parfois transformer de la matière et cette transformation fait parfois appel à des procédés dommageables pour l’environnement », regrette l’auteur.

-Et les tests sur les animaux ? La vente de cosmétiques testés sur les animaux est interdite depuis 2013 en Europe, y compris pour les produits importés : une interdiction réaffirmée par la Cour de justice de l’Union européenne à l’automne 2016.