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Des ingrédients controversés dans nos cosmétiques

©Shutterstock/De Jeroen van den Broek

En juin dernier, l’UFC-Que Choisir actualisait sa liste de cosmétiques aux substances indésirables, la faisant passer de 400 à 1000 produits. Quelques mois plus tard, la Répression des fraudes pointait du doigt 140 références de produits cosmétiques contenant des substances interdites, dès lors retirées du marché.

L’association de consommateurs UFC-Que Choisir avait publié en février dernier une base de données de cosmétiques contenant 12 composés préoccupants selon elle, tels que des perturbateurs endocriniens, ces substances chimiques qui altèrent le fonctionnement du système hormonal chez l’homme et l’animal, des allergisants et des irritants. Elle lançait alors un appel aux consommateurs pour alimenter cette base, qui a plus que doublé en quatre mois pour atteindre environ 1000 produits cosmétiques épinglés.

L’UFC a par la même occasion demandé  aux pouvoirs publics de retirer des rayons 23 produits contenant d’après elle des substances interdites, dont de la methylisothiazolinone, une substance très allergisante interdite dans les produits non rincés depuis le 12 février 2017, et de l’isobutylparaben, un perturbateur endocrinien interdit depuis le 30 juillet 2015 au sein de l’Union Européenne.

140 références de produits retirées du marché

A la suite de ces signalements, la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF) a mené sa propre enquête et confirmé la présence de ces conservateurs non autorisés et susceptibles d’être responsables de réactions allergiques graves dans 140 références de cosmétiques qui ont fait l’objet d’une prescription de retrait immédiat.

Les autres produits épinglés par l’UFC-Que Choisir mais ne contenant pas de substances interdites inquiètent l’association en raison, pour certains d’entre eux, de « cocktails détonants » cumulant plusieurs perturbateurs endocriniens. L’an dernier, l'Association a d'ailleurs exhorté la Commission européenne à publier une « définition ambitieuse des perturbateurs endocriniens prenant en compte les perturbateurs endocriniens suspectés afin d’empêcher l’utilisation de ces composés nocifs ».

Définition adoptée

Début octobre dernier, les parlementaires européens rejetaient la définition établie par la Commission européenne, qui exemptait certains perturbateurs endocriniens. La Commission devait alors plancher sur une nouvelle définition. Rappelons qu’en décembre 2015, la Cour de justice de l’Union européenne avait estimé que la Commission violait la législation européenne en ne publiant pas les critères déterminant les perturbateurs endocriniens.

Le 13 décembre 2017, les Etats membres de l’Union Européenne ont finalement adopté une version revue des critères d’identification des perturbateurs endocriniens : « Ils doivent produire un effet négatif et avoir un mode d’action qui altère les fonctions du système hormonal, et il faudra démontrer que cet effet négatif est une conséquence directe de ce mode d’action », résume Le Monde. Certaines associations déplorent toutefois le caractère trop peu « protecteur » de cette définition.

Notons que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a pour sa part défini les perturbateurs endocriniens comme des « substances chimiques d’origine naturelle ou artificielle étrangères à l’organisme qui peuvent interférer avec le fonctionnement du système endocrinien et induire ainsi des effets délétères sur cet organisme ou sur ses descendants ».

Des substances indésirables aussi dans nos cosmétiques bio ?

Au départ, en l’absence de réglementation officielle, seuls des labels certifiés apportent des garanties précises sur nos cosmétiques bio.

Depuis le 1er janvier 2017, c’est plus particulièrement Cosmos Organic, une norme privée développée par cinq membres fondateurs dont Ecocert en France, que l’on retrouve sur les produits du continent européen et qui harmonise leurs garanties.

Ce label bio exige une teneur de 20 % d’ingrédients bio sur le total des ingrédients du produit et des ingrédients biodégradables, en plus des exigences des labels bio qui existaient déjà : 95 à 100 % d'ingrédients naturels, 95 à 100 % d'ingrédients bio sur les ingrédients végétaux et un maximum de 5 % d'ingrédients approuvés dans une liste positive. Sont interdits les parfums et les colorants de synthèse, les parabènes, les silicones, les glycols et souvent aussi les produits d’origine animale.

Aujourd’hui, fait nouveau, une nouvelle norme internationale intitulée Iso 16128 adoptée fin 2017 définit les cosmétiques « naturels et bio ».

Certains réfractaires à cette nouvelle norme, des professionnels du bio tels que Cosmebio ou des associations environnementales telles que Générations Futures, craignent une multiplication de produits cosmétiques trompeurs pour les consommateurs : ils regrettent que cette nouvelle norme « n’exige pas de minimum d’ingrédients bio dans le produit » et que les OGM et autres produits pétrochimiques faisant polémique ne soient pas exclus. « Des allégations « naturel » ou « bio » pourront être légalement apposées sur des cosmétiques à haute concentration d’éléments synthétiques », s’indigne Générations Futures.

De son côté, la Fédération des entreprises de la beauté a indiqué se réjouir « que les acteurs internationaux de la cosmétique parlent désormais tous le même langage », ajoutant que cette norme « n’a pas pour objectif de se prononcer sur les revendications des produits, ni d’être un label ».